CHAPITRE XXI
IivriBiiUB DB LA TOUB sBPTBNTBiONAtE. ^- Itinéraire monumental. — Escaliers. — Salle. du premier étage. — Ruine de la voûte. —Sculpture symbolique. — Deuxième étage. — Encore du symbolisme. — Troisième étage; différence du style. — Mauvais style du quatrième étage. — Charpente des cloches trop dépendante des murs. — Timbres de Thorloge. — Cloches et leurs inscriptions. — Plate4brme.' — Huit pinacles réduits en moellon. — lilauvaise inspiration d*une main cachée.
Pour compléter notre description générale, il nous reste à visiter les clochers et les combles; puis les sacristies réclameront aussi notre attention. Nous finirons par ces dernières , qui doivent se trouver au terme de notre dernière course; car il nous faut pénétrer maintenant dans la tour du nord par une petite porte basse et étroite, percée sous la tribune de l'orgue, à l'extrémité occidentale de la nef; de là, nous redescendrons dans celle du midi, pour remonter aussi dans ses quatre étages successifs; de l'un à l'autre nous serons bientôt arrivés sur les voûtes, et notre marche au milieu de leurs solitaires coupoles nous ramènera par les clochetons du che- ^6tà la base des piliers qui soutiennent toutes ces magnificences.
En posant le pied sur la première marche, on reconnaît q^e le mur en hémicycle qui s'élève au-dessous de la Wbune de l'orgue et la soutient est une superfétation postérieure à Tachèvement de la façade. Là , tout était ^'abord à angle droit. Unepcfrtcà encorbellement, comme
toutes celles qui vont nous ouvrir de nombreux passages, introduisait daiis la tour. Nous la retrouvons à la troisième marche. C'est donc à ce point que commence Tescalier, qui , semblable à tous lés autres qui nous restent à parcourir, tourne en liélice sur un noyau central, cylindrique et uni. Le dessous rampant de ces hautes volées n'est ni plafonné ni voûté; les marches y restent donc à nu. La plupart de ces marches, jusqu'à une grande élé^ vation, ont une épaisseur d'environ 29 à 33c^nt. A partir du troisième étage, elles n'en ont plus que 20 : différence qui tient au système de construction modifié par Tarchitecte de cette dernière époque. Leur nombre dans crtle tour est de 1 59. Elles sont éclairées à distances inégales par dix baies d'inégales dimensions et d'orientaftion variée.
Arrivé à la neuvième marche , nous entrons par une porte longue et étroite , ouverte à main droite , dans l'enceinte de la première zone : c'est une pièce dont l'étendue mesure 4 mètres du nord au sud et 4 met. 25 cent, d'est en ouest. Elle reçoit les cordes de la moyem^ sonnerie, qui y est mise en mouvement. Lé grand appareil y laisse voir des signes lapidaires jusqu'à? la dixième assise. Denx baies fort élancées, à large embrasure mtérieure, mais fort étroites de jour, sont percées l'uûa au nord> l'autre à l'ouest. Sons éelle-cî, une cheminé© pratiquée dans l'épaisseur du mur, qu'on y a doublé de briques , doit remonter au temps même de la construclioiï. Au mur opposé , et à hauteur d'appui , était fixé naguère u» appareil en fer destiné au tirage des pIomï)s. Il est ^bable que ee local aura servi d'atelier aux vitriets de l'édifice, soit pour la confection des verrières^ Sois pour leurs réparations à diverses époques.
