‹ Histoire de la cathédrale de PoitiersChapitre 73 sur 99 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

Sallb capitulaîhb. — Détails de la construction. — Boiseries et anciennes archives. — Noms des ouvriers qui y travaillèrent. — Jolie voûte du style gothique tertiaire. — Saint Pierre et saint Paul. — Portraits des évêques de Poitiers. — Origine de cette collection. — Simon de Cramaud. — Charles d'Escars. — Geoffroi de Saint-Belin. —De la Roche-Posay. — Fénélon. — Antoine Girard. — De Fondras de Courcenay. — De la Marthonie de Caussade. — Beaupoil de Saint-Aulaire. — Luc Bailly. —De Bouille. — Joseph- André Guilton. —Charles Braud, archevêque d'Alby. — Delà Broue de Vareiiles, évêque de Gap.

Ce local répète, à peu de chose près, tous les détails d'architecture du précédent : même style , même ornementation , mais d'un aspect plus agréable par la régularité de sa forme carrée et sa décoration générale. C'est le même genre de fenestration , sinon que des deux fenêtres, dont Tune s'ouvre au nord et l'autre au couchant^ Tune , cette dernière, est partagée en deux compartiments à tête ogivale que surmonte une rosace à quatre lobes. C'est derrière la travée où elle s'inscrit

qu'étaient appliqués , à l'extérieur du mur , les écussDKtô des deux évêques Simon de Cramaud et Hugues de Coiï^' barel , dont l'un avait commencé et l'autre fini ce nouveau bâtiment.

Une porte ouverte dans le mur opposé, à droite en eï^' tranl, laissait autrefois une communication libre entre 1^ salle du Chapitre et la sacristie que nous venons 4^ visiter. Elle a disparu sous la boiserie qui garnit tout 1^ pourtour de cette pièce. Cette boiserie, garnissant le^ trois côtés du fond, de droite et de gauche, comprend quatorze armoires oii étaient déposées, avant 1791 , le& archives de la cathédrale. Les réunions capitulaire^ s'étaient tenues jusque vers 1730 ou dans la grande nef ^ ou dans une annexe de fort peu d'importance , placée derrière le mur occidental de la salle actuelle , et dont nous donnerons bientôt l'historique. Mais on y devait êtr^ gêné; la légèreté du bâtiment, qui d'abord n'avait d<l être que provisoire , et auquel on s'était peu à peu accoutumé, devait rendre ce lieu froid et humide. Sous tous les rapports, on dut trouver plus convenable d'habiter les nouvelles constructions; cepenant il fallait les rendre propres à cet usage , et c'est dans ce but qu'on fit garnir les murs de lambris en chêne. Une double serrure fut donnée k chaque armoire, dont les panneaux extérieurs , ornés da moulures et de compartiments symétriques , furent simulés sur le mur du fond septentrional , de manière à y former une continuation de la même menuiserio. Au milieu , dans cette même partie du fond au-dessus de laquelle est ouverte la fenêtre garnie de petites vitres plombées, et dont nous verrons que des verres historiés furent brisés en 1562, on a placé le siège du doyen, que révoque occupe actuellement lorsqu'il préside les

assemblées. Il est surmonté de l'écusson chargé de nos deux clefs en sautoir , entouré de deux palmes et couronné de la tiare; tout cela sculpté en ronde bosse dorée, et portant bien la touche assez lourde du temps qui le vit faire. Au bas du lambris , règne, de trois côtés de la salle, un banc continu supporté par des consoles qui portent sur un marchepied saillant de 88 centim. : c'est le siège modeste des chanoines. Les besoins du service ont fait établir encore , après cette boiserie principale, le long de la partie des murs qui restait disponible, d'autres armoires de plus petites dimensions , puis vis-à-vis la fenêtre, à gauche en entrant, un chapier et des placards où sont déposés plusieurs objets composant une partie du pauvre trésor de l'église.

