‹ Histoire de la cathédrale de PoitiersChapitre 9 sur 99 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Dfi 1106 A 1162.— Ck)ncile présidé par un légat en faveur de la première croisade. — Boémond, prince d'Antioche, et le légat saint Brunon, y raniment l'enthousiasme militaire. —Abolition de la cellérerie et union de plusieurs cures à la mense canoniale — Schisme d'Anaclet favorisé par le comte GuillaomeX. — Saint Bernard célèbre les saints mystères dans Téglise de Poitiers. —Le doyen renverse Tautel qui lui a servi.— Punition providentielle des fauteurs du schisme.— Zèle de Gilbert de la Porée pour Tembellissementdu temple. —Son éloge par Tarchidiacre Laurent. —Il augmente la bibliothèque de la cadiédrale. — Ses soins pour le temporel. — Il répare et entretient les bâtiments.— Cause inconnue d'une nouvelle reconstruction. — Singulière assertion de Jean de la Haye.

Le temps auquel se rattache cette partie de notre histoire était celui de la première croisade. Les succès des chrétiens dans la Palestine avaient été mêlés de revers dus à rimpolitique des chefs et à l'indiscipline des armées. Notre Guiiraume IX n'avait pas été le dernier à suivre cette voie héroïque, où la dévotion le poussait moins peut-être que son caractère aventureux et guerrier. Trois cent mille hommes, dit-on s l'avaient suivi, et la réputation qu'il s'était faite , l'éclat de cette puissance seigneuriale capable d'entraîner sur ses pas tant de vassaux, firent espérer sans doute qu'on pourrait le réengager dans une expédition plus heureuse que la première, dont il était revenu avec de grandes pertes. Ce fut le motif qui porta le pape Pascal II à indiquer un concile à Poitiers. II y fut convo-

■ Orderic Vital , ad am, ^ ^0^ . — Le P. Cossard , Conc, , t. x, ne porte le nombre des soldats du prince qu'à ^80,000 ; ce fut peut-être ce dernier nombre qui suivit ta bannière au delà des mers, le reste des 300,000 s'étanl dégoûté de Tcntreprise après le premier moment d'enthousiasme.

que par saint Brunon , évêque de Segni, en Gampanie, qui y présida en qualité de légat, et tous les évoques de la province y assistèrent, sinon un plus grand nombre, car il est qualifié de plénier par Vabbé Suger, qui s'y trouva '. En ce temps-là , Boémond, l'un des héros de la croisade, était tombé entre les mains des infidèles; revenu depuis peu en France pour s'y marier et accomplir un vœu auquel il devait sa délivrance, il avait sollicité du Saint-Siège la permission d'accompagner le légat et de joindre ses instances aux siennes. L'éloquence d'un prélat qui avait une réputation de sainteté, celle d'un guerrier tout marqué encore des étreintes d'un glorieux esclavage, réveillèrent dans rassemblée le sentiment chrétien avec celui de la valeur militaire. L'enthousiasme fut tel au récit des malheurs supportés par les fidèles restés outre-mer, et aux exhortations que firent le prince et le légat de les secourir , qu'on vit se renouveler ce même zèle qui , sept ans auparavant, avait jeté TEurope sur l'Asie. Les chevaliers du Poitou, de l'Auvergne et du Limousin se disputèrent l'honneur de passer en Orient à la suite du prince d'Antioche. Ce fut le signal de ce grand mouvement qui , se communiquant bientôt à l'Espagne et à l'Italie, enflamma tous les esprits d'une ardeur héroïque, malheureusement éteinte en moins de deux ans sous les murailles de Durazzo '.

Nous n'avons pas les canons dressés dans ce concile , le dernier de ceux tenus à Poitiers. Le plus grand nombre des hisloriens se sont trompés avec Fleury sur sa véri-

* nta Ludocici Crassi , c ix.

• Rohrbacher , t. xv , p. 5 et 6. — Baillet , Fie des saints , au 51 aoù(. — Yves de Chartres, Lettres 490, 4 94 5 Paris, in-f*, 4647.

table dale^ qu'ils mettent au 25 mai 1 106. Cest le 25 juin qu*il fallait dire , les actes en étant cités partout comme du vil des calendes de juillet \

