CHAPITRE XVI
dressés les bancs de la magistrature et des consuls ; là aussi, contre le dernier pilier au sud, était la chaire à prêcher. Cet emplacement est désigné dans les titres anciens par le mot parquet (petit parc), ou parquet de l'auditoire.
Alexis Monteil, le célèbre historien, avait vu dans sa jeunesse les lieux que nous venons de décrire. Son père le conduisait chaque dimanche à la messe paroissiale. Voici ce qu'il en dit dans ses mémoires posthumes. Malgré son air un peu goguenard il est très curieux à lire.
« Mon père, né dans le nord de la province de Rouergue, était domicilié à Rodez. La maison était de celles qu'on nomme réglées : à onze heures, le dîner : bouilli, entrée; à six heures, le souper : rôti cuit au four, salade.
« Prière en commun le matin, prière en commun le soir; Benedicite, grâces; après les grâces, récréation : damier, jeu de l'oie, quelquefois les cartes, la petite gazette de la ville, contes tant et plus.
« Maigre aux jours prohibés, cela va sans dire.
Vendredi chair on ne mangeait, Ni le samedi mêraement.
« Et je vous assure qu'on jeûnait le carême entièrement.
4 A Pâques, il fallait, comme dans toutes les maisons réglées, se confesser et faire son bon jour.
avant 1789. On voit que le curé ou recteur paroissial, redor parochialis, n'est qu'un simple clerc ayant droit d'entrée au chœur, choisi et en- Irelenu par le chapitre, comme les quatre hebdomadiers et les autre» prêtres, mais bien au-dessus d'eux par le rang, à cause de l'importance de ses tonctions.
« 11 fallait aussi aller tous les dimanches à la messe de paroisse.
« A huit heures et demie, une petite cloche, moitié argent, moitié métal, appelait de sa jolie voix les fidèles; et aussitôt vous voyiez se mettre en marche vers la cathédrale toutes les familles. Le père de famille précédait, entouré des garçons ; la mère, entourée de ses filles, suivait. Bientôt la nef de cette basilique était remplie : chacun était à sa place, à son rang. Les frères des Écoles chrétiennes, avec leurs écoliers agenouillés sur neuf rangs, étaient les plus près de la porte. A l'autre extrémité étaient dressés des bancs à dossier couvert de drap bleu fleurdelisé, où s'asseyaient les conseillers au Présidial, à l'Élection et les olTiciers des Eaux et Forêts. Un autre banc, où brûlait un cierge, était destiné aux officiers municipaux, qui s'y rendaient avec leurs robes mi-partie de rouge et de noir. Les intervalles étaient remplis par la foule. Lorsque mon père apercevait quelqu'un de ses fils, entendant la messe, sans Heures, bien qu'il fût à l'autre bout de Téglise, il lui envoyait les siennes, et c'était une chose assez singulière que de voir ces Heures, couvertes d'un étui de chamois violet, se diriger de main en main, à leur adresse, au travers d'une foule de deux ou trois mille personnes. » Mémoires de la Société des lettres, sciences et arts de l'Aveyron, t. YIH, page 54.
Anecdote sur le bancs des consuls. Les consuls avaient aussi une place au chœur dans les grandes solennités. C'est paraît- il, le cardinal d'Armagnac qui leur avait accordé ce piivilége. Ils s'asseyaient ordinairement sur un petit banc mobile sans accoudoir; position très-incommode, on n'en saurait disconvenir. A l'office de matines de Noël 1625, les consuls qui étaient Valentin de Perrin, François Jouery^ Jean Moulin et Astorg SouUé, voulurent, pour