‹ Histoire de la cathédrale de PoitiersChapitre 69 sur 99 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

ITB4UX DBS QUATBB GB4NDBS FENÂTBES DES BAS-COTBS ET DE LA BOSE OCCIDENTALE ; BBSUMÉ DBS CINQ CHAPITBES PBÉCÉDBNT8. — Grisailles

détruites pendant les guerres de religion. —Bizarre mosaïque des grandes baies des deux nefis. — La grande rose n'a probablement jamais été entièrement coloriée. — Écussons du Saiftt-Siége et du Chapitre , — autre inconnu , — celui de Jean du Bellay. — Autre écusson du Chapitre. — *Une dernière observation sur la pdnture des verrières en Poitou aux xii* et xiu* siècles. — Marche du symbolisme dans cet art.

Nous avons vu la preuve que les quatre grandes verières qu i éclairent le bas des deux latéraux, et dont rarchi- Mure porte les caractères des xiv* et xv* siècles, avaient ité construites primitivement sur les mêmes dessins que .outes les autres. Il en est de même de celles qui regardent orient dans chaque bras du transept; leur forme n'a )u changer qu'au détriment des verrières peintes qui les lécoraient. Combien donc n'avons-nous pas perdu à cette efonte, dont nous ignorons absolument la cause ! Il paraît )n effet qu'en achevant les quatre dernières , on ne les ivait pas privées d'un ornement qui, à leur époque, lemblait encore aux architectes l'indispensable compté- Dent d'un édifice chrétien. Leur jour tout entier avait été ;ami de tableaux transparents; mais la fureur des hordes )rotestantes ne devait pas plus les épargner que le reste lu temple, et le pillage de 1562, qa'il nous faudra )ien raconter, nous laissa^ entre autres résultats, à léplorer la ruine de ces immenses sujets, dont les dimensions attirèrent sans doute les^ regards des saccageurs de Poitiers. Ce fut heureux après tout : s'ils ne devaient pas achever leur œuvre de barbarie , mieux valait-il qu'ils assouvissent leur soif de destruction sur les produits mé-

diocresde l'époque de décadence. Tout futdonc brisé daa ces grands cadres de pierre , où brillaient sans doute k portraits en pied de nos saints, dignes objets de haine pot les iconoclastes réformateurs, et si bien brisés que pasu ne reste. Quoi qu'il en soit, il n'y avait là que des grisaille dont l'effet devait être assez terne. Les débris furent en: ployés plus tard à regarnir les quatre fenêtres, dont dei seules aujourd'hui conservent la trace de cette équiv^qi restauration : ce sont les deux avant-dernières. Si Tœil, q ne peut les distinguer nettement de la nef, s'y aide d'ui loqgue-vue, il est tout étonné de voir apparaître dans 1 videç de leur Qlçt de plomb une mosaïque dçs pli bizarres, toute faite de morceaux rapportés sai^s liaisc aucune : ce sqnt des enroulements , des guirlandes, di perles enfilées, des, bordures et festons^ des fragnaeni d'inscriptions romanes et gothiques, des têtes sans corp dps corps sans tête, des membres éparpillés qui err^ loinde le\ir place ^ des ailes d'anges, des papillons, d« spécimens d'architecture , les spirales de la vigne , di fleurs de toutes sortes et de toutes couleurs, des morceau de verre bleus , jaunes , rouges ou verts , d'épaisseu. diverses , et dont la cuisson et la force indiquent à pe p;pè^ de quelle çiutre fenêtre ils ont pu venir. Mais Vin xapuse majorité de ces débris appartient aux xv* et x^ siècles; détajls assez grossiers en général, ombrés c grands traits, sans goût ni délicatesse, et qui ne soi là que pour att^st^r PAr leur agenceos/eat en mille fori» géométriques que du moins le vitrier qui les réus n'était pas ençoiie ua manœuvre sans intdHgence.

