‹ Histoire de la Cathédrale de RodezChapitre 17 sur 152 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Premiers travaux de construction au XII|e siècle

Ce fut, à tout prendre , un heureux événement que la ruine de l'ancienne cathédrale : heureux, parce qu il mit fin à un édifice de peu de valeur et qui, malgré son insuffisance, serait peut-être resté encore longtemps debout, tant l'œuvre de sa reconstruction paraissait difficile ; heureux surtout, par l'époque où il eut lieu (1276). On était alors au plus beau temps de l'architecture ogivale. Cette architecture avait déjà produit la Sainte-Chapelle de Paris, les cathédrales de Reims, de Chartres et d'Amiens, et le chœur de Beauvais (1). Fixées et soutenues par de tels chefs-d'œuvre, ses règles avaient acquis une immense popularité, et dans toutes les provinces du Nord, il n'y avait pas un seul architecte qui ne les prît pour guide. Le Midi même et le Centre de la France si lon'^emps fidèles à leurs usages en matière de construction avaient fini par adopter les nouvelles formes architecloniques.

(1) Dictionnaire de l'architecture française , par Viollet-le-Duc, t. II.

rJIAI'ITRE II.

Trois villes importantes , Clercnont en Auvergne (1), Limoges (2) et Narbonne (3), venaient de jeter bas leurs cathédrales romanes pour élever de somptueux édifices gothiques. Alby (-4) se préparait à en faire autant. Dans le Rouergue, une très-petite ville, Najac (5), achevait la réédificalion de son église paroissiale en style ogival. Rodez, capitale de la province , pouvait-elle rester étrangère à ce mouvement ? Sa cathédrale était en grande partie ruinée ; les besoins du culte exigeaient qu'elle fût promptement relevée ; son évêque, Raymond de Calment, forma le projet de la reconstruire sur un plan et dans des proportions grandioses, et le genre d'architecture qu'il adopta, fut celui des grandes cathédrales du Nord de la France.

Ce projet ne tarda pas à se réaliser. Raymond de Calment était un homme plein d'intelligence et d'initiative ; il eut bientôt fait les préparatifs nécessaires à l'entreprise. Enfin, le huitième jour des calendes de juin, ou suivant notre manière de compter, le 21) mai 1277, il vint en personne jeter les fondements de la cathédrale nouvelle, un an et trois mois après la chute de l'ancienne. Un témoin

(1) La première pierre de la cathédrale de Clermont fut posée en 1248 par l'évêque Hugues de la Tour, avant son départ pour la croisade ; mais les travaux ne commencèrent bien réellement qu'en 1253 ; le chœur était déjà terminé en 1265. L'architecte qui avait dressé le plan, se nommait Jean Deschamps. Tablettes historiques de V Auvergne , par J.-B. Bouillet, VI, 373.

(2) La cathédrale de Limoges fut commencée en 1273. Histoire et descrip. de cette cathédrale^ par l'abbé Arbellot.

(3) L'archevêque Maurin jeta les fondements de la cathédrale de Narbonne le 3 avril 1272. Le pape Clément IV (Gui Fulcodi), avait envoyé de Rome la pierre fondamentale toute bénite, ornée d'une croix d'or. Histoire du Lang.^ par Dom Vaissette, édit. Du Mège, VI, 175.

(4) Bernard de Castanet, évêque d'Alby, posa la première pierre de sa nouvelle cathédrale le jour de l'Assomption, 15 août 1282. Monog. de la cath. d'Alby, parHt« Crozez, 2*= édit., p. 5.

(5) Gaujal, 2« édit , t. II.

oculaire nous a laissé la relation de cette cérémonie. La première pierre avait été marquée d'une grande croix, révêque la bénit et elle fut ensuite placée sur le côté droit du sanctuaire, in dexterâ parte. Ces choses se passèrent devant un grand concours de prêtres et de fidèles, heureux de voir commencer un édifice qui devait faire l'orgueil de la ville et du diocèse. La relation où nous avons puisé ces détails, est écrite sur l'une des feuilles de garde d'un ancien calendrier de l'évêché de Rodez, très-précieux manuscrit in-folio sur parchemin, du xiv^ siècle, conservé dans les Archives départementales de l'Aveyron. Nous la publions ici :

Anno Domini ZXZ° VII\ VIII'' Kalendarum

junii, Reverendus ac Venerabilis paler Ramundus de Câlinante divinâ gratiâ Ruthenensis episcopus, signavit et benedixit et posuit primum lapidem in fundamento ecclesie Ruthenensis y in dexterâ parce. Qui lapis est signatus de magna cruce. Et hoc fuit factum in presenciâ multorum canonicorum scilicet domini Gualhardi Marchan precentoris predicte ecclesie Ruthenensis et magistri Deodati de Pratis canonici et operarii ecclesie predicte et Guillelmi Atizalli et domini Flori Agni et R. Pegrini et domini Bertrandi de Petrilia et B, de Cabanis sacriste pi^edicte ecclesie^ et ebdomadoriorum scilicet domini P,... et Gaucelmi et domini B. de Magrinh et domini B. de Cabanis nepotis alii et aliorum multorum clericorum et laycorum. Et ego Deodatas Ebrardi qui ista universa vidi et scripsi ut sit semper in memoriâ hominum (1).

(1) Le manuscrit renferme deux versions de ce texte. Celle que nous donnons est écrite au bas d'un feuillet, sur le recto; le frottement des doigts l'a rendue presqu' indéchiffrable. C'est sans doute en prévision de ce résultat, qu'on avait transcrit la note au bout du feuillet précédent sur ie verso. Mais en la transcrivant, on l'a quelque peu raccourcie. On a

Page 1