La voûte a disparu. La stupide brutalité des manœuvres qui s'ingénièrent, au commencement de ce siècle, à y faire des passages aux poids de l'iiorloge, Tàvait ébranlée , et, au lieu de la consolider ensuite , on trouva plus expédient d'en arracher jusqu'à la dernière pierre ; ce qui fut faitvei^ 1831. Ce n'est donc plus qu'une ruiné, et les caractères qui en restent font d'autant plus regretter cette belle coupole en ogive obtuse, dont les nerfs retombaient aux quatre angles sur une console de forte résistance. On voit encore ces consoles appuyées sur des têtes plus grandes que nature, et appartenant par le genre de leur composition à l'école qui sculpta dans le même temps les DKxiillons de nos bas-côtés : ce sont deux hommes à cheveux longs, et portant, l'un le serre-tête négligé du travailleur ou de l'artiste, l'autre la toque élégante du g^tilhomme ou du bourgeois; puis une femme, la tête et le cou recouverts de la guimpe; enfin une belle et lai^e face de taureau. Nous savons la valeur symbolique cle tels sujets , et, s'ils se rapportent ici à quelque pensée cte l'architecte, qui se serait mis avec un de ses ouvriers en face de la religion qui l'a inspiré , et de la méditation laborieuse qui distribua ses plans, nous avouons n'en être pas assez sûr pour en imposer la pensée. Ces orne- Bients tiennent à peu près le milieu de la hauteur totale de cet étage, qui est de 15 assises de 40 centimèt. en Dioyenne. — Dans deux des angles, Tun à gauche en entrant, l'autre au fond et à droite de la baie occidentale, ^x armoires ou fenêtres , comme on disait alors , sont pratiquées dans le mur; elles onti5u de doubles portes dont les gonds et ferrures alteslent encore Tancienne existence. On pouvait donc y renfermer des dépôts d'une certaine valeur.
On arrive au 2* étage en même temps qu'à la 34* marche. Quelques signes lapidaires se remarquent ici , surtout des H; mais il y faut apporter moins d'attention qu'à ses pieds, car un plancher étroit, jeté comme un pont volant de la porte d'entrée au mur ouest, remplace la surface solide de la voûte qui séparait cette zone de la précédente. Celle qui règne encore sur notre tête repose sur des fbrmerets de forme ogivale dont Parc est moins élancé. Ses claveaux oblongs s'appuient sur des nervures également cunéiformes retombant sur ces quatre cariatides : 1** à l'angle nord-ouest, un homme à longue chevelure et ample robe est accroupi, une main sur chaque genou; 2** au nord-est, un diable, la gueule ouverte; tirant la langue et montrant ses dents aiguës , s'efforci d'échapper à la pierre qui le retient à mi-corps ; il a deî oreilles de chien : on a pu remarquer que ce personnagi paraît souvent avec quelque attribut de l'animal au3 instincts gloutons; 3° au coin sud-est, le bœuf s'élançan à la course comme on l'a vu dans la 6* travée du latéra nord; K au nord -ouest, un monstre hybride s'appuie sui deux pattes à quatre doigts. Ses ailes s'appliquent à chaqui face du mur dont il occupe l'angle , et sa queue de dragoi revient en ondulant sur sa tête d'oiseau , du côté gauche Nous aurions dû remarquer tout d'abord à droite en entrant une porte ouverte à encorbellement, ménagée dans h mur, large de 55 centimèt. et profonde del m. 80 c. EUeJ dû se fermer aussi. La hauteur de cet étage est de 7 m. elle y compte 17 assises : au delà de la 10% on ne trouve plus de signes lapidaires. — Une lézarde règne au-dessuî de la porte d'entrée dans toute la hauteur de cet étage , e se prolonge jusqu'au dernier, où nous en reconnaîtrons la cause.
Montons encore jusqu'au 67« degré. Nous entrons dans une enceinte élevée d'un tiers en plus que les deux inférieures. La voûte y est encore moins exhaussée; elle vient du temps où l'ogive s'écrase et tend vers un retour au plein cintre. Les nervures sont formées de trois boudins groupés , et divisent en quatre parties les claveaux irréguliers , au centre desquels se dessine une rosace de fort mince relief. Trois des culs-de-lampe qui supportent cette ramification sont sculptés en larges feuilles étendues ou enroulées. Dans la quatrième, à l'angle sud-est, un homme est accroupi. Deux baies sont percées dans la même orientation que celles d'en bas , mais beaucoup plus élevées et plus étroites. — 4 met. 40 cent, du nord au sud sur 4 met. 55 cent, de l'est à l'ouest se mesurent ici. On voit que c'est à peu de chose près les mêmes dimensions qu'au premier étage. C'est aussi toujours le grand appareil et la même pierre.