On trouve dans les anciens registres capitulaires les comptes et quittances relatifs à la confection des ouvrages de menuiserie qui donnent à notre Chapitre un aspwt sévère et tout à fait digne des graves délibérations qui s'y consomment. Ce fut le 28 mai 1735 que le marché fut conclu avec René Touzalin et François Robert, maîtres naenuisiers de la ville, sur un devis dressé par eux, et dont le chiffre total s'éleva à la somme de 1,400 livres. On paya d'avance 500 livres; 500 autres furent données lors de la livraison de l'ouvrage, qui devait se faire à la St-Jean-Baptiste 1736, sous peine de 100 livres de perte Gt d'autres retenues pour un retard de deux mois au delà. Enfin, le surplus dut être compté après Tacceptation de l'œuvre; cependant la quittance définitive des ouvriers n'est datée que du 20 mars 1738 '.

Les deux travées de la voûte, dont les retombées n'ont

ï Grand Carlulaire , l. v, p» 6l.f.

pas été épargnées non plus par les ouvriers en bois qui ont succédé aux maçons, ont quelque chose dans leur ensemble de plus gracieux et de mieux établi que celle de la sacristie. Leurs clefs sont surtoutremarquables par deux à-propos fort bien exécutés. À l'une on voit, dans un encadrement formé de quatre accolades, l'image de saint Pierre, en buste, la tiare en tête, la main droite levée, et bénissant à la manière latine, fidèle tradition de toute la sculpture antérieure ; de l'autre sonl tenues les deux clefs symboliques : en un mot, c'est la reproduction du scel capitulaire tel qu'on le trouve décrit dans des actes de 1287, et dans quelques autres postérieurs '■. Plus gracieux encore, et se détachant complètement de l'intersection des nervures qu'il relie, saint Paul se présente, à l'autre clef, dans tout l'ensemble de sa personne, assis, vêtu d'une large robe, tenant de sa gauche le livre ouvert de ses sublimes épîtres, de l'autre le glaive à deux tranchants de la parole divine, que lui-même a signalé comme pénétrant jusqu'au plus intime de la conscience humaine. Ces deux petits morceaux, exécutés avec un soin digne de tout éloge, sont aussi précieux au point de vue de l'art que par la place qu'ils occupent d'après la pensée de Parliste, au milieu d'une compagnie qui, dès l'origine du christianisme parmi nous , s'est toujours fait honneur de marcher sous leur auguste patronage.

Des deux côtés de la salle, et appuyée sur la corniche de la boiserie , élevée de 2 met. 35 cent, au-dessus du sol, règne une galerie de gortraits représentant dix-sept évêques, dont quatorze l'ont été de Poitiers depuis le

1 Registre du Chapitre depuis ^804, f* 432 et {Ô^.^CoUeciionàe pièces capilulaires , p. 25.

Lvi* siècle. Celte collection ornait, avant 1792, les aplarlements de l'évêché; elle fut rendue en 1805 à M. de ^radt , qui l'offrit au Chapitre deux ans après. La comlagnie, dans une délibération du 14 mai 1807, déclara u'elle acceptait avec reconnaissance, « et députa [H. Pain et Danzel, chanoines, pour en faire audit eigneur évêque ses sincères remercîments \ » Toutes Bs peintures sont authentiques; tous ces personnages, ui ont eu chacun leur genre d'illustration, méritent que ous fassions avec eux quelque connaissance , et nous lions les visiter selon leur rang d'ancienneté dans l'épicopat.

Et d'abord , c'est Simon de Cramaud , nommé évêque de ôiliers en 1385, d'Avignon en 1391, puis, cette même nnée, patriarche d'Alexandrie et administrateur du dioèse de Carcassonne. Après s'être mêlé activement aux ffaires du schisme d'Occident, et avoir contribué plus que )ut autre par sa science et ses efforts à rendre la paix à Eglise, il devint en 1409 archevêque de Reims, fut romu au cardinalat en 1412, assista deux ans après au incite de Constance^ dont il fut une lumière , et redevint J^êque de Poitiers, où il mourut en 1422. — Cette derière date est réelle, malgré icelle de 1426 qu'on lit au is du tableau, à la suite des noms et titres du prélat : >us l'avons prouvé dans nos Recherches sur sa vie '. Son nabeau en marbre était, avant les déplorables dévasta- >iis du \\v siècle , un des plus beaux ornements du tœur de la cathédrale, dont Simon avait été le bienfaîur, et où il voulut être inhumé, près du grand autel.

* Eeg, des actes capit. , p. 45.

* Mém. de la Soc. des Aniiq. de V Ouest , t. vu , p. 570.