Quelque différç^ts que fussent de tels vlteaux de €ei qu^ 90\is surp;*ei\aent, ùms lôSi périodes antérieures, p; l'éçI^V^ç ^^^ çQi^ejuurs. et la riche muttiplieiié de leu

histoires , ils avaient cependant ce grand mérite , que le dépoli de leur verre ne donnait à l'intérieur de l'édifice qu'un demi-jour partout égal. L'inconvénient opposé est une triste déconvenue pour l'œil , et, après le malheur de savoir que ces magnifiques tableaux ont succombé à la rage des démolisseurs ou à l'incurie de possesseurs ignorants, rien ne les dépare mieux , il faut l'avouer , que ces plaques transparentes de verre blanc qui viennent se jeter dans toute l'étendue des fenêtres ou au bas de quelques autres, pour effacer d'autant, par l'éblouissante lumière qu'elles laissent entrer , la ravissante translucidité des couleurs supérieures On est particulièrement frappé de la vérité de cette observation dans les deux baies du XV' siècle qui terminent la fenestration à l'extrémité des bas*côtés- Celle du nord , refaite en entier en 1765 , dont elle porte le chiffre, n'a plus que très-peu de ces morceaux de hasard qui parent sa plus proche voisine, et sa parallèle du côté sud n'en conserve pas le moindre vestige.

Mais il est une perte que nous devrions surtout déplorer, s'il était bien constaté qu'on Tait jamais éprouvée. Que sont devenus les pierreries et les feux colorés versés chaque soir dans la grande nef par la rose de sa façade? Ce chef-d'œuvre de découpure, où l'art du peintre verrier s'était plu à rivaliser de gloire avec l'ingénieux auteur des dentelles de pierre, s'est-îl vu dépouiller aussi de son éblouissant cortège d'anges et de saints? C'est une question. Le noyau , ou cercle concentrique , renferme , il e^ ^^ôi , dans un centre composé encore de fragments hété- ^^^^gènes, une image en pied de la sainte Vierge tenant d^iis ses bras l'Enfant Jésus; composition sans harmonie, d^ntles verres mal cuits, les teintes inégales, le dessin

négligé, accusent, avec ses fonds sans transparence, la main inhabile d'un mauvais ouvrier de la fin du xvr siècle , sinon du xyii*. Rien ne prouve qu'autour de cette image ait flotté autrefois dans chaque raymi, sur des nuages qui en coloraient le champ, une couronne de chérubins balançant devant leur reine des vases d'or d'où s'exhalait l'encens de leurs hommages.

En 1 562 , le dommage souffert par cette grande rom fol évalué à 60 liv. Il paraît que le verre y était partie blanc i partie ouvré , d'où l'on peut inférer que le travail n'y avarl rien de fort remarquable. Aujourd'hui, la glorieuse Mère, debout en face des mystères de son fils crucifié et rendi à sa gloire dans la fenêtre orientale, n'a plus pour parure circulaire qu'un fleuron bleu ou une étoile blanchi à cinq pointes répétées dans chaque compartiment de U rose. C'est une réparation opérée en 1778 , et qui , laissant vide de tout effet un espace destiné à resplendir jus qu'aux dernières limites de la basilique, n'envoie plui au chœur, pour qui elle était faite, que le triste speo tacle de son ironique pauvreté.

Non loin du cercle concentrique, et placés en ligm horizontale à égale distance au-dessous de lui , se voien encore deux écussons ovales , d'exécution mesquine € rude, qui représentent, à droite la tiare pontificale, gauche des clefs adossées en sautoir, dont le Chapitrefait des armes parlantes. La tiare se compose des troî couronnes superposées, divisées par des bandes rouges teintes de bleu , et garnies d'un rang d'escarboucles. Un croix violette la surmonte. Les clefs capitulaires sgd d'argent sur champ de gueules. On voit que ces couleur étaient bien celles des armoiries de l'église par un act du 5 avril 1582, dans lequel un facteur d'orgues s'oblig

