‹ Histoire de la Cathédrale de RodezChapitre 134 sur 152 · CHAPITRE XVIll · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIll

Deuxième ligne

EFFVSA ANNO A NATALICIO CHRISTIANO XXIIl SUPRA QViN- TESIMUM ET MILLESIMUM. XRS VINCIT XRS REGNAT XRS AB OM MALO NOS DEFENDAT. I.H.S. MARIA.

Jusqu'en 1842 la sonnerie était réduite à une seule cloche de médiocre grandeur. Elle est placée sous un campanile en flèche qui s*élève au centre de l'édifice en un lieu correspondant au jubé (1). Le clocher de François d'Estaing était muet depuis près d'un demi-siècle. Us'' Giraud voulut lui rendre sa sublime voix, sa haute et solennelle parole. Par ses soins et en très -grande partie à ses frais six cloches furent commandées à M. Gédéon Morel, fondeur de Lyon : Un grave bourdon donnant le sol de la gamme de dessous et cinq autres cloches rendant les notes suivantes ut ré mi fa sol. Au mois de novembre 1841 Ms"" Giraud annonçait cette bonne nouvelle à ses diocésains dans une instruction pastorale sur les cloches que tout le monde a lue et qui restera comme un modèle d'esprit et de grâce. Avant que l'œuvre fût terminée, l'illustre prélat quittait Rodez pour aller s'asseoir sur le siège de Cambrai. Ms"* Croizier son successeur compléta la gamme par l'addition de trois cloches donnant les notes la si ut afin d'avoir un carillon entier. Les neuf cloches arrivèrent à Rodez le 24 décembre 1843. La bénédiction solennelle eut lieu le 21 mai 1844. Elles furent dessinées avec tous leurs ornements par feu M. Falgas de t\odez. Nous renvoyons aux

(1) Il serait malaisé, à cause de la position que la cloche occupe, d'aller constater sa date précise et le nom du fondeur. Nous croyons qu'elle remonte au commencement du siècle et qu'elle est sortie des ateliers de M. Triadou, de Rodez. Le son n'en pourrait être ni plus harmonieux ni plus éclatant.

deux brochures ceux de nos lecteurs qui voudraient avoir de plus longs détails. Nous emprunterons seulement au travail de M. Falgas le nom et le poids de chacune des neuf cloches.

Le bourdon Saint-Pierre, pèse

La note ut Sainte-Marie —

— ré Saint-Amans —

— m? Saint-Artémon —

— fa Saint-Jean —

— sol Saint-Dalmas —

— la Sainte-Procule -

~ si Sainte-Foi ~

— ut Sainte-Tarcisse —

En 1847, MM. les congréganistes de Notre-Dame se donnèrent une belle cloche fondue par M. Tiadou de Rodez et pesant 930 livres; elle est placée dans la tour du sud-ouest.

La cathédrale de Rodez possède donc en tout onze cloches et le vieux timbre de l'horloge. Qu'est ce nonibre en comparaison des seize ou vingt cloches de Saint-Germainl'Auxerrois à Paris et du splendide carillon de cinquantesix cloches dont M. le curé Champenois dota son église de Notre-Dame de Châlons-sur-Marne en 1863? Malgré cela notre cathédrale qui n'en eut jamais autant, peut certainement passer pour une église bien fournie, et il y a plaisir d'entendre sonner ensemble toutes ces cloches à grande volée. Rien de si beau surtout et de si touchant que d'entendre aux heures de V Angélus, le carillon tinter quelques-uns des plus beaux chants de l'Église, comme le Vexilla régis, VO filii ou le Dies irœ. Cette musique harmonieuse qui paraît descendre du ciel, arrive à l'âme

CHAPIFRE XVIIl.

comme une prière embaumée el la pénètre d'une indicible émotion.

Terminons tout ce qui concerne les cloches par quelques détails sur la manière de les sonner au moyen âge à la cathédrale de Rodez.

