‹ Histoire de la cathédrale de PoitiersChapitre 72 sur 99 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

Sacbistib des messes. —Porte du xv*' siècle. — Statuette de saint Michel.

— Vantaux. —Style de Tarchitecture. — Tableau annorié de saint Louis. — Autre du doyen Bertrand de Kneringuen. — Sépultures de Louis Fardeau

— et de Pierre Fauconnier — Messe des Cinq-Plaies,

Nous voici devant une porte dont les deux baies coupées à angles droits sont encadrées par un chambranle joliment sculpté dans la pierre, et dont l'archivolte en arc gothique prolongé est surmontée d'un haut pédicule que tei;mine un panache frisé. Cinq colonnes^ dont quatre sont cylindriques, el dont la cinquième, coupée en prisme, se dresse au milieu comme un Irumeau, ornent les piedsdroits , s'appuient sur des bases polygonales , et se couronnent de chapiteaux à petites feuilles délicates. C'est bien la première moitié du xv* siècle. Mais à quel siècle appartient cette petite statuette de saint Michel, sculptée en bois, élevée sur le tailloir de la colonne centrale, adossée au tympan de la porte » et armée de toutes pièces comme un chevalier du moyen âge? Voyez comme il presse de ses pieds l'ennemi du genre humain, qu'il a lié d'une chaîne de fer , comme il va traverser l'horrible gueule de toute la longueur de son épée ! A en juger par te costume , les deux antagonistes seraient là depuis trois ou quatre cents ans. Nous verrons qu'un autre groupe ^e même genre , mais taillé en pierre et haut d'un mètre 33 centimèt. , décorait en 1562 un autel placé sous le vocable de Tarchange. Celui-ci serait mieux exposé Petït-ôtre au-dessus de la porte de son nom, dans la 4* travée de ce même bas-côté, au lieu du tambour nord de M. de Larnay, à moins qu'une pensée, qu'il pe faut

peut-être pas trop dédaigner , n*ait voulu faire symboliser ici en même temps les chanoioeâ et les sacristains. Le vantail de la porte , comme celui du Chapitre, est un énorme madrier de chêne , épais de 45 millimètres , renforcé de traverses de même bois , étayé encore de verrous et de puissantes serrures; le tout secondant assez confortablement les barreaux de fer qui garnissent les hautes fenêtres de Tintérieur et défendent ce lieu important contre des attaques sacrilèges, GeS vantaux, comme tous les autres , doivent remonter au tempi^ où ïa cathédrale ayant été pillée par les protestants ^ on dut réparar tous les dégâts. Nous verrons qu'alors toutes le& pdrtès furent brisées. L'intérieur de la sacristie c^ tM espace de 12 met. de profondeur sur cinq de lai^e : c^élailea 1562 la chambtèdéê comptée. Il y a une centaine d'années, les parois en furent revêtues dé la boiserie que nous y voyons toçonnée à panneaux dont les filets et moulures s'arrondissent à lenr amortissement et à leur base. Quant à la construction architecturale en parpàîngs de 30 à 40 cent, sur 55 , elle indique bien la première moitié du XV" sîêclej que la porte nous a fait prévoir. Garnie en claveaux réguliers^ la voûte s'y partage en deux travées par un arc ogival qui en soutient le milieu , et se répète sur les quatre côtés par les formerets qui l'amortissent. La première travée a pour clef de voûte un écusson portant rébauchë dé deux clefs en sautoir quiri-ont J^as été sculptées; la seconde est ornée d'une rosace de demirelief encadrée dans quatre accolades unies , indice presque inaperçu , mais déjà assez expressif; des excursions de l'art vers des concéptioiis nouvelles toutes de caprice, tes nervures saillantes et prisn^atiquesàboiYtissàiehl, aux angles et au centre des nnfurs de la salle, à dès colonnes

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ylindriques recouvertes aujourd'hui par la boiserie^ et ont les chapiteaux, formés probablement de feuilles frikîs, ont été maladroitement sacrifiés aux dimensions du imbris, qui s'élève seulement à deux mètres du soL La ioéUré du fond , à larges tableaux évasés , sans meneaux ioompartimekits, est aussi du style ogivallertiairé. Une lire, dont on ne peut plus comprendre la forme , a été )uchée au levant. Une porte laissait autrefois une entrée splain-pied dans une secondeappartenance qui s'avan^it (deux mètres sur la rue, qui fut démolie au commenceeot de ce siècle ^ et qu'on peut voir sur le plan dressé 1 1767. Cette porte forme aujourd'hui la fermeture d'un ier pour l'usagç de la sacristie.

