CHAPITRE XX
nos aïeux plus poètes que nous, ont ouvert leurs cœurs aux émotions que tant de souvenirs réveillent, et n'ont pas hésité dans leur foi profonde à s'en retracer les images fidèles, i» Citons au moins d'après M. Félix Clément (1), une partie de la procession du dimanche des Rameaux.
« Nous arrivons au moment le plus intéressant de cette belle procession, et nos lecteurs pourront une fois de plus comparer les cérémonies du moyen âge avec l'image décolorée qui nous est restée.
Lorsque la procession arrivait aux portes de la ville, elle s'arrêtait. Cinq enfants montaient sur les tours et lançaient dans les airs des chants de gloire et de triomphe.
Cum autem processio ad portam civitatis venerit fiât ibi slatio et quinque pueri ascendant iurres et vicissim cantent hos versus :
Gloria, laus, et honor tibi sit, rex Xriste, redemptor, Gui puérile decus prompsit Osanna pium.
Le chœur répétait en fléchissant les genoux cette doxologie, et les enfants continuaient à chanter plusieurs autres versets précédés et suivis de ce refrain populaire. (( Vous êtes le roi d'Israël, vous êtes de la race illustre de « David, ô vous, roi béni, qui venez au nom du Seigneur, a Toute l'assemblée proclame vos louanges dans les plus ({ hautes régions; l'homme même, tout mortel qu'il est (( joint sa voix à celles de toutes les créatures. » Ces versets, dont le chant el ie texte sont empreints de l'enthousiasme le plus ardent, se termine par un retour à l'his-
(1) Annales archéologiques ^ vol. VIII. M. Félix Clément a réuni les articles sur le drame liturgique, dans un livre intitulé : Histoire générale de la musique religieuse.
toire qui ramène les esprits à l'objet principal de la fête, et par un enseignement aux fidèles tiré de la comparaison des rameaux judaïques avec les rameaux chrétiens :
c( C'est avec des palmes que le peuple juif est venu au devant de vous : c'est avec des hymnes, des vœux et des prières que nous les imitons. » Ces voix pures descendant du haut des tours de la ville, comme d'une église céleste; ces chants d'adoration, répétés par le clergé et par le peuple, n'étaient-ils pas l'emblème de l'alliance entre le ciel et la terre que le divin Médiateur est venu établir, et dont il était proclamé, en cette circonstance, et la cause et l'objet?
Chorus reiteret flectando gema : « Gloria laus. » Item pueri predicti incipiant :
Israël es tu rex Davidis et inclyta proies, Nomine qui in Domini Rex benedicte, venis.
Chorus sicut prius : « Gloria laus. » Item pueri predicti :
Cetus in excelsis te laudat celicus omnis Et mortalis homo et cuncta creata simuL
ftem chorus : « Gloria laus. â» Item pueri predicti :
Plebs Hebrea tibi cum palmis obvia venil :
Cum prece, vote, hymnis asscmus (adsumus) ecce tibi.
Chorus sicut prius : a Gloria laus. ))
Alors, la procession rentrait dans les murs de la ville ou de la commune d'où elle était sortie et se partageait en deux chœurs. L'un exprimait la pensée perfide que les princes des prêtres avaient conçue de faire mourir Lazare, dont la résurrection était la cause du triomphe de Jésus ; l'autre, expression de la multitude, rendait à leurs oreilles