CHAPITRE XX
sainte Vierge et toutes les reliques. Après complies, le clergé en procession reporte, suivant l'usage, 1 image de la très-sainte Vierge dans le Trésor. L'Assomption de Notre-Dame était la fêle principale de la cathédrale. L'avant-veille on illuminait le clocher. Pour le feu d'artifice et illumination qui se faisait suivant la coustume ou pour la dépense et g^^atification des musiciens esirangers qui venaient chanter à la dite feste, on trouve inscrite aux dépenses de la Fabrique, de l'année 1730, la somme de 300 livres {!).
Les lignes qui précèdent suffiront, tout incomplètes qu'elles sont, pour faire comprendre ce qu'était le drame liturgique dans les beaux siècles du moyen âge. On ne peut lui refuser ni la gravité, ni la hauteur morale, ni l'originalité. Il eut toutes ces qualités à un degré éminent tant qu'il resta dans l'église et qu'il sembla n'être qu'un développement de la liturgie catholique. Mais plus tard, aux xv^ et xvi^ siècles, ces représentations religieuses tombèrent aux mains des laïques et descendirent sur les tréteaux des places publiques. De là des parodies, des anachronismes, et tous ces dévergondages véritablement blâmables, qui le firent proscrire par l'autorité ecclésias tique. Malgré leurs défauts, le peuple montra toujours un goût extrême pour ces sortes de spectacles. Les villes du Nord dépensaient beaucoup pour se les procurer. Dans le Midi, ils étaient moins répandus. Nous en trouvons cependant un exemple à Rodez au xv^ siècle. En 1440, quelques prêtres de la cathédrale, de concert avec des jeunes gens de la Cité, voulurent représenter sur la place du Marché-Neuf, un mystère indiqué par ces
(1) Voyez plus haut le chapitre ix.
mots patois : Lo contrast de natura humana am lo demoni infernal, loqual contrast font determenat per Dieu le paire. En bon français et traduit mot à mot, il nous paraît que cela veut dire : le combat de la nature humaine contre le démon infernal, lequel combat fut terminé par Dieu le père. Indication bien vague.
Il s'agit, sans nul doute, du premier combat qui se livra dans le paradis terrestre, où comme on sait, nos premiers parents ne brillèrent pas, et dont ils seraient restés victimes pour eux-mêmes et pour leur postérité, sans l'aide de Dieu qui, en leur promettant un Rédempteur, annula les fâcheuses conséquences de la défaite.
Nous ne savons pas comment fut traitée cette lamentable histoire. La tentation d'Eve par le serpent, celle d'Adam par sa trop crédule compagne et l'excitation à manger du fruit défendu, enfin l'apparition de Dieu pour reprocher aux coupables leur désobéissance, leur intimer la punition qu'ils méritaient et en même temps les consoler par l'espoir d'une future rédemption, tous ces incidents sont très-dramatiques et très-émouvants, et nos pères qui connaissaient dans ses moindres détails le récit de la Genèse, en purent être vivement intéressés.
En tout cas, la mise en scène, à ce qu'il paraît, ne fut ni très-compliquée ni très-coûteuse. Pour amuser et récréer ainsi de leur mieux le public ruthénois, les acteurs demandèrent seulement à la commune quelques pintes de vin (hun barrai de vi) et certaines miches de pain. Modeste pétition qu'on aurait eu trop mauvaise grâce à refuser. Il résulte des comptes du trésorier qu'on leur donna un setier de vin pris dans la cave de M. l'Official, qui coûta