En remontant de 20 degrés, nous rencontrons à notre droite une porte coupée carrément qui nous donnerait accès aux combles de la nef septentrionale ; mais il faut arriver jusqu'au dernier étage de notre tour, qui sera le quatrième. Gravissons donc encore onze marches : la galerie de la façade médiane s'ouvre devant nous ; puis 24 encore , et nous voici dans le local où retentit à chaque quart d'heure la sonnerie de l'horloge , et aussi celle des offices. L'appareil y est fort irrégulier, se composant de uioellons et de pierres de taille assez grossièrement traitées : on s'est pressé de finir l'œuvre , et il s'en faut que uous lisions sur ces vilaines murailles le soin d'artiste que nous remarquerons dans les clochetons du chevet. Une vieille charpente, dont l'éqiiarrissage n'indique pas qu'elle ait dû jamais supporter de pesantes masses de
métal , repose sur la voûte inférieure, qu'elle charge d'une pression nuisible, et porte sur les murs, (f ui n'échappent pas aux secousses réitérées que leur imprime l'action fréquente du mouvement des cloches; d'où résultent sans doute les lézardes observées dans les étages inférieurs.— Au-dessous d'une poutre horizontale que surmonte le faîtage , et à laquelle sont fixés les trois timbres dont les marteaux reçoivent , par des fils de fer, les impulsions de l'horloge placée dans la zone inférieure, on a établi, sur des pièces de 20 à 25 cent, d'équarrissage, les deux seules cloches qui nous restent d'un si grand nombre possédées par la cathédrale avant le régime de 1791 : et encore sont-ce, comme nous allons le voir, des étrangères que les mêmes événements exilèrent d'ailleurs et nous donnèrent , pour mieux attester la bizarrerie des choses humaines! Différentes par leurs dimensions, elles représentent chacpne un poids de 1 ,000 kilogr. à peu près. La plus grosse sonne, au diapason, le fa dièse, et la plus petite, le /a naturel supérieur. Celle-ci , mal venue à la fonte , est couverte à l'extérieur de scories qui ne laissent voir de l'inscription que les mots : Sit nmen Domini benedictum , puis un écusson parfaitement conservé, et qui, se reproduisant sur l'autre, indiquerait suffisamment pour les deux une même origine. Plus heureuse, celle-ci étale jusqu'au dernier mot rinscription suivante , qui se déroule sur toute sa cirœnféreno^ supérieure, et dont chaque ligne, pour n'être ppis confondue avec la précédeate, est marquée par une maio dont l'index s'appuie sur le premier mot:
t>RMC GAMPANA SONOS HILARES HIC JUGITER EDAT «>NOMINIS HILARI GAVPET HONORE TVI BENEDICTO XUI ECGLESIAM
|:>GVfiEENANTE LVDOVIGQ XV IN GALLIIS REGNANTE liGYEja VS XTO PATRE D D MIGHAELE PONGET DE LA RIVIERE
ANDEGAVENSI
t^EPQ HVJVS MONAS^ AB* R P D RENATO JVNÏE PRIORE
D. 4(iAN BA GRANGIER SVBPRIORE D JOAN CLEMENT GELERARIO
P h f^EONARDO SOLOME JOAN LESSSENE SALOMONE JOVX
ET GJ1TER1S MONACHIS N0BIL1AGENSIBVS ORD STI BENEDIGTl
CONGRE «>GATI0N1S STI MAVRI. 1727.
ku bas, et presque sur le bord , est écrit : ioseph incar
HA FONDV.