Nous reviendrons sur ee grand homme en parlant de cette sépulture. — Ce tableau , peint sur bois , se fût perdu infailliblement dans la poussière d'un grenier, si, guidé par un heureux hasard , iQOus ne l'avions découvert et fait restaurer en 1839. En laissant la fausse date de U26 qui y figure, nous avons voulu que celle deU22fut inscrite au-dessous , en plus petit caractère, afin de concilier la vérilé historique avec l'exacte fidélité qu'il fallait conserver à cette œuvre contemporaine de Toriginal, mais dont l'inscription est évidemment postérieure de beaucoup. Le costume de cardinal y est curieux dans sa coupe étroite et serrée , et contribue , avec la nudité delà tète, tonsurée aux trois quarts et dépourvue de longue barbe, à jeter sur des traits spirituels une teinte d'élrangeté assez remarquable. Dans un coin du tableau est son écu , d^azur à la bande d'or accompagnée de six merleties de même, à la bordure de gueules chargée de onze besans d'or \

Charles de Pérusse d'Escars , d'une ancienne famille du Limousin , comme le précédent. Son entrée à Poitiers eut lieu le 26 août 1 564, et l'année suivante il fit restituer au tombeau de sainte Radégonde les saintes reliques arrachées par des personnes pieuses à la profanation qu'en avaient faite les protestants. Devenu évêque de Langres en 1571, il obtint de nouveau l'évêché de Poitiers ; s'en démit bientôt et revint à Langres , où il mourut en 1614, des suites d'une syncope causée par une éclipse de lune. Il était chevalier du Saint-Esprit, dont il porte ici les insignes. Assis dans un fauteuil à clous dorés, il garde une pose calme et réfléchie ; devant lui est une

1 Le Laboureur , Tableaux génealofjiques des rois de France , p. 56. — Paris, >IC83.

lable, sur laquelle un crucifix et un livre ouvert. Ses deux mains reposent négligemment sur les bras du fauteuil , mais avec une certaine affectation qui laisse voir à dessein trois anneaux d'évêque, dont deux garnissent l'index îl l'annulaire de. la main droite; le troisième brille au wuce de la gauche. Par cette triple apparition du bijou ^piscopal, le peintre a ingénieusement rappelé le double îpiscopal de Poitiers et celui de Langres. Il est vrai qu'un el moyen n'était pas aussi nouveau alors qu'on pourrait e croire. Dans une verrière de la cathédrale de Saint- Jrieuc, on a représenté, au xiv* siècle, saint Bernard lyant au-dessous de lui trois mitres adossées à trois

irOSSeS^ët on y lit : €u ni miUts si^mtit rommt seine Ûcvnath fut à \{\ tvi...

- C'est toujours une mérite cependant d'imiter les K)nnes choses.

Ce tableau porte en lettres jaunes , à droite el un peu lu-dessus de là tête , cette courte inscription : Anno %mini 1614, œtatis suœ 95. — Il fut donc composé l'année ûéme où mourut le prélat, dont la figure ridée, mais ive encore , et la longue barbe blanche , annoncent bien m quasi-centenaire.

Les armes qu'on voit derrière la tête sont plus compli- [uées que celles qu'on lui donne d'habitude : de gueules ttpo/ de vair. Elles sont ici écartelées au 1 etauU d'azur au %vioir de gueules cantonné de quatre fleurs de lis dor^ qui îst de Langres; au 1 et au^ de gueules au pal de vair. Ce ableau a donc été peint à Langres , dont le prélat étai omte en même temps qu'évêque, et en sera venu avec ni lors de son retour à Poitiers.

Nous nous félicitons d'avoir placé ce souvenir histoique à côté du précédent, en l'arrachant comme lui à ^ne perte certaine. Nous l'avons fait restaurer en 1843; * peinture en est bonne et revit bien.

Dans un aulre tableau sont réunis Toncle et le Beveo^ révêque titulaire et le coadjuteur; l'un portatttdéjà sur son visage basané, privé d'un œil et peu avenant, les marques d'une vieillesse encore vigoureuse; l'autre ex- . primant sur des traits d'une charmante régularité le caractère ferme, ouvert et spirituel qu'attestèrent ses actes et ses écrits : ce sont Geoffroi de Saint-Belin et Chasteigner de la Roche-Posay.

