‹ Histoire de la cathédrale de PoitiersChapitre 7 sur 99 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ËXAMBN d'uiib INSCRIPTION DE LA VOUTE. — Texte véritable de cette inscription rétabli.— Bizarre interprétatioD.— Erreur de quelques historiens ou antiquaires. — Obscurité impénétrable.

Nous devons examiner ici quelle valeur doit avoir, contre la date que nous venons de fixer, une inscription célèbre par l'importance que lui ont donnée les antiquaires d'autrefois , non moins que par les interprétations variées qu'elle a reçues. Maintes fois on a osé s'en servir comme d'un texte formel d'où résulterait que Saint-Pierre de Poitiers, tel que nous l'avons aujourd'hui, aurait été achevé en 1017. Ce que nous avons dit sur ce point est assez clairement prouvé, pour qu'à la rigueur on n'ait pas besoin de réfuter les opinions contraires ; ce n'est donc pas afin d'apporter un argument de plus à notre thèse que nous entrons dans cette discussion ; c'est pour

' Cousteau , Mém. sur la cathéd. de Foit, , D. Font., loc. cit.

démontrer surtout, et en une matière qui tient d'ailleurs à notre sujet , quelle circonspection il faut apporter à l'examen des titres dont on s'appuie si souvent, quand on veut fonder quelques prétentions historiques.

Ce qu'il y a de plus singulier dans cette inscription , c'est la place qu'elle occupe. Gravée en lettres rouges sur les nervures qui forment le point d'intersection de la voûte dans la dernière travée de la nef principale, et audessus de remplacement qu'occupait jadis le jubé de la cathédrale acluelle^ on se demande quel est son but et ce qu'elle exprime. On n'y voit rien qui puisse se rapporter à cet édifice, dont tous les caractères, autour d'elle, démentent ses chiffres et forceraient l'observateur à reculer de cent ans. Une lecture attentive ne laisse trouver effectivement que la date de 1067, et chacun peut en juger en jetant les yeux sur la planche I, fig. 1. Cette figure, dessinée avec toute l'attention possible, ne l'avait encore été qu'avec de nombreuses variantes qui toutes ont contribué à rendre l'énigme de plus en plus inextricable. On voit d'abord que de tant de caractères inscrits sur les tores de la voûte il n'y a de réellement clairs que ceux delà seconde ligne, exprimant, en chiffres romains, la date de 1067, si tant est que les Romains aient jamais disposé leurs combinaisons de façon à marquer ici le nombre VII entre le chiffre qui signifie mille (M) et ceux gui expriment soixante (LX). Nous ne pensons pas non plus que cet arrangement ait des exemples au moyen âge. Mais enfin adoptons la seule version possible, même en supposant une transposition légitime de ces caractères: quelle conséquence en obtiendra-t-on? Nous ne le voyons pas, puisque jamais, encore une fois, le moindre rapprochement n'a pu exister entre cette époque ici écrite et

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le monument dont elle semblerait constater l'origine.

Examinons maintenant les copies qu'on en a faites et leurs diverses interprétations.

Besly, dont la sagacité avait été poussée à deviner ce mystère, lui a donné, dans une lettre à M. de la Rocheposay, évêque de Poitiers, jusqu'à vingt et une explications différentes, dont la plus naturelle semble : Omnipo-

TENTI ALTARE ViLLELMUS OBTULIT '. MaiS CellC-Ci rOpOSO,

comme toutes les autres, sur une donnée défectueuse, sur une mauvaise copie de l'inscription; d'ailleurs cette version, admissible jusqu'à un certain point, puisqu'elle présenterait au moins le nom du fondateur ou restaurateur de l'édifice, contiendrait toujours une faute d'orthographe peu supposable, car le V qui serait l'initiale du mot Willelmus devrait être double, comme il l'était toujours dans ce mot à l'époque où nous nous reportons. Il ne faut donc pas s'étonner que Besly lui-même, comme il le dit dans la lettre précitée, « n'ait pu se satisfaire en nulle des interprétations qu'il s'était forgées ' ». 11 est vrai qu'en lui demandant le mot de ce logogriphe , le prélat lui avait adressé un mauvais spécimen, tel qu'on le voit fig» 2, pi. I; on comprend assez qu'en le lisant de la sorte on ait pu le rendre, sauf l'orthographe, par Omnipotenti altare Villelmus oblnlit. Mais , outre que ce slyle n'a rien du style lapidaire chrétien tel qu'on le faisait au XI* siècle, les trois lignes se sont trop prêtées au caprice des yeux du copiste, pour qu'on puisse leur laisser dire tout ce qu'on en veut tirer : la copie de D. Fonteneau le prouve de reste , fig. 3. Plus fidèle que ses devan-

* Guillaume a offert cet autel ad Toct-Puissamt.