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à les peindre ainsi sur le nouveau buffel qu'on lui commande '. Heureusement que ces peintures, assez insignifiantes, ne sont pas les seules que nous trouvons ici. Deux autres écussons , souvent raccommodés , mais demeurés cependant assez intacts pour qu'on puisse en déterminer le langage, remplissent le noyau des deux rosaces sextilobcs placées au bas de la grande rose , dans les deux angles inférieurs de son encadrement. Celui de gauche est d'argent au chevron de gueules accompagné de 3 canettes ta 1 . Il n'est pas facile de déterminer la couleur de ces trois pièces , un fond noir n'y cédant qu'un point à peine perceptible de jaune sur le milieu du corps. On remarque aussi une étoile de sable en pointe à dextre. L'écu est inscrit dans un cercle à fond bleu placé lui-même au centre d'un autre à fond rouge , et le tout est ajusté dans un dernier fond bleu circulaire. Un de nos évoques , le cardinal Jean de la Trémouille, qui siégea de 1505 à 1507, portait d'or au chevron de gueules accompagné de 3 aiglettes d'azur 2 et 1. De telles armoiries n'ont pas assez de ressemblence avec celles que nous décrivons pour qu'on puisse les attribuer à ce prélat , comme Ta fait un écrivain sans expérience des lois du blason. Ces mêmes pièces d'ailleurs se sont trouvées reproduites absolument dé la Daôme manière sur un écusson qui décorait les deux portes basses des clochers , ouvertes à droite et à gauche ^n entrant dans l'église par l'une de celles de la façade, ï^ pierres qui en étaient ornées furent détachées lorsqu'on fit la malheureuse tribune de l'orgue; elles sont ' déposées maintenant au musée des antiquités de l'Ouest. ^»usi, quoique la crosse qui surmonte l'écu rappelle par

^ Ortmd Cariulaire, t. v , p. <22.

la forme de ses fleurs enroulées les derniers temps de la période gothique ^ on est d'autant moins fondé à Tattribuer à la Trémouille , que celui-ci portait quatre quartiers , dont deux étaient semés de fleurs de lis, comme on les voit au clocher nord. Il n'est donc pas facile , après la perte d'un grand nombre de titres , d'attribuer c^s armes sans risque de se tromper. Il en est autrement dé Jean du Bellay, qui fut évêque de 1461 à 1479, et qui portait émargent à la bande fuselée de gueules accompagnée de sioc flewrs de lis d'azur mises en orle : ce sont les armoiries qu i figurent dans la petite rosace de gauche, parallèle à Is précédente. Les fleurs de lis seules y ont été dérangées- On voit que cet écusson a subi des restaurations maleiEtendues; il est cependant fort reconnaissable, et le genr^ moins svelte [de la crosse épiscopale est bi^n cekri qu ^ l'art conservait encore du temps de Jean du Bellay. ^-*^ Lorsqu'il fut placé, il n'y avait pas longtemps que t^ façade était décorée de celle belle fenêtre. On peut donEC supposer, en l'absence de documents écrits , que la verrière en fut ajustée sous le gouvernement de ce prélafc / et qu'avant ou après lui , un autre personnage, qui portait le chevron de gueules et les 3 canettes , aura contribué à sa confection ou à son achèvement.

La dernière fenêtre du déambulatoire sud conserve encore , dans la rosace polybée qui la surmonte , un écusson de gueules à deux clefs d'argent adossées en sautoir. €'est tout ce qui reste d'une verrière placée peut-être par le Chapitre après la retouche de cette baie. On a pris ces armes quelquefois pour celles de la maison de CleriBOot- Tonnerre; mais nous prouverons que ce fut toujours une erreur.

