CHAPITRE PREMIER. d
gallo-romaine. Or, à celte époque, les tombeaux étaient situés hors des villes, conformément à la loi des Douze Tables : Hominem mortuum in urbe ne sepelito neve urito, « Diverses considérations avaient fait défendre de brûler <i et d'inhumer les corps trop près des habitations; on (L voulait surtout éviter les incendies qui auraient pu « naître de la fréquence des bûchers funèbres (4). »
Nul doute, par conséquent, que le cimetière de Rodez ne fût là où est maintenant le quartier du Bourg. Comment aurait-on pu y placer l'église paroissiale, la seule église de Rodez?
De ce fait que Téglise de Saint-Amans se trouve placée au milieu de la nécropole ruthénoise, nous croyons pouvoir tirer une conséquence importante pour en déterminer l'origine : c'est qu'elle n'est pas antérieure à saint Amans ; elle doit sa fondation précisément à son tombeau.
En effet, il est à présumer que ce saint évêque Intense* veli dans le cimetière commun des fidèles. M. de Caumont constate que c'était un usage très-répandu. « Les chrétiens, dit-il, furent d'abord ensevelis hors des villes, comme le prouvent divers cimetières que l'on voit encore à l'extérieur de Rome. Grégoire de Tours nous apprend que le même usage existait dans la Gaule. Ainsi Ursin, premier évêque de Bourges, fut inhumé dans un champ où Ton enterrait les autres chrétiens, in campo inter reliqua sepulcra christianorum sepultwm locatus est (2). » Le même auteur rapporte qu'à Autun, la basilique de Saint-Étienne était située près du cimetière, et que, dans ce cimetière, étaient enterrées grand nombre de personnes d'une éminente piété, et notamment plusieurs
{1 ) De Caumont, Cours d'antiquités monumentales^ II, 249. Mémoires de la Société de Rodez, IV, 680, (2) De Caumont, Cours d'antiquités, VI, 190.
évêques, et entre autres saint Cassien, Simplicius, Riticius (1).
Saint Arnans fut donc enterré dans le cimetière public de la ville. Plus tard, les miracles se multipliant sur son tombeau, on y bâtit un oratoire ou une petite basilique. Ce fut le commencement de l'église actuelle. On trouve dans Grégoire de Tours plusieurs exemples de basiliques élevées sur le tombeau de personnages éminents.
Vers 506, saint Quintien, évêque de Rodez, jugea que les restes de saint Amans étaient placés dans un lieu trop peu convenable, in abjection loco, comme dit la légende du Propre, 4 juillet. Il fit donc agrandir la basilique, leva de terre le corps du saint et le plaça dans un magnifique tombeau (2).
Telle est, suivant nous, l'origine de l'église de Saint- Amans. Dans la suite, elle appartint aux religieux de Saint-Augustin, et, plus tard, aux moines de Saint-Victor de Marseille, qui la desservirent. De leur position, au milieu du cimetière dont ils étaient les gardiens, résulta pour eux une sorte de privilège, d'après lequel tous les Ruthénois, prêtres et laïcs, devaient s'y taire enterrer, privilège qui dura jusqu'au moyen âge. En 1095, lorsque le pape Urbain II approuva la régularisation des chanoines de la cathédrale, il leur accorda l'autorisation d'avoir un cimetière près de leur église. Dans la suite, il y eut encore plusieurs fois des discussions entre les cha-
(1) Greg. Turon., De gloria confessorum,câT^. lxxx.
(2) Nam prius in hasilica sancti viri extensa sepulcrum velut praefulgens lampas splendore proprise claritatis mentes exspectantium illustrabat. Venantius Fortunatus. Vita sancti Amantiî,Ruthenensis epis- CGpi. Pairologie de Migne, t. LXXXVIII. — Quintianus... cum in Dei semper operibus cresceret, auctam beaii Amantii antistitis basilicam^ sauclum corpus in antea transtulit. Greg. Tur. , Vitœ pairum , cap. lY.