Des armoires , un grand meuble destiné aux chasubles dalmatiques, garnissent le fond et le côté gauche de Ite pièce, où rien d'intéressant ne nous retiendrait plus, nous n'y devions examiner deux tableaux dignes en et, à différent titre , d'occuper un instant notre atition.

Le premier est une toile de 1 met. 70 cent, do large r 4 met. 35 de haut, représentant le roi saint Louis enouillé devant une table recouverte d'un tapis rouge, sur laquelle reposent, avec sa couronne royale, le bois la vraie x^roix, la couronne d'épines et deux des clous il attachèrent Motre-Seigneur. Il tient le troisième clou la main gauche (on ne sait pourquoi il est beaucoup lis petit que les autres ), et la droite porte le sceptre, si il agencé avec le collier royal qui s'arrondit sur Therine d'un manteau fleurdelisé, qu'on croit en conîeoce apercevoir un fouet de charretier , hien noué et en conditionné en toutes façons. La tête » qui n'a rien I type reconnu au saint personnage , n'a qu'une exprès-

sion de douceur fade. Le peintre a donc bien fait de cacher son nom. En revanche , la dévotion du donateur n'a pas permis qu'on omît le sien. Les mots ex dono caroli ROBIN succEMTORis nous apprennent que Charles Robin , sous-chantre de la cathédrale, fit cadeau à l'église de celle image ; on ne dit pas quand : le caractère des lettres ne peut remonter au delà de la dernière moitié du XVIII* siècle.

Mais le cadre a mieux valu jadis que la peinture. C'est une membrure en bois surmontée d'un fronton à double versant orné d'arabesques, de feuilles enroulées/ et sous lequel court une jolie frise de même végétation. On voit encore, placées à des distances égale? , sur les bords de la gorge circulaire, les traces fort apparentes de six compartiments renfermant sans doute autrefois lés six divisions d'une histoire due à quelque peintre un peu moins récent que celui de saint Louis. Ceci est à regretter; car deux écussons posés entre le cadre et le fronton gardent encore très-visibles le lion posé de sino/ple sur champ d*or de M. de la Rochc-Posay, et les trois tile$ de bélier d'argent sur azur de son oncle et prédécesseur, Geoflfroy de Saint-Bélin. Chacun de ces écus est surmonté de la mitre et de la crosse épiscopales. Cette dernière est fort allongée par son crochet, et la mitre, beaucoup plus élevée que celle donnée au premier de ces prélats dans un autre tableau, est un exemple de plus de Tan ciennèté déjà assez reculée de cette forme. . Le second tableau , placé au-dessus du lambris, dans l'encadrement formé par l'ogive de la première travée, et qui bouche une ancienne fenêtre ouverte au levant, est d'un intérêt local qui lui donne ici une grande innporlance. Sa forme, arrondie par le haut, mesure i met.

cent, sur 1 met. 12 cent. Au bas on lit, en quatre les de demi-gothique , et en caractères noirs sur fond ne :

r^onrar de %it\x tt de la Dierige iHarte tt tabUau a t^Xi bone mn6, po' awir mémoire î^es feu? e" meetre

0ertrand l^e eriniguett edeuger ^ embaeeadeur en :3lUematigtte po' le ro}} /raneogs premier ^ abbé de igit-iSiatur dagett de dam V de partl)emig le Dieur. déeedda a |)t~6 le dernier de (trier 1568^ est ini)ume aujr €ardelier$ aud* lieu.

€nêëble de to^B Jurdeau eôeuger 0' de fiare, el)anaine de reanô, prte^ du 0u06eau^ et de €i)eft)efog9 (\\ déredda Iel8daauôtl565.

ivant d'expliquer au lecteur le sens historique de cette cription, assez intelligible par elle-même, il est vrai, lis qui nous parle de personnages moins connus ailirs que dans le Poitou , nous allons donner une idée du inument qu'elle accompagne.

La toile se divise donc en deux plans superposés sans cune séparation apparente entre l'un et l'autre. Le îmier plan représente la grotte de Bethléem , dont l'ourture en plein cintre est assez régulièrement maçonnée claveaux de gros échantillons. Elle forme un encadreint à la scène de Tadoration des bergers qui entourent berceau où l'Enfant Jésus, réchauffé par le souffle du îuf et de l'âne, étend une de ses petites mains vers les de sa mère. Celle-ci prend cette main avec respect. e est agenouillée devant le Sauveur. Derrière elle ,

