CHAPITRE XX
cinq deniers le quart et six pains de cinq deniers la pièce, en tout 15 doubles vieilles valant en monnaie d'or, 6 gros 9 deniers d'or (1).
Rodez n'est pas la seule ville qui nous offre des exemples de cérémonies dramatiques. Nous en avons rencontré quelques-uns de fort curieux dans d'autres églises du Rouergue.
En 1434, l'une des principales charges des ouvriersmarguilliers de l'église paroissiale de Najac, est énoncée comme il suit : « Item faran gitar la columba lo jorn de Pantacosta enaysst coma es de bona costuma » (2). Cette cérémonie symbolique qui était déjà vieille en 1434, subsista encore à Najac pendant près de trois siècles. Ce n'est qu'en. 1724 que M. de Tourouvre, évêque de Rodez, l'abolit sous prétexte qu'elle était ridicule et superstitieuse. Ce sont les propras termes de l'ordonnance épiscopale, rendue à Najac même, et que je transcris ici toute entière : — « Et sur ce qui nous a été représenté par le sieur curé et personnes pieuses de la dite paroisse, qu'il se faisait tous les ans, dans la dite église, le jour de la Pentecôte, une cérémonie ridicule (3), où l'on prétendait
(1) Item plus lo dimenge III jorn del mes dabrial (1440) alcus capelas de la glieya de madona' de Rodes ensemps am alcus autres joves de la ciutat feyro en la plassa del raercatnoude ciutat lo contrast de naiura humana am lo demoni infernal lo quai contrast fonc determenat per Dieu lo paire. Suppliquero als senhors cossols que lor volguesso donar hun barrai de vi et certanas michas, et fonc délibérât que ieu lor balles hun sestier de vi lo quai fonc près en la botigua de Mossenhor l'official, que costet v d. lo quart et vi pas de v d. la pessa que monta tôt
XV doblas vielhas que valo a laur vi gros ix d, daur, Hôtel de ville
de Rodez. Registre des comptes de la Cité, de 1439-1440, fo 55.
(2) Manuscrit des Archives de la Société des lettres, sciences et arts de l'Aveyron,
(3) M. de Tourouvre trouve cette cérémonie ridicule. Voilà un jugement difficile à comprendre. La représentation du Saint-Esprit par une blanche colombe est un symbolisme très-ancien et très-populaire. En sculpture et
représenter la descente du Saint-Esprit par un pigeon blanc lâché de la voûte de l'église, du vol duquel on tirait plusieurs présages superstitieux pour la stérilité ou la fertilité de l'année et plusieurs autres événements, nous avons défendu très-expressément cette cérémonie. — Donné à Najac dans le cours de notre visite, le 28 août 1724. — J. Armand, évêque de Rodez. Par Monseigneur, ServoUe, secrétaire. i>
A Entraygues, on fêtait Saint-Georges, patron de la paroisse, le saint guerrier et chevalier, par des cavalcades et des courses de chevaux. Une ordonnance de M. de Tourouvre, en date du 2 juin 1731, les proscrit, ainsi que d'autres usages, en ces termes :
« Deffendons aussy la cavalcade qui accompagne la procession le jour de Saint-George avec course de chevaux profane et indécente, et deffen(jons au célébrant de donner l'offrande sur la place. Deffendons aussi l'enchère qui se fait au réiiage pour le porte-pomme de la reine , pour le (as de vin du roy et autres bouffonneries semblables sous peine d'interdiction du dit renage et confrérie ))(!).
en peinture rien de plus usité et de moins ridicule. Pourquoi ce qui est permis au sculpteur et au peintre, serait-il défendu pour le drame liturgique. A force d'avoir peur des prétendues superstitions, on finirait par détruire toute espèce d'enseignement sensible.
(1) Six ans après, M. de Saléon, renouvelle la même défense. Nous en publions ici le texte r « On nous a dit que malgré la deffense qui avait été faite par notre prédécesseur, on continuait de publier le rénage de saint George , et qu'il y avait des porte-pommes de la reyne et qu'on fesait monter des enfants à cheval, qui marchaient devant la procession avec
des gigots de mouton à la mairi , et autres choses semblables Nous
deffendons de publier aucun rénage dans l'église et de souffrir qu'il y ait ny porte-pomme de la reyne, ny aucune cavalcade à la procession qui se fait le jour de la fête de saint George, sous peine d'interdiction de la procession et du rénage. Donné à Entraygues, dans le cours de notre visite, le septième jour de novembre 1737. Jean, évêque et comte de Rodez. Par Monseigneur, Laumière, secrétaire. »