* A la suite des annales d' aquitaine , éd. 1644 , p. 55.

cières , elle a cependant de trop la marque abréviative qui surmonte le V de la première ligne, celle qui couronne le chiffre VII de la seconde, et elle manque de celle qui domine le second caractère de la troisième. Un regard jeté sur la figure l""* fera sentir ces différences. Cette der* nière est un dessin que nous avons fait nous-méme , et qui laisse bien loin, comme on peut s'en assurer, tous les autres si souvent répétés de bonne foi d'après c^luî de Besly, et plus ou moins défigurés , jusqu'à Thibaudeau, qui dénatura l'ensemble de façon à le rendre méconnaissable (/îflf- 4 ) ; jusqu'à notre compatriote le comte d'Orfeuille, qui nous donna une centième édition de l'avocat fonlenaisien ' ; enfin jusqu'aux nouveaux éditeurs de Thibaudeau, qui calquent trop fidèlement D. Fonteneau avec ses infidélités même% De son côté, Dufour % après avoir cité Fauveau et Besly, se montre peu satisfait de leurs découvertes , et tente un nouvel effort pour faire signifier aux sigles de la ligne intermédiaire la date de 1407, présumant qu'alors Jean, duc de Berry et comte de Poitiers , aurait parachevé l'église. Mais c'est encore un accommodement rêvé par un nouveau venu qui n'est pas fâché de donner, à quelque prix que ce soit, et quoique fort timidement, son avis. Comment n'avoir pas remarqué d'ailleurs que les nervures prismatiques ou les tores sijnples et légers du xv® siècle ne se trouvent pas plus ici que les vives arêtes du xi* ?

Quoi qu'il puisse être du texte, que d'ailleurs nous restituons dans toute sa vérité, et quoi qu'en aient dit

' Bulletins de la Soc. des Aniiq, de CQuest , t. m , p. 344.

• Hist. du Poitou^ nouv. éd. , t. ii, p. 445.

* De V Ancien Poitou ^ p. 69 et 60.

les doctes personnages qui en ont cherché le sens , nous ne pensons pas qu'il soit encore trouvé; semblable en cela à quelques autres obscurcis par le temps, et devenus ensuite parfaitement inintelligibles '; disons plus: nous croyons celui-ci introuvable, et, loin dCiVOuloîr nous donner le mérite que certains antiquaires ont vainement désiré , nous dirons avec un grammairien que cite Besly , et dont les paroles auraient pu lui épargner ses vingt et une conjectures : « qu'il vaut mieux avouer son ignorance que s'attribuer une science qu'on n'a pas. » Et, pour nous résumer sur ce point, ajoutons que le bon sens de nos aïeux , leurs habitudes constamment suivies dans l'édification des monuments religieux, auront dicté à l'architecte de la cathédrale cette légende , qui sans doute a un sens complet^ mais un sens que personne n'a pénétré ni ne pénétrera, vraisemblablement , en l'absencçde tout autre document écrit; que la date est irrégulièrement écrite , par cela même obscure, et ne peut conduire à aucune conclusion; que cette clef de voûte n'est pas antérieure à rédifice actuel , qu'elle n'a jamais appartenu qu'à la voûte qu'elle décore depuis le xii* siècle, et qu'une dernière preuve s^en trouve dans une seconde inscription, jetée au point d'intersection des nervures de la travée parallèle , dans le bas-côté méridional (fig. 5 ) , cette inscription , dont nous devrons parler en son temps, portant certaines lettres identiquement semblables, et n'ayant certainement pas une origine plus reculée que la première. Reprenons maintenant le co]Lirs des événements.

' Telle la fameuse inscription latine de Tautel de l'église d'Avenas, en Beaujolais^ qu'on peut défendre aux plus savants de traduire. V. BuU. inmum, , t. iv , p. 585.

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