En 11 23 , se présente le premier exemple que nous connaissions de l'abolition d'une charge dans le Chapitre de Poitiers. Les fonds manquaient sans doute pour l'en- Irelien de l'église et du Chapitre : on résolut d'y obvier en unissant à la mense commune les revenus de la dignité de cellérier. On désignait ainsi , dans les communautés, celui des membres qui présidait à la distribution journalière du pain , du vin et de l'argent assignés à chacun à raison de son assistance au chœur ; il était chargé en même temps du soin des affaires temporelles : c'était donc en réalité un économe (cellarius.) C'est dans le môme but qu*on unit au Chapitre les cures de Thénezay , Availles- Limousine^ Saint-Pierre-de-la-Tour, Saint-Sulpice de Charroux, Marigny et Chènevelles, toutes dépendantes de la cathédrale. Ces deux dernières, qui se trouvent encore , l'une près Beaumont , l'autre dans Tancienne châtellenie deMonloiron, furent données au chefecier pour l'entretien du luminaire. L'évêque Guillaume Gilbert , allant à Jérusalem, s'arrêta à Rome, et obtint du pape Calixte II la ratification de cet arrangement , et la bulle, datée du trois mai 1 123 % fut adressée au doyen Gausbert, au souvenir duquel se rattache un fait peu honorable qu'il nous faut maintenant raconter.

Anaclet s'étant emparé du trône de saint Pierre, la

* Labbe , uW «upr à.— Nalalis Âlexander, Hist. eccl.y sec. xu, ad ann,

' Grand cartulairelde la cathédrale, l. ly, p. 225, archives du dépaitemeot de la Vienne.

division régnait dans la chrétienté ; des partis différents s'étaient formés autour du Saint-Siège, et, comme il arrivera toujours en pareil cas , les puissants du monde, mus par des passions diverses , se ralliaient à Terreur ou à la vérité, selon que Tune ou l'autre parlait à leur conscience ou à leur ambition. Gérard , évèque d'Angoulême , avait reconnu d'abord , puis abandonné le pape légitime Innocent II; gagné par lui, Guillaume VIII, comte de Poitiers (X** du nom comme duc d'Aquitaine), s'était fait le fauteur du schisme, qu'il fomentait dans toute la province, chassant les évoques fidèles de leurs sièges, et les y remplaçant par ses créatures. Heureusement un homme de génie vivait alors , tel que Dieu en suscite toujours dans les grandes épreuves de son Eglise : c'était saint Bernard. Un zèle ardent, qu'inspirait une douce charité, portait sa vigilante sollicitude partout où semblait l'appeler une souffrance de cette mère commune des fidèles; et partout, dès qu'il paraissait, les populations suivaient ses pas , attirées par son éloquence et ses miracles \ Le triste état de la Bretagne et du Poitou , déchirés par le schisme, Pavait d'abord appelé à Nantes avec Geoffroy, évêque de Chartres. De là il vint à Poitiers pour y demander une conférence à Guillaume, dont les violences duraient toujours malgré ses nombreux avertissements '. L'entretien eut lieu en présence de Gérard , qui se répandit en injures contre Anaclet et ceux qui tenaient son. obédience; le comte ne parut pas mieux disposé. Cependant il assista le lendemain à la messe que saint

^ s. Bernardl P'ila j auciore Gaufredo monacho ClaravalL , m capile operum, cd. 4679 , t. i, p. 45, Met scq.

• S. Bem, oper. —EpisL 427 et 428 , t. i , p. 62 et 65.

Bernard célébra dans la cathédrale. Le doyen Gausbert ' n'avait pas craint d'abandonner Guillaume Adelelme^ son évêque légitime , pour le faux pasteur Pierre de Châtellerault, que le prince lui avait substitué. Ayant souffert , sans doute malgré lui , que le saint officiât dans son église, il voulut s'en venger par une protestation éclatante. Le sacrifice était à peine accompli et les fidèles venaient de quitter le lieu saint, lorsque le doyen ordonna de fermer toutes les portes , et se mit en devoir d'abattre l'autel où l'abbé de Clairvaux avait célébré '. Rien n'en resta, d'après Bouchot, qui ne fût mis à terre. Le jour suivant devait se tenir un synode ^ dans la môme église. L'archiprètre, d'accord avec le doyen, enjoignit à tous les curés présents de reconnaître Pierre pour leur évêque, à Texclusion d'Adelelme. Il n'avait pas fini de parler, qu'il tomba mort en présence de rassemblée. Deux jours après , le doyen schismatique expirait

* Ce Gausbert ou Gotbert n'est pas nommé par les chroniqueurs, mais il est très*reconnaissable au rang d*ordre quMI tient.parmi les doyens du Ghapilre dans la liste de ces dignitaires , et à la date qu'on assigne à son décanat. Il devait être doyen dès Tan 4422. — Ce fut Laurent, élevé plus tard à la dignité épiscopale , qni lui succéda dans cette charge. — V. Gall, christ. , t. ii , col. 4245.