Ainsi cette cloche a reçu^ à sa bénédiction, le nom d'Hilaire , auquel fait allusion le distique consécrateur; die a été fondue par un artiste nommé Joseph Incare , sous le pontificat de Benoît XIII , sous le règne de Louis XV. L'abbaye de Nouaillé, pour laquelle on la fit eu 1727, avait alors pour abbé un évêque d'Angers , Michel Poncel de la Rivière , et pour dignitaires de second ordre plusieurs autres religieux mentionnés aussi sur le niiifk» — L'un des côtés est marqué d'une crucifixion, fautra d'une Yierge-Mère , un troisième porte les armoiniss 4i) célèbre monastère : deux crosses en saïUoir tournées k (m et oantmnées de trois fleurs de lis posées deux et un.
Kotts dirons plus tard comment l'abbaye de Nouaillé se irouve mêlée ici à nos afi[aires. Il est temps de gagner la Ptoterforpj^, cinquième et dernière station de cette <^iurse ^iscensionnelle , et que nous allons rencontrer à la ^59* et dernière marche. Arrivé là, nous voyons s'élever, ^ dei<x ou trois mètres au-dessus de notre tète, le point ^Imlnaal du cône polygonal qui termine l'escalier; œuvre indigne, du reste, par le grossier de son exécution, confiée, dirait-on , à gens pressés d'en finir; où la
pierre est inégalement taillée, où le ciment raboteux n^a cédé qu'à demi à la pression de la truelle. — Mais ucse porte s'ouvre devant nous , et nos pieds foulent les d^x"nières dalles dont il soit possible de se faire un point d'appui. Nous avons déjà examiné, mais d'un peu moins près , la construction générale de cette esplanade '. Oji remarque d'ici quelques détails qui devaient nécessairement échapper à un observateur placé trente-deux mètres plus bas : ainsi noua pouvons mesurer la circonférence octogone de ce magnifique piédestal d'où Thomme coatemple, à une immense étendue > ses travaux jetés pêlemêle au milieu des œuvres de la création; nous n'y comptons pas moins de vingt-deux mètres, c'est-à-dire un tiers de moins seulement que l'élévation totale prise delà base , que nous osons à peine regarder , à cette couronne percée à jour que nous touchons de* nos mains !... lious constatons aussi l'existence, aujourd'hui oubliée, de huit pinacles plantés jadis à chacun des angles de l'octogone 9 et qu'on devinerait difficilement sans les pitons de fetqui les maintenaient et leur survivent encore. Un de ces pinacles gît d'ailleurs comme renseignement irrécusable dans un coin,* à Fopposite de la porte d'entrée : c'est une pyramide garnie d'un bouquet à son sommet, et de crochets sur ses arêtes. Que sont dévenues les sept autres » et quelle intelligence malhabile peut avoir trouvé plims expédilif d'eii faire du moellon que de rendre par elles 9 à celle élégante structure, le pittoresque de leur util^ décoration ?
Le chapeau qui s'élève du milieu de cette platô^ forme, à trois mètres de son niveau, et recouvert eH
* 2» partie, ch. Y.,p. 425.
ardoises assez mal entretenues, n*a guère qu^une largeur de 40 centimètres. C'est un simple chemin de ronde, où deux hommes ne peuvent passer de front. Hais un couvreur où ne passerait-il pas , voire un antiquaire ?
Maintenant nous pourrions, redescendant quelques d^rés, nous glisser, par une étroite baie ouverte à notre gauche , dans la galerie de la façade , et gagner lestement la tour du sud , paiement accessible par d'autres issues pratiquées dans ses flancs, ou par les combles, dont les détours étudiés nous y eussent conduit. Une main aussi maladroite que mystérieuse, qui a prodigué en 1847 un assez bon nombre de portes inutiles dans le vaste labyrinthe que nous allons bientôt parcourir, avait cru naturel d'intercepter ces passages si nécessaires aux visiteurs; au lien de portes , qu*à la rigueur on eût pu y placer pour protéger contre des accidents certains promeneurs sans vocation, on avait trouvé plus ingénieux d'y clouer des planches qui interdisaient la circulation avec un ^tétement dérisoire, obstacle dont bientôt nous dirons les graves conséquences. Quelque libre que soit maintaiant ce passage , nous allons donc redescendre dans l'élise, pour revenir, à quelques pas d'ici, faire un trajet égal à toute la hauteur de Tédifice. C'est qu'un tel voyage nous devient nécessaire pour l'inspection dé l'escalier et des autres belles salles que nous allons parcourir.