debout et témoignant sa pieuse vénération par toute sa pose , saint Joseph prend part aux sentiments de Marie. De l'autre côté , à gauche du spectateur, un berger déjà arrivé, et à genoux; joint les mains et contemple; un second le suit de près, commence à comprendre, et va se prosterner... Deux autres arrivent encore : on devine leur empressement au mouvement de leur marche; mais leur expression de visage démontre qu'ils n'ont pas encore senti comme leurs compagnoiis ce que bientôt ils apprécieront comme eux. — De ce même côté, et en dehors de la grotte, sainte Cécile, assise devant un orgue dont elle touche des deux mains, que sa position forcée a fait mal poser sur le clavier, chante le verset 4* du psaume 150 : iTauifûte Br» m f^orbw rt orgttiw. Qes paroles, écrites en demi-gothique , comme toutes celles qui se diront ailleurs , partent , sur un cartouche. , des lèvres de la sainte. L'instrument n'a qu'un rang de touches dorées, et la montre, défigurée par quelque froissement de la peinture, semble avoir porté, au lieu de tuyaux, une rangée de cordes dont les sons, mêlés à celui des touches, auraient plus exactement rendu le sens du verset : In chordis et organo '. Entre l'orgue et le mur de la grotte apparaît un petit ange , celui qui tient ordinai- . rement la note sous les yeux de sainte Cécile. Mais que fait à ses pieds ce vilain singe posant doucement sa patte droite sur le genou de la céleste chanteuse, et auquel elle ne semble prêter aucune attention? Ne serait-ce pas l'image sensible de ces distractions que l'esprit du mal,

. 1 Cet instrument ainsi construit ne serait pas chimérique , et nous avons va, de notre temps, des chanteurs nomades s'accompagner, dans les rues, d'une sorte de piano , dont nous retrouvons ici l'image, remontant à trois siècles au^lessus de nous.

symbolisé si souvent par Pignoble quadrumane ^ apporté à rame qui prie , peut-être même , hiélas ! au chanoine qui psalmodie les beaux cantiques de David ; et ne peuton pas voir dans l'impassibilité de la sainte , toute occupée de ses chants pieux en dépit de Satan , celle du doyen lui-même , de messire Bertrand de Kneringuen , que nous trouverons bientôt agenouillé au-dessus de cet épisode?

i Topposile de la patronne des musiciens , et derrière la grotte , à droite , apparaît le prince des apôtres , dehouij présentant à TEnfant-Dieu un de ses protégés qu'il recommande en ces termes : Ma «ttAm fetro Sm^cnkt. Celui-ci , à genoux , les mains jointes f en habit de chanoine hebdomadier, c'est-à-dire en soutane noire et surplis blanc à manches pendantes, mais sans Taumusse, demande au Seigneur, pour ses maîtres défunts, une place dans son royaume éternel r^nt trtiie fut u mnnm mn. Au haut de la grotte , deux charmants petits anges, aux ailes d'oréployées, tiennent une inscription où se lit en dçux lignes l'annonce de la bonne nouvelle :

(èlotia in txcdm )Dt0 H in terra pax ï^ominibm bonae t)olutttatt6.

Au-dessus , la date |567. Tel est le premier plan.

Au second, se développe la scène des Oliviers. La sainte montagne, figurée par une large spirale dont les circuits sont ornés de taillis et de clairières , est témoin de l'ascension du Rédempteur. Déjà il n'est plus sur la terre; ses pieds et la portion inférieure de la robe apparaissent seuls au milieu de nuages > dans lesquels se balancent deux anges vêtus de longues chlamydes, mais assez mal

traités, surtout par les bras, qui sont d'une longueur déraisonnable. Une foule composée de vingt personnages se presse autour de la dernière station du Christ, le suit des yeux, des gestes, du désir; tout cela du moins se lit parfaitement dans l'élan des poses, la belle convenance des attitudes et le mouvement vraiment louable de cette scène pleine d'effet* Certains acteurs sont ici très-reconnaissables au type convenu qui les désigne : ainsi , saint Pierre, saint Jean et la sainte Vierge , qu'accompagnent deux autres femmes, peut-être Marthe et Marie, sœurs de Lazare. Dans un coin, à gauche , on remarque un de ces disciples portant dans chaque main les stigmates sanglants. Nous verrons à quelle idée peut se rattacher cette circonstance.

, Entre les deux plans, mais évidemment liés au second, apparaissent, un de chaque côté, deux chanoines qui, à genoux, les mains jointes, les regards élevés vers la montagne, prennent part au grand événement qui s'y accomplit. Leur costume est celui des chanoines prébendes dçlH cathédrale, car, avec celui que nous avons reconnu à Pierre Fauconnier , ils portent sur le bras gauche l'aumusse fauve doublée de blanc , distinctive des chanoines du premier ordre; la longue queue de leur soutane se répand derrière leurs pieds. — L'un d'eux porte la barbe longue : c'est celui de droite, qui nous rend les traits de Loys Fardeau. Ceux qui ne l'ont pas connu peuvent s'en rapporter à son écusson placé au-dessous de lui : c'est un champ de gueules chargé de trois têtes de Maures tortillées d'argent , et accompagnées de six étoiles à six pointes rangées enorle.