* fiouchet , Ann, d'AquiL , ^ Ixxiij.

* c Le lendemain , qui était le jour du senne ; » c^est l'expression do Bouchet, que Borel ( Trésor de recherches et antiquités gauloises et françaises ) , et après lui le Dict. de Trévoux , traduisent par : a assemblée au son d'une cloche , » en lui donnant pour étymologie le mot signum. Mais la suite du récit, la présence des curés et ïinjonctionde l'archiprètre, ne laissent point douter que ce ne fût bien un synode tel quo Tévèque et le doyen en tenaient, à des époques fixées, dans la cathédrale; dès lors senne pourrait bien venir aussi de synodw , et c'est le sens que lui donne Arnaud de Bonneval, in Fit, S. Bem. , c. 6.

62 HISTOIRE I)E LA CATHÉDRALE iV. H50.)

dans un accès de vertige, tandis que Ranulphe, intrus sur le siège èpiscopal de Limoges, mourait d'une chute de cheval. Des accidents si multipliés sur les principaux fauteurs du désordre disposèrent les esprits à plus de calme et de docilité; mais le comte ne se rendit pas encore, toujours retenu par Gérard, qui venait d'usurper le siège archiépiscopal de Bordeaux, et qui y sentait le besoin d'un tel protecteur. C'est à Parthenay que devait succomber devant le zèle inspiré de saint Bernard l'entêtement du prince , et avec lui les derniers efforts du schisme dans l'Aquitaine*. Cette dernière conférence, confondue avec celle de Poitiers par Bouchot et les auteurs de VArt de vérifier les dates, a été omise par Longueval, et racontée plus au long par les annalistes contemporains dont nous avons suivi les traces'. Ceci se passait en 1135 ^

Vers le milieu de ce siècle, l'église cathédrale de Poitiers paraît avoir été l'objet de soins tout particuliers consacrés à son ornement intérieur. Notre fameux évèque Gilbert de la Porée,' célèbre par ses erreurs dogmatiques autant que par la soumission qui les lui fit abandonner,

* On a confondu , d'après Bouchet , la messe célébrée par saint Bernard à la cathédrale avec celle qui fut, à Parthenay-le-Vieux , l'occasion (le la conversion du prince. La lecture des auteurs originaux ne laisse à cet égard aucun doute. Thibaudeau a poussé la complaisance jusqu*à écrire , on ne voit pas sur quel fondement , que la scène si célèbre de Parthenay était une répétition de ce qui s'était passé à Poitiei^ sans aucun succès. On comprend du reste que de tels moyens ne sont jamais employés deux fois par un homme comme saint Bernard, qui réussit dès la première ou y renonce. — F. Thibaudeau , Hist. du Poit. , 1. 1, p. 55 et suiv., nouv. éd.

■ Alain, évèque d'Auxcrrc, Fie de S. Bem.^c. 2^. — Baronius, ad ann. 4455. — S. Bern. , epist. 427 et 428.

* Chronol. Fitœ S. Bern, , intcr ejus opéra , t. i , p. 4 40.

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portait en lui , avec l'amour de l'étude qui lui avait inspiré SCS subtilités scolastiques, le goût des arts, qui s'alliait bien à son érudition. Sa piété, d'ailleurs, reconnue de tous , devait diriger ses pensées habituelles vers Tembellissement des temples, et celui que les solennités religieuses rendaient si souvent témoin des pompes épiscopales devait tenir le premier rang dans ses affections. Il paraît que Gilbertsutçomprendre cette portion du zèle pastoral qui fait aimer à un bon prêtre la beauté de la maison du Seigneur; c'est de quoi le loue, entre autres qualités, Tarchidiacre Laurent, doyen du Chapitre et son ami parllculier , dans l'éloge funèbre qu'il adressa, après la mort de l'évêque, au clergé et aux fidèles du diocèse : « A peine élevé à la dignité pontificale , dit-il , on vit cet ami de TEpoux s'occuper non de lui-même, mais de Jésus- Christ, consacrer à la gloire et à la beauté de l'Epouse tous les désirs de son âme et toutes les ressources de son esprit. Des tapis précieux, des vêtements de soie, des ornements de toute espèce, achetés par lui, devenaient la parure de notre église. Son argent se transformait en vases sacrés, et, sous mille images variées, s'appliquait au ministère et à l'ornement de nos autels. Par ses généreuses inspirations, l'or se changeait en coupes destinées aiax saints sacrifices, ou se répandait sur d'autres en légères couches pour les colorer et les enrichir. D'autrefois le métal précieux s'allongeait en fils déliés, se tordait en franges élégantes, ou devenait, sous la main d'habiles ouvriers, de fins tissus et de magnifiques étoffes. Ses mains elles-mêmes contribuèrent à glorifier le Seigneur. Il fondit les anneaux qui paraient ses doigts; il en fit un calice qu'il sut relever encore par l'éclat des pierres