CHiriTRE XXII.
^'^îÉtiECB DE Li TOLB 1IÉMIDI03EALC. —Salle du premier étage, sescarac- ^^ architectonique?. — Belle ornementation du second étage. — Logement '•es coustres ou <çardien> de nuit. — Galerie derrière lorgne. — Preuve d'une I. rKT
ancienne interruption de cette tour. — Le troisième étage ; ie bourdon et sa charpente. — Origine et dimensions de cette cloche. — Plate-forme. — Mauvais entretien de ses détails. — Croix terminale. — Dernier faitage. — Souvenir à qui de droit.
Nous avoas à franchir ici 176 marches du sol de l'église à l'exlFême limite de l'escalier. La tourelle qui le renferme^ percée de treize jours diversement espacés dans sa hauteur, n'offre aucune particularité qui ne lui soit commune avec celle d'où nous sortons. Nous comihençons par observer aussi le retour semi-circulaire du mur plaqué , en faveur de l'orgue , au fond occidental de l'édifice, et à l'extrémité duquel nous renccmtrons , après une pf emière porte , et à la quatrième marche au-dessus, une autre porte coupée en biais dans le mur primitif, et qui nous introduit dans une belle salle de 6 met. 40 cent, carrés. De là retombe une corde qui émeut au besoin le battant du Bourdon, grosse cloche qui, établie au troisième étage , répète chaque jour les trois coups de l'Angelus, ou, quand la dernière hçure approche pour un évêque ou un chanoine, en répand la nouvelle par les tintements lugubres de son agonie. L'aspect général de cette première pièce a quelque chose de saisissant dans sa disposition de dignité sévère. De chacun des angles s'élève une colonne à chapiteaux en crochets, dont la base attique pose sur un dé presque eûseveli par des surexhaussemenls du sol. La voûte, divisée par quatre arêtes garnies de membrures toriques, se compose de petits voussoirs et d'une rosace. Elle s'élève à 10 met. La porte d'entrée est remarquable par son encorbellement, beaucoup plus haut que dans la plupart des autres. Deux longues fenêtres à lancette, à tableaux profonds, ne laissent pénétrer le jour du sud et de l'ouest que par
uiie largeur de 30 à 40 cent. En 1 847, on a fait de ce local un vestiaire pour les séminaristes qui viennent chaque dimanche aux offices de la cathédrale, et une mesure d'assainissement l'a fait garnir alors d'im plancher peu monumental. On rencontre encore, sur les vingt assises que nous pouvons compter ici , des signes lapidaires dont l'étage suivant nous donnera les derniers spécimens.
Engageons-nous dans la spirale sombre de l'escalier jusqu'à la 3r marche. Là Aous faisons face à utie pointe qui s^ouvresurla galerie circulaire du bas-côté sud, et nous mène à la tribune de Torgùe. Poursuivons par ce petit couloir, où six degrés se superposent, à droite, une autre allée donne un accès direct à la même tribune, en arrière de l'instrument; mais nous n'avons qu'y faire. Entrons dans celte salle ouverte devant nos pas, plus vsfâte, plus élevée, plus grandiose encore que la première. Admirons cette coupe savante et ferme des baies , de la voûte à huit rayons , du bel appareil, des sveltes et gracieuses colonnes engagées en retrait dans des pilastres, ornées d'une délicate foliation rampant sur des corbeilles polygones, vis-à-vis des crochets qui se penchent à l'autre coin. Voyez comme le capricieux génie du sculpteur a singularisé sa pensée dans ces agrafes de pierre, qui semblent rattacher, sous trois ou quatre formes dissemblables , les bases épanouies aux piédestaux qui les sôutrenneiit, et devinez, s'il est possible, pourquoi , à droite en entrant, deux assises de parpaing violemment enlevées au mur de clôture dé cette pièce n'attendent plus que le départ d'une troisième pour compromelti^e à jamais la solidité de cette partie de l'édifice.