Le premier, d'une noble famille de Champagne, était abbé de Saint-Savin quand il monta sur le siège de Poitiers , en 1577. Pieux et charitable, il s'occupa avec zèle de l'administration diocésaine , malgré les troubles du temps et la part active qu'il prit aux affaires de la Ligue, ce qui lui fit jouer un rôle dans la Satire Ménippée. Hais ligueur par conviction , et soutenant avec énergie une cause dans laquelle il voyait le salut de la France, il se remit, avec la ville de Poitiers, sous l'obéissance de Henri IV, lorsqu'après l'abjuration de ce prince il se fut convaincu que le bien du pays devait rattacher à lui tous les partis. En 1 611 , peu de temps avant sa mort, il donna 2,500 liv. pour l'orgue de la cathédrale, que le Chapitre faisait refaire. Il fut enterré dans la chapelle des Apôtres.

Henri-Louis Chasteigner-Dabin de la Roche-Posat était fils de Louis , seigneur de la Roche-Posay en Poitou, et naquit à Tivoli pendant que son père était ambassadeur à Rome pour Henri III, en 1577. Le 30 septembre 1607, il fut donné pour coadjuteurà Geoffroi, son oncle, avec future succession. Au mois de juin 1612, il fit son entrée solennelle à la cathédrale eii qualité d'évêque, et fut le dernier pour qui l'on observa l'antique cérémonial si célèbre dans nos fastes ecclésiastiques. Il était abbé de Saint-Cyran ; et ayant pris pour vicaire général le fameux Duvergier de Hauranne, si connu plus tard dans

les affaires du jansénisme , il lui céda son abbaye , sans se douter qu'un tel successeur inscrirait ce titre à côté des plus tristes erreurs théologiques de son temps. Savant et zélé , il s'appliqua à la conversion des protestants clu diocèse, et laissa un volume in-folio de commentaires sur quelques livres de l'Ecriture , et de notes pour l'histoire ecclésiastique de la province. La haute position de sa famille , Tune des plus anciennes du pays , la distinction de son esprit y sa vie laborieuse et vraiment épîscopale, en ont fait un des plus illustres prélats qui aient gouverné l'Eglise de Poitiers. Il mourut d'apoplexie au château de Dissais , le 30 juillet 1 651 .

Ces deux portraits, dont la touche est excellente et parfaitement conservée, ont été restaurés en 1823 par M. de Rogier, amateur distingué de notre ville , dont nous verrons bientôt d'autres œuvres. Tous deux sont parés d'un costume qui ne laisse apercevoir aucune différence : des moustaches , une touffe de barbe au menton seulement, des cheveux courts, le collet de la chemise à moitié replié en dehors, une légère broderie autour de rouverture du rochet blanc , par-dessus lequel s'étend le caroail violet; enfin la croix pectorale- Les noms de chacun se trouvent écrits au-dessus de leur tête, avec la date de leur mort. On n'y a point mis leurs armoiries , non plus qu'àfceux dont les portraits vont suivre; et cette négligence est regrettable, puisqu'elle laissera inconnus, peut-être pour toujours, plusieurs des personnages dont les toiles cessent par cela même d'être historiques.

Armand deQuinçay, nommé le 13 novembre 1685, s'étant démis au mois d'avril suivant, Louis XIV lui ûonuna pour successeur le pieux et modeste abbé de Fénélôn , qui venait de terminer avec un grand succès

dans le Poitou et la Saintonge une mission en faveur des s prétendus réformés. Mais celui qui devait illustrer le siège de Cambrai ne connut sa nomination qu'en apprenant que le roi l'avait retirée, sur les instances du cardinal de Noailles, On ne peut donc pas le regarder comme ayant occupé le siège, que vint prendre, plusieurs années après, François-Ignace de Baglion de Saillant. Toutefois le nom de Fénélon vivra avec cette particularité à côté de ceux de nos évoques, et son portrait ne pouvait mieux venir que parmi eux. En 1823, M. de Rogier en fit présent au Chapitre , aussi bien que du Bossuet qui l'accompagner Ces deux figures, traitées avec vigueur et assez chaudes de coloris, reproduisent fidèlement le type de ces deux grands hommes , dont le premier est connu de peu de personnes comme ayant été sur le point de siéger à Poitiers.