précieuses '. Telle fut Taffection constante de notre évoque et son zèle admirable pour son église. Partout il voulait faire resplendir la gloire de cette JUle du Roi. S'il eût été possible, nous Taurions vu revêtir d'or pur ses saintes murailles; il eût semé le pavé de diamants et de perles 9 afin de pouvoir, au jour des noces divines, chanter avec confiance comme le prophète : Votre maison, ô mon Dieu , était pour moi le séjour de votre magnificence '. »

A part ce qu'il y a de poétique et d'oratoire dans ce panégyrique , il donne une grande idée de l'édifice où se déployait tant de pompe, et cette richesse des choses vouées au culte divin laisse penser que la partie matérielle du temple devait avoir aussi son genre de beautés spéciales. Les vitraux coloriés, les fresques, les tentures en laine, les boiseries sculptées, y répondaient à la majesté des cérémonies, et soumettaient les arts au service de la religion.

Quoi qu'il en soit, Gilbert ne borna point là sa générosité. On sait que dès les premiers temps de la liberté du christianisme, et aussitôt que le service divin eût été organisé d'une manière publique et stable , les livres , fort rares et d'autant plus chers quMl fallait les écrire à la main, au prix de beaucoup de temps et de patience, furent conservés dans les églises. Souvent des armoires de fer , pratiquées dans l'épaisseur des murs , renfermaient

^ « AdddIos suos cooilaTÎt in calicem, et preliosos io eo lapides inseruit ad yenastatem. » C'est-à-dire , sans doute , que du prix de ces anneaux il ût faire un calice.

* Besly , Év. de Poitiers , in-4« , p. 4 06.

ces trésors, dont un sacrisle avait la garde , et la science était ain$i placée sous l'œil vigilant de l'Eglise même. Il est vrai que cette distinction ne protégeait guère d'abord* « que des manuscrits nécessaires aux offices, des ouvrages de liturgie , des traités de théologie ou des recueils de canons. Mais plus tard, et à mesure que les livres se multiplièrent , on accorda cet honneur à des écrits dont Vobjet purement historique ou littéraire s'éloignait des éludes ecclésiastiques^sans toutefois leurdemeurer absolumentétrangers. Or iln'estpas douteux qu'une bibliothèque de ce genre ne fût entrenue, au xii* siècle, dans la cathédrale ou dans les bâtiments qui en dépendaient. Après avoir loué la piété généreuse du prélat, dont il déplore la perte, Laurent exalte par-dessus tout, et bien plus encore que ces saintes profusions ' , la munificence toute épiscopale qui porta Gilbert à enrichir d'un grand nombre de volumes la collection capitulaire. Dans les fréquents voyages oii la soif d'apprendre le poussait avant sa promotion , il avait recueilli avec de grands soins beaucoup de ces ouvrages, fruits des laborieuses veilles des moines ou des écrivains à gages qui travaillaient pour les princes et les érudits; et ce qu'il avait reçu de l'amitié ou de l'admiration publique dans ces doctes pèlerinages, il aima à le déposer comme un hommage entre les mains de sa propre Eglise, pour Tédification et l'utilité de ceux dont les lèvres devaient propager la science. « C'étaient, dit l'auteur que » nous suivons, d'admirables traités des saints Pères sur » la loi divine, œuvres où le docte prélat avait puisé » d'abord, comme à autant dé sources, les autorités » qui corroboraient sa doctrine : là étaient rassemblés ,

• Super omniaillud non omillendum... etc. ; Besly , ubisuprà.

» par ses soins , ces intrépides défenseurs de la foi ca- » Iholique, les Hilaire, les Ambroise, les Grégoire , les •"» Augustin, et d'autres en grand nombre, également » habiles à disputer et à combattre pour elle. Il augmenta » ainsi notre bibliothèque d'un nombre inestimable, de » volumes divins \ « Ce fait est remarquable pour l'histoire des lettres dans notre pays. Les expressions qu'emploie ici le doyen de Saint-Pierre font supposer une collection déjà riche de ces ouvrages si recherchés, et nous y avons la preuve qu'à Poitiers on possédait, avant 1 1 55 , une bibliothèque considérable; c'était plus de (Jeux siècles avant que Charles V fondât la bibliothèque royale avec une réunion de cinq volumes '.