Au-dessous d'une magnifique baie, aujourd'hui bouchée dans toule son étendue, et qui dut l'être dès long-
temps , s'étendait d'est en ouest, et sur toute la longueur du mur méridional, auquel il était appliqué, une espèce de lit de camp appuyé de part et d'autre sur une large entaille de la troisième assise. C'est là que trois coustres ou sacristains, commis chaque semaine à la garde nocturne de l'église, établissaient leur couchage momentané; c'est de là qu'ils exerçaient une vigilance continuelle sur le lieu saint, où ils étaient toujours prêts à sonner les offices, à ouvrir et fermer les portes, à soigner les lampes, à remplir en un mot toutes les charges que leur avait assignées un très-ancien règlement du Chapitre ' . De cette estrade il ne reste plus rien que la trace dans les entamures de Pappareil.
Les deux portes signalées plus haut comme introduisant de cet escalier aux galeries prouvent bien qu'on avait songé , dès le principe , à placer les orgues au lieu qu'elles occupent. Cependant l'existence toute seule de la grande rose aurait nécessité pour ses réparations, et pour celles de l'instrument, ces points d'appui auxquels on a ensuite ajouté la balustrade. On les voit en effet régner au-dessous de la verrière médiane , et l'on y aborde par les tourelles qui saillissent sur la façade de chaque côté de ce chef-d'œuvre de découpure.
Avant d'arriver à Tétage suivant, nous observons que l'escalier dévie de sa route naturelle. Il est interrompu brusquement par un blocage qui intercepte absolument le passage, et se continue à droite par une hélice dififérente qui se rétrécit d'un tiers , etofire un tout autre système de construction. C'est là probablement que l'édifice se sera arrêté quelque temps , du xiii*' au xiv* siècle , celle
î D. Font., t. Liv,p. 477.
dernière époque élanl celle de la partie qui nous reste a voir.
Cette dernière partie, ou troisième étage, est aujourd'hui le dernier, grâce h la sollicitude ^c/atr^e d'un administrateur dont le nom sera cloué en temps et lieu à une page de cette histoire; c'est là qu'est suspendue notre cloche principale. Cet ospace est donc embarrassé par une énorme charpente qui ne laisse analyser qu'à peine son style général , lequel porte bien les caractères d'une époque peu éloignée de la construction originelle. La rondeur des boudins se modifie ici par line légère arôle; les formerets affectent une courbure d'ogive écrasée; les bases des colonnes sont moins épanouies que dans les élages inférieurs; les feuillages des chapiteaux sont plus touffus; enfin de belles feuilles d'eau se dessinent à l'un d'eux, et leurs tailloirs sont coupés à huit angles. La voûle , abattue lors de la glorieuse expédition d'un préfet contre la tour qui lui était importune, laisse voir aux quatre coins un cul-de-four construit pour supporter la pression de l'étage supérieur. Là se dessine un commencement de forme octogone; une seule baie s'ouvre vers le nord.
Pour supporter la cloche, dont le métal ne pèse pas moins de 8 à 9 mille kilogrammes , on a établi un double cadre formé de poutres ayant de 20 à 30 centimètres d'équarrissage. Ces deux cadres sont accolés étroitemenC par des boulons en fer scellés de fortes vices, et renforcés encore d'X et de pièces horizontales de même résistance. Cet ensemble se répète deux fois , de façon à présenter l'un sur l'autre deux cadres de même système. Dans le vide du cadre supérieur est suspendu l'instrument, dont le sommier porte sur deux des traverses les plus élevées,
et )e tout s'appuie ainsi sur de forts madriers dont les extrémités dépassent de tout côté les limites de la cage, vont se perdre dans les murs latéraux de la tour , mais y sont libres et ne peuvent causer aucun ébranlement à la maçonnerie. Cette précaution , qui manque dans la tour neuve, est pleine d'intelligence : on ne peut trop la recommander, et son oub}i a causé souvent, après quelques années, l'écroulement de précieux édifices.