L'autre, avec sa bonne et grosse figure allemande toute débarrassée de barbe, et qui, tenant la gauche de

robservateur, prend réellement la droîte du tableau, comme sa dignité le demande , est donc le doyen de céans , messire Bertrand de Kneringuen. Ses armes , placées audessous de lui, et symétriquement en face de celles du sieur de Bors , sont surmontées de la crosse abbatiale. II porte écartelé au V plein d'or; au 2% de.** à quatre fasces d'azur chargées d'un lion grimpant de gueules couronné et lampassé d'argent; au^j de .. au lion grimpant de sable couronné d'or; au 4% de gueules au quintefeuille d'or; et sur le tout, de sableàunannelet de... — Les couleurs de ce tableau, généralement bien conservées partout ailleurs , ne permettent pas de déterminer exactement les émaux de deux de ces quartiers, qui ont subi de graves altérations.

Bertrand de Kneringuen était d'origine allemande , et fut naturalisé Français le 27 août 1529. Peu après, il devint abbé de Flavigny , monastère de l'ordre de Saint-Benoît, au.diocèse d'Âutun; puis s'en démit pour celui de Saint- Satur, près Bourges*. Le doyen de Poitiers, Jacques Mesnagier, étant mort le 29 avril 1534, le Chapitre conféra à Bertrand cette dignité , dans laquelle il fut installé, malgré les oppositions d'un compétiteur qu'un arrêt du grand conseil débouta en 1536 \ Nous ne voyons pas en quelle circonstance il fut envoyé en Allemagne par François P". — Pour Louis Fardeau, c'était un chanoine prébende de notre église; nous n'en savons autre chose, sinon qu'il avait été inhumé devant l'autel de Notre- Dame -des-Gésines^ non loin du chœur. Pierre Fauconnier, qui sans doute avait quelque motif de reconnaissance, fonda au profit de Louis et de Bertrand une messe des

^ Du Temps, t. m, p. 462, et t. iv, p. 04. * Grand Cartulaire, t. v, p. 183.

Cinq-PlaieSy pour être célébrée à perpétuité chaque ven-dredi, par les quatre hebdomadiers alternativement, à œ même autel de Notre-Dame'. C'est là que lui-même avait aussi élu sa sépulture, et c'est lui qui voulut perpétuel:* le souvenir de $es maîtres et bienfaiteurs par le tableau qu^ nous venons de décrire. Dans la sacristie n'est donc pa$ la place que ce tableau devrait occuper. Il était appliqué d'abord au mur de clôture de la chapelle des Èvêques , ou croisillon nord , séparé alors de la nef par un massif de maçonnerie ". Pourquoi, après la disparition bien entendue de ce mur, n'avoir pas mis la toile commémorât! ve dans l'enlrecolonnement latéral, le plus près possible du donateur?

On voit dans cette messe des Cinq^Plaies une pensée qui doit avoir quelque analogie avec les stigmates que nous avons remarqués aux mains de l'un des personnages mentionnés ci-dessus. Ce sont deux faits particuliers dont il n'est pas facile de deviner la connexion^ mais qui doivent avoir eu des rapports dans l'intention du peintre.

Ce morceau , où beaucoup de détails secondaires sont négligés , mais qui ne manque ni de dessin ni de fraîcheur d'exécution, dénote dans l'inventeur, quel qu'il soit, une délicatesse d'idées qui a pu rendre, sous une ingénieuse allégorie, l'éloge de ceux qu'il voulait perpétuer. Les deux mystères qui ouvrent et ferment la vie de THomme-Dieu sur la terre sont les deux termes de la piété des deux personnages, et supposent la même dévotion pour tout ce qui leur est intermédiaire; puis la vie canoniale, dont la psalmodie est l'œuvre première, s'y trouve exprimée avec une naïve simplicité dans le pieux recueillement de la sainte qui personnifie la musique sacrée.

^ Grand Cartulaire y {xhi su f Th.

* D. Fonteneau , carton de$ inscriptions , n*» o^ .

Ce tableau 5 qui n'est point signé , et qui a maintenant trois siècles de date, est âigne d'être mieux tu. Elevée tians renfoncement d'une travée de la voûte, la scène du second plan n'est pas suffisamment éclairée'; on y perd de fort jolis lointains et des demi-teintes bien entendues. II lui faudrait aussi quelques retouches qui assureraient sa conservation : c'est un élément bien fragile que la toile; quand elle commence à se détériorer, le mal y fait des progrès rapides. Nous signalons celle-ci comme un petit monument digne de figurer dans l'église, mais d'abprd sur le budget de la fabrique.

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