On tintait: c'est ce qu'un règlement (1) pour la sonnerie, en date de 1371 , désigne par les mots cloquetur et cloquando subjonctif et gérondif du verbe bas latin cloquare. L'ancienne langue romane disait cloquar; notre patois dit ciouqua. La chose et le mot sont encore en usage, peu à la cathédrale, beaucoup dans les églises rurales du diocèse de Rodez. Au même genre de sonnerie appartient le tocsin ou tocasenh, nom formé de ioquer, toucher, frapper et de sing ou senh vieux mot qui signifie cloche et qui dérive de signum. On sait que le tocsin consiste à frapper la cloche à coups secs et redoublés, campamm pulsaread martellum, comme porte une charte de 1350 conservée autrefois dans les archives de la ville de Marseille.

Il y avait ensuite le trinho ou carillon. Nous traduisons trinho par carillon faute d'un autre mot plus convenable. Sonnerie joyeuse; on l'employait pour les processions, pour l'entrée des grands personnages, etc. Le mot existe dans le patois du Rouergue. On trouve encore le verbe Irinhouna, sinon le substantif ^n'Awo (2). Ce genre de sonnerie se pratique tous les jours dans nos campagnes. Il

(1) Ce règlement résulte d'une sentence arbitrale rendue entre le chapitre et les sonneurs. On y trouve de très-curieux renseignements sur Voffice de la sonnerie, les obligations et les émoluments des sonneurs et la manière de sonner les cloches La sentence date de 1424; mais elle mentionne un règlement plus ancien, fait en 1371. Voir à l'appendice

XV, le texte de ce règlement.

(2) On appelle quelquefois trinhos ou, suivant la prononciation du iMidi, trignos les sonneries des sept jours d'avant la Noël, vulgairement

semblerait d'après la racine du mot trinho que cette sonnerie exige trois cloches ; sans doute le trinho serait alors bien plus parfait; mais de nos jours on le fait souvent avec une seule cloche, et il en était de même autrefois à la cathédrale, témoin la fondation de Pierre Forti, prêtre hebdomadier en 1552. Il établit en l'honneur de la trèssainte Vierge, que Tavant-veille de 1 Assomption, au tomber de la nuit, peu de temps après avoir sonné VAve Maria, les sonneurs de la cathédrale sonneront la petite cloche vulgairement dite la Mandarelle comme à matines, un peu après, la grande cloche de Calmant en volée, comme dans les fêtes solennelles, et enfin l'autre grande cloche appelée Marie en mélodieux carillon cum dulcissono trinho, de manière que la sonnerie des trois cloches dure une heure et demie, et pour cette fondation il donne au chapitre la somme de 70 livres (1).

On sonnait enfin les cloches de gaule en gaule ou, d'après la variante que fournit un titre de 1475 en langue romane, à Vahando, de gaule en gaule (2). Cette expression

nommés les 0, à cause des sept antiennes commençant par l'exclamation 0. Ces sonneries de Noël portent aussi le nom de tempoures (tempora), et dans certains villages du Rouergue et de l'Albigeois Nadalet (Petit Noël).

(1) « Item dixit idem Forti sue intentionis esse et affectuose et sincère, ut in honorem Beale Marie seu festi Assumptionis ejusdem que principua est festivitas in ipsa ecclesia Ruthenensi, deinceps annis singulis, die proxima seu nocte ante vigiliam dicti festi Assumptionis post pulsationem de VAve Maria, in crepusculo noctis, pauco temporis intervalle medio, par seniores seu custodes dicte ecclesie pulsetur illa campanella vulgo dicta la Mandarella, prout fieri solet in matutinis ; et inde parvc» spacio temporis intermedio pulsetur magna campana Calmont nuncupata, de gaule en gaule, et prout in festis solemnibus pulsari consuevit. Et demum alia magna campana Maria nuncupata cura dulcissono trinho. Ita tamen quod dicte très campanarum pulsationes per unam horam cum diraidio seu circa durent . » Archives de l'Av. Titres du chap de Rodez. Registre in-folio.

(2) Item voU et layssi que de mos propris bes sia fâcha far una cara-

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