Cet emplacement actuel de notre bourdon, ainsi nommé de son ton de soi naturel grave, était, dans les beaux jours de la cathédrale , celui des cloches moindres employées à la sonnerie dq plus grand nombre des fêtes : le bourdon était réservé aux grandes solennités de l'Evêque et du Chapitre. Il les dominait toutes autant par l'élévation de spn assiette que par le grave retentissement de ses sons, dont on peut juger en les calculant sur sa circonférence, qui est de 6 met. , et sur la force de soi^ battant , qui a 25 çentim. d'épaisseur sur 82 de tour. Sa fiauteur depuis le cerveau jusqu'à l'extrême bord de sa lèvre est d'un met. 65 cenlim. Elle est donc une des plus consi^iér^bles pièces que possèdent les clochers de France depuis les mémorables destructions des rnonnayeurs de 93.
Cette pioche fut installée en 1 734 par les ordres de M. Jérôme-ïiOuis de Fondras de Courcenay , qui occupa le siège épiscopal de \ 732 à 1 748. C'était une obligation des évêques de PQitjers qu'en prenant possession ;de leur bénéfice ils fissent les frais d'une chapelle complète, et pourvussent 2^^x réparations nécessaires des cloches et des deux gros clochers. La grosse cloche donnée vers le milieu du xv* siècle par l'évêque Guilla\ume V (Gouge de Charpaignes) avait été cassée par accident. C'est elle que M. de
Fondras 01 refondre, comme Tattesle rinscripUon qui s'y déioule au-dessus d'une guirlande circulaire de feuilles d'acanthe renversées :
IN NOMINE DOMINI AMEN. ILLVSTRISSIMVS AC REVERENDIS- SIMVS DD lERONIMVS LVDOVIGVS DE FOVDRAS DE COVRGONAY REGI^BONNIBVS GONGIUIS , EPISCOPVS PIGTAVIENSIS ET ABBAS 8ANGT1 LBODEGARII HOG GVMBALVM INGENS EGGLESIiE PIGTA- VIENSIS DEO DVGE REFIGERE GVRAVIT MENSE IVLIO ANNIDOMlNI MlLLESIMl SEPTINGENTESIMl TRIGESIMI QVARTI.
Sur une des faces est un crucifix accompagné de la sainte Vierge et de saint Jean Tévangéliste. Les trois autres sont occupées par une Notre-Dame debout tenant TEnfant Jésus; un évèque mitre et crosse ^ sans doute saint Louis de Marseille , puis saint Jérôme tenant un livre : ces derniers sont les deux patrons du donateur, dont les armes sont reproduites aussi en deux endroits. — Il portait d'oztir à (rots fascei d'argent. — Au bas de la cloche, les fondeurs ont inscrit leurs noms : Les sieurs
ANTOINE BROGARD, GLAVDE BROCARD ET CHARLES FEBVRE FONDEVRS DE LA VRAINE , MON FAIT. 1734*
Nous avons remarqué sur la tour, où nous sommes encore, quatre clochetons. C'est par celui du nord-est, qu'on atteint avec la 158® marche, que nous arriverons à la plate-forme, sur laquelle pose le faîtage à quatre pans qui couronne lé clocher. Le lour de ronde a un ipètre de large de tous côtés; nous concevrions à peine comment on y laisse croître d'énormes familles de ronces, touffes buissonneuses dont les racines remplis-
sent les inlersUces des pierres , en chassent le ciment , dégradent les murs, y ménagent de fréquents passages aux eaux de pluie, et compromettent tôt ou lard la solidité séculaire des bâtiments...; nous le concevrions à peine si tant d'autres preuves de déplorable indifférence n'expliquaient celle-là. La pente de la toiture, où leS ardoises ne tiennent pas mieux qu'ailleurs, épanche tes torrents du ciel dans un canal circulaire légèrement indiqué , et qui se déverse dans des gargouilles rendant parfaitement la pose et l'extérieur, soit d'un barbet auquel les lichens semblent envier la figure si naturelle de sa toison, soit d'une autre espèce de cette famille de quadrupèdes fidèles qui gardent nos demeures et nos troupeaux, et dont l'un penché sur le