Maintenant que nous connaissons parfaitement le

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^tèshe général de nos verrières et leurâ si^ts , satrf les !nsoH qùaiÉ^e formes que letrr màùvars état nous à renies alisolnment inexplfcaMes, rt est bon de conif pléler liios inâeignefnràts par quelques remarques qui s'y raf|)fp6r- Bt encore, et qui particularisent Tépoque artistique de ur coùfection. On a pu observer ]^t nos âe!scri|)tiotafS , issi fidèleà qd'il nous a été possible, que le Christ a ujdurs les pieds nus et le nimbe crôiii^ ; qu'il poîrte la i^be lougbe, et qu'il bénit totïjoùrs à la manière latine. & dernier trait surtout doit être iioté , car il démontre r(bien que, si le style grec où byzantin se révèle dans E)rfreAientation des ouvrages et dan^ les autres détails igfialés plus haut, il n'y a réellement été appliqué q'trë ar des artistes Indigènes dont la manière s'était imbue e celle de l'Orient. Les pieds nus des apôtres reviennent ussi constamment. On paraît d'ailleurs avoir adopté à Wliers f quant à la disposition des médaillons , un ordre ibsolu qui se trouve rarement, dans les autres provinces, ^uivi avec une aussi constante persévérance : nos léjeiïdes comiÉencent toujours par le haut du vitrail, et teséendent jusqu'au bas de scène en scène f pas une qui ^ exception à cette règle , qu'on paraît avoir renversée ^ dessein à Chartreis, à Bourges, et surtout dans le liocèse de Limoges , où M. l'abbé Texier a signalé dés wiiiturés commençant par ïe bas *.

Nous paraissons donc faire chez nous une lacune à' cet *sage, que notre honorable confrère explique ingénieuseïiempar une idée symbolique. Une telle dififérenée entre -es provinces et notre ville ne prouverait-elle pas qu'anx ^^ et XIII* siècles , oti ne prétendait point s'astreindre à

' BièlfAte de la peinture sur verre en Limousin.

des règles uniformes, et que le symbolisme, ayant d^^ principes universellement admis et connus de tous, op^^' rait cependant quelquefois sur des bases variées? Sous c-^ rapport , nous regarderions comme moins douteuse Tin-^ * tenlion mystique qui a fait placer dans nos deux net^^ latérales des sujets exclusivement empruntés de l'Ancier^^ Testament, et réserver pour l'autel, c'est- à-dire pour le^^ fenêtres qui s'en rapprochent, ceux dô la vie et de la-^^ mort du Sauveur , auxquels se joignent naiturellementlès ^ faits primitifs qui en furent la figure prophétique. N'est- — ce pas à l'autel que se résume , dans Tincarnation in- — visible de chaque jour, toutes les annonces des prophètes^ ^ toutes les mystérieuses significations des temps anciens? ^^

N'est-ce pas autour de cette Jérusalem nouvelle qu'on de

vait représenter les sujets attendrissants qui aboutissent «^ tous à l'immolation de l'Agneau, à son triomphe, et à la a glorification de sa divine Mère, devenue celle de tous lesa^ chrétiens?

La cathédrale de Poitiers possède dans ses vingt-deu^^E fenêtres coloriées un total de 162 met. 40 cent, carrées de verre peint. Avec les autres , revêtues maintenant d^ verre blanc, ce chiffre devait aller au double. Nous avon s cependant lieu de croire que certaines verrières n'ont jai^mais eu que des verres blancs : celles, par exemple, des deux côtés de la façade, dont le dommage ne fut évalua en 1562 qu'à 7 livres pour Tune, et un peu' plus pour Fautre.

Des devis pour les réparations urgentes que nous avons indiquées , des instances réitérées près du gouvernement pour obtenir les fonds que la fabrique ne peut voter > sont, jusqu'à présent, restés inutiles. Le seront-ils j^s* qu'à ce qu'enfin le dommage ne puisse plus se répare^ ^

La Domination récente d'un architecte spécial pour chaque cathédrale nous permet d'espérer le contraire. •

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