Antoine Girard de laBournat, docteur de Sorbonne, était d'une famille de robe honorée en Auvergne. Ses talents fixèrent l'attention de Louis XIV, qui lui confia réducation du comte de Toulouse. Il était abbé de Pont- Levoy quand il reçut sa nomination au siège de Toul en 1697, puis de Boulogne-sur-Mer en 1698, et enfin cette même année à celui de Poitiers, pour lequel il fut sacré le 1 0 octobre. Sa mauvaise santé ne fut point un obstacle à l'accomplissement de ses devoirs; aussi mourut-il après un épiscopat de moins de quatre ans, le 8 mars 1702. Nous devons à une gravure faite de son temps d'avoir pu reconnaître ses traits, que rien ne dési-

1 Le registre du ^Aapt/re depuis 4 804, f 4 09 , attribue cette générosité à un autre auteur dont personne n'a jamais entendu parler. Le véritable auteur et donateur a droit ici à cette rectification.

gnait^ el sous lesquels nous avons fait placer son nom '. Au bas du portrait, gravé par Etienne Grandel, un écussoQ porte £azuT au carqiwis garni d'argent accompagné de trois arcs de mêmey à la corde de sable, et posés, le premier en fasce et les deux autres en pal - ce sont des armes parlantes , croyons-nous, par lesquelles on aura voulu jouer sur le motGi-RARD... Gerensjarcum.

Jérômej-Louis de Foudras de Courcenay fut coadjuteur delà Poypede Vertrieu, dont il était parent, avec le titre d'évêque de Tlos in partibus infideliurn. Il prit possession les avril Î732, et mourut le 14 août 1748. Il était abbé de Saint-Liguaire, près Niort, et maintint avec fermeté dans le diocèse l'obéissance au Saint-Siège contre les envahissements du jansénisme, ce qui le fit maltraiter dans les Nouvelles ecclésiastiques , pamphlet imprimé pendant]longues années parles adeptes de la secte. C'est lui qui fit fondre et donna à la cathédrale la grosse cloche appelée bourdon, sur laquelle est Pempreinle de ses armes. Nous en avons parlé dans cette troisième partie , chapitre XXII. — Le portrait de ce prélat a beaucoup moins de mérite comme peinture que la plupart des autres; oh y reconnaît cependant de la fermeté de caractère, delà franchise, et une certaine dignité qui, en effet, était une de ses qualités extérieures. Nous verrons son épitaphe dans la chapelle des Evoques ou du Sacré- Cœur, où il fut inhumé.

Jean-Louis de la Marthonie de Caussade était vicaire général de Tarbes quand Louis XV le nomma à Tévêché

' Cette gravure nous a^été communiquée en ^848, avec beaucoup de complaisance^ par M. Doussaint , membre du conseil municipal de Poitiers.

450 • IIISTOIHE DE LA CATIIÉDRALL

de Poitiers , deux mois après la mort du précédent. En 4759, il fut transféré à Meaux, où il mourut en 1779. Il est représenté ici debout, un livre enlr'ouvert à la main ; il y a de la noblesse dans son maintien et une bonté prévenante dans sa figure.

M. DE Saint-Aulaire fut évoque de 1759 à 1798 : c'està-dire qu'il traversa les jours mauvais de la persécution révolutionnaire qui attrista TEglise de France à la fin du xviii® siècle. Le zèle , la science et l'attachement à la foi qu'il avait manifestés dans sa longue administration, ne se démentirent pas alors. Député à l'Assemblée nationale , il fut un des 30 premiers évoques qui signèrent l'Exposition des principes sur la œnstitution civile du clergé ^ publiée par M. de Boisjelin, archevêque d'àix, et à laquelle adhérèrent , bientôt après , cent autres prélats. Le 24 novembre 1790 , il adressa de Paris au clergé et aux fidèles .de son diocèse un mandement pour les maintenir dans l'unité'; en 1791 , il protesta contre les nouvelles circonscriptions des paroisses, que s'arrogeait l'autorité civile, et l'élection d'un évêque intrus de la Vienne'. Quelque temps après, il se réfugia à Fribourg, où il mourut en 1798, honoré de tous pour ses vertus. Si les traits que nous lui voyons n'annoncent pas un homnje de génie, sa vie atteste, ce qui vaut beaucoup mieux, qu'il remplit dignement sa charge pastorale^ Nous avons vu déjà qu'il fut moins heureux dans son bon vouloir pour la cathédrale. Mais, de son temps, qui n'aurait fait comme lui? et combien eussent pu suivre alors ces mêmes errements, et sont aujourd'hui inexcusables!