parvis, mais soucieux de n'y point gêner les comices fréquents qui s'y rassemblent, a soin de détourner sa gueule intelligente et de répandre bien loin an dehors les flots qu'elle a mission d'écouler. Nous savons déjà que cette esplanade est octogone, comnje celle du nord; qu'elle a souffert d'une mutilation dont nous dirons plus tard les malheureux détails, ce qui a remplacé la balustrade du xiv* siècle par un accoudoir massif dont la circonférence a 32 met. : c'est, à 2 met. près, toute la hauteur au-dessus du sol. Ses quatre clochetons ont sur chacune de leurs huit faces 80 centimèt., ce qui leur donne 6 inèt. 40 cent, de contour. Il s'en faut que ces annexes nous apparaissent d'ici avec la même élégance que nous leur supposions en les examinant du parvis. Deux ou trois de leurs côtés ont été grossièrement murés en moellons, sans doute par une mesure de consolidation devenue indispensable , mais qui pouvait être exécutée un peu plus délicatement sans faire tort à l'architecte. Une colonne
dressée en pivot au milieu de leur cage , et à laquelle des branches de fer rattachent les huit compartiments, aurait dû offrir cependant une suffisante garantie, si Ton ne s'était pressé beaucoup en finissant l'édifice, comme déjà nous avons pu nous en convaincre aux dernières travées de la voûte et à quelques autres détails.
La cvoii^ en fer qui couronne le pinacle de la toiture, et que surmonte un coq de médiocre grosseur, est ornée d'une couronne d'épines entourée de rayons enlacés au point central des quatre branches. Au-dessous et vers le milieu de la hampe , on lit le chiffre 1 805.
En sortant de ce point d'observation , qu'on ne peut quitter sans admirer encore les belles campagnes qu'il domine et les fraîches eaux qui, à l'orient, nourrissent leurs verts peupliers, il faut monter encore les dix-huit degrés qui complètent le nombre total de 176. Là se trouve le faîtage du clocheton par lequel nous sommes entrés et revenus. Ici l'œuvre n'aspire plus à s'élever; mais elle semble, jusque dans le moindre des immobiles grains de sable qui la composent, rappeler ses droits d'impérissable durée à ceux que la religion charge de la grande et honorable tâche de protéger ses monuments.
Il nous reste a parcourir les combles; ce n'est pas la moins intéressante de nos courses aériennes.Naguère nous aurions eu besoin d'un peu de patience pour y arriver; ce n'est pas que nous en soyons loin : . . . tout près de nous , là , derrière un mur de quatre pieds d'épaisseur, ou bien à quelques marches plus bas, en arrière de la façade flanquée par nos deux tours , règne la vaste étendue des solitudes que nous cherchons. Aux xiu® et xiv® siècles > d'ingénieuses mains , en élevant ces prodigieux édifices , avaient ménagé entre leurs différentes parties des com-
municalions faciles^ promptes, telles qu'en pouvaient nécessiter parfois la subite et menaçante invasion d'un incendie. Au xix% nos boucheurs de portes avaient fait autrement, et, si d'autres architectes mieux avisés ne nous avaient rendu l'ancien système, au lieu d'aborder de plain-pied d'une pièce à l'autre, il nous faudrait redescendre encore, puis remonter du clocher sud à celui du midi : ce seraient trois cents degrés à franchir... Traversons donc , pour abréger, cet étroit ox)uloir qui règne avec son arcature ogivale sur la façade de l'est , et dans ce court trajet prions les âmes bienheureuses des travailleurs dont nous admirons le génie de pardonner à ceux qui dégradèrent, jusque sur leur tombe peut-être, des merveilles qu'ils ne comprirent pas.