D'autres soins furent encore donnés par Gilbert à son église, et son nom ne brille pas moins du zèle qu'il mit à conserver et à défendre le temporel de l'évêché et de la cathédrale contre les entreprises de leurs adversaires. Comme dans les premiers temps , les dépendances de l'édifice sacré étaient encore considérables : une enceinte de murs le protégeait ; la maison épiscopale, celles des chanoines, s'y trouvaient aussi bien à l'abri des pillages et des attaques si fréquentes qu'avaient à redouter les gens d'église. Ces remparts furent ou refaits ou augmentés du temps de Gilbert et par ses ordres. Il fit reconstruire en grande partie les bâtiments, et parvint, dit le doyen, que nous suivons toujours , à faire de cet ensemble des édifices comme une ville nouvelle à l'épreuve des insultes des méchants. Une telle vigilance,

^ Inestimabilem divinoram yoUiminum multitudinem...; ibid. * Hisi. delà vie privée des Français ^ p. 551 , in-4 2, Paris, 4847. — VeUy, ad ann. 4380.

jointe à une si grande générosité, ne devait pas s'effacer. L'église de Poitiers s'en est souvenue. Chaque année, au 4 septembre, jour anniversaire de la mort du pieux et savant évêque, dont les erreurs, noblement rétractées, n'avaient pu qu'augmenter la gloire, le Chapitre rendait hommage à sa mémoire par des prières solennelles , et oflfrait le saint sacrifice pour celui qui s'était plu à embellir et à protéger le lieu saint '. Ce service a été, depuis le dernier concordat, réuni à toutes les fondations de même genre dans une messe capitulaire des défunts, célébrée le 3 novembre de chaque année.

Mais ici l'obscurité recommence pour notre histoire. Un événement mémorable dut marquer nécessairement les dernières années de Gilbert de la Porée , mort en 1154, ou les suivre de près. La cathédrale enrichie par lui de tant de magnificences disparaît alors pour être remidacée par une nouvelle. Quelle cause attribuer à cette disparition? Les flammes ont-elles dévoré le monument? Personne n'en parle; entre autres, le moine de Saint-Maixent, qui nous laissa la chronique dite de Maillezais, n'en fait aucune mention, et cependant il n'eût pas omis dé signaler, au moins avec son laconisme habituel, un désastre dont les populations auraient gardé la mémoire. L'édifice était-il si peu solide et tellement affaissé, comme tant d'autres du même temps, qu'il fallut songer à le reconstruire? Ce que nous en avons raconté répond à cette conjecture : une construction en pierre , qui ne remonte pas à cent cinquante ans au delà, et dont Ventretien avait coûté si cher tout récemment encore ,

* Fanveau , Ca/endamm umiversariorumEccles. Pictav.Ms. mihij 1>. ^68. — Gallia christ. , t. ii , col. U 78.

m HISTOIRE DE LA CATHÉDRALE DE POITIERS.

devait conserver toutes les garanties possibles de durée et de solidité. Enfin la paix intérieure dont jouissait le Poitou éloigne également toute supposition d'une invasion armée pendant laquelle aurait succombé l'église-mère du diocèse. Il ne resterait plus qu'à peser l'étrange assertion de ce Jean de la Haye, dont les Mémoires problématiques affirment sérieusement que, vers l'époque où nous remontons, « le roi Henri deuxième commença à faire » édifier l'église de Saint-Pierre, et y translata le siège » épiscopal, qui auparavant était à Saint-Jean, » c'est-àdire au temple Saint-Jean*. On voit tout d'abord quelle importance il faut attacher à de tels renseignements, qui sont, du reste, la juste mesure de la critique ordinaire de ces mémoires. Disons mieux, et avouons à regret qu'il ne nous est resté de traces ni des causes qui amenèrent la ruine de notre avant-dernière cathédrale, ni de celles qui la firent réédifier. Il n'est que trop vrai qu'au nombre des rares pièces historiques arrachées au vandalisme des guerres religieuses du xvi* siècle , pas une ne se trouve qui constate les circonstances de ce fait important. Le seul point sur lequel s'accordent tous les annalistes poitevins, c'est le plus ou moins de part que prirent dans l'œuvre nouvelle les deux célèbres personnages qui possédaient alors le Poitou. Autour d'eux, la science archéologique nous dira sur le monument luimême ce que les traditions ne peuvent plus constater. C'est ainsi que nous aborderons la seconde partie de nos recherches.

' Mémoires et recherchée de France et de la Gaule aquitanique, du sieur Jeau de la Haye, etc., ^645 , à la suite des Annales d' Aquitaine -^éàvi. de ^644, p. 57.

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