* Barriicl, Collection ecclésiastique ^{. m, p. 72. ' Ibid., t. II, p. 525;— t.x, p. A%\.

ean-Baptisle-Luc Bailly suivit de près sur le siège saint Hilalre son dernier possesseur légitime. La paix int été rendue à l'Eglise , et consacrée par le concordat 1801 , il fut nommé évoque de Poitiers à la fin de 1802, ré à Paris par le pape Pie VII, et prit possession le 13 vier 1803. Un an après, le 12 janvier 1804, le Chare , reconstitué par ses soins , fut solennellement reinré dans la cathédrale. Son désir du bien, son activité, a capacité dont il fit preuve en peu de temps , l'avaient ; apprécier de tout le diocèse, quand une mort prétiirée vint le ravir à son Eglise le 8 avril de la même lée. Il fut enterré dans la chapelle de Saint-Sixte , auisus de laquelle est placée son épitaphe , à gauche de )ortede la salle capitulaire.

ci devrait trouver place un portrait de M. de Pradt, il avait promis au Chapitre en quittant le diocèse, qu'il promit encore dans une lettre écrite de Paris 19 avril 1809. Le prélat, en remerciant les chanes du sentiment qui avait inspiré leur demande, érait que l'école flamande enrichirait bientôt la cathéie de Poitiers de quelque grande page <' plus capable , ait-il, de payer sa dette que son portrait, m— Ni le porl ni le chef-d'œuvre n'arrivèrent, grâce sans doute : affaires de Malines, de Savone et de Varsovie '. . ean-Baptiste de Bouille ne siégea que quinze ans es le précédent. Sauf quatre années pendant lesquelles de Pradt fut évèque de Poitiers ( de 1 806 à 1 809 ) , les lires, dans cet intervalle, furent conduites avec autant }rudence que d'habileté, tantôt par MM. de Barrai et de Qt-Sauveur , avec le titre d'administrateurs aposto-

Vi Reg,des actes capit,j p. 57.

452 UISTOIRE DE LA CATHEDKAF.E

liques,tantôtparrAdrninistrationcapitulaire. Le œncordat p de 1 81 6 fit cesser ce provisoire, et Louis XVIII nomma, en L| 1817, M. de Bouille, qui ne fut cependant sacré, à cause des difficultés du temps, que le 28 octobre 1819. Le 5 décembre il fut installé, et s'occupa dès lors avec une assiduité toute évangélique du bien qui lui était confié Il s'appliqua surtout à donner aux paroisses des moyens d'instruction solide et chrétienne par de nombreuses institutions de frères et de religieuses pour les enfants du peuple. On lui doit aussi l'établissement du Bon-Pasteur de Poitiers, ou des Filles-Repenties, fondé en 1832.

M. de Bouille, né d'une noble et ancienne famille d'Auvergne, était, en 1791, grand vicaire de Vienne, chanoine du Chapitre noble de la métropole, dont il perle la croix, et aumônier par quartier de la reine Marie- Antoinette. Obligé de fuir la France, il se retira en Allemagne, puis à la Martinique, où il administra à la fois, pendant vingt années , trois paroisses avec un dévoûmenl dé missionnaire. Revenu en 1 81 5 sur la terre de la patrie, i rétait aumônier delà duchesse d'Angoulême, quand il fut promu à l'épiscopat. Il mourut à Poitiers le 14 janvier 1 842 , jour anniversaire de la mort de saint Hilaire, et âgé de plus de 80 ans. Nous verrons le monument que le clergé lui a élevé dans la cathédrale, tout près de la salle où nous contemplons ses traits, rendus avec une grande vérité par l'habile pinceau de M. Deschamps..

Son successeur immédiat est Mgr Joseph -André GuiTTON, né à Aix le 19 octobre 1797, vicaire général d'Angoulême de 1820 à 1842, et désigné cette même année pour Pévêché de Poitiers, où il fut installé le 1* juillet, après avoir été sacré à Paris. le 29 juin , dans la chapelle de Saint-Sulpice. Une mort prématurée l'enleva

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