CHAPITRE II
Dès que la première pierre eut été posée, on se mit résolument à l'œuvre. Les travaux furent poussés avec activité pendant une vingtaine d'années, tout le temps à peu près que dura l'épiscopat de Raymond de Calment. De cette époque datent l'abside, les deux premières travées du chœur, les bas-côtés correspondants et les onze premières chapelles. L'unité et l'homogénéité de style qu'on remarque dans celte portion de la cathédrale ne permet pas de douter qu'elle n'ait été construite rapidement, d'un seul jet et sous la direction du même architecte. D'autre part nous savons que Raymond de Calment, mort en 1298 (n. st. pour 1297), fut inhumé au milieu du chœur. Donc, alors le chœur était achevé, moins cependant les trois dernières travées qui ne furent bâties qu'au xv° siècle. Parvenue à ce point, la nouvelle construction se trouvait en contact avec la partie de l'ancienne église qui avait été conservée. Les deux hâtisses devaient être inégales de hauteur et de largeur ; on les raccorda tant bien que mal et les choses demeurèrent à peu près dans Cet état jusqu'en 1449.
Cherchons maintenant par quels moyens on subvenait aux besoins d'une si vaste construction. Nous trouverons
supprimé les lignes qui contenaient les noms des témoins et on les a remplacées par ces mots abréviatifs et multorum aliorum testium. Cette seconde version qui ne diffère de la première que sur des points peu essentiels, a été publiée dans V Annuaire de l'Âveyron de 1848 et dans l'ouvrage \ni\i\ï\Q: Document historique et géne'alogiquesur les familles et les hommes remarquables du Rouergue, I, 585. Ces deux publications ont pourtant commis une erreur grave de chronologie, au lieu de mettre anno Bomini M" CC" LXX'> VH^ (1277), comme portent toutes les versions de la note, elles disent 1/» CC» LXX" (1270), ce qui avancerait de sept années la pose de la première pierre de la cathédrale. Évidemment l'éditeur de V Annuaire s'était trompé et il a induit en erreur l'auteur des Documents historiques qui l'a copié de trop bonne foi. M de Barrau a rectifié cette erreur dans le procès- verbal de la séance du 31 juillet 1836. V. Mémoires, t. Vlll.
de précieux renseignements dans les comptes de l'œuvre qui nous restent des années 1288-89 et 1293-94. En voici l'analyse sommaire. Pour l'année 1288-89, les articles de la recette sont les suivants : moitié des revenus des églises vacantes (1), dettes, legs, quêtes et aumônes, pension sur le prieuré de Saint-Georges de Camboulas (2). Total 449 1. 5 s. 8 d. rodanois et 23 1. 16 s. 8 d. tournois et melgoriens. La dépense se monte à la somme de 560 liv. 8 s. rodanois et 23 1. 16 s. 8 d. tournois et melgoriens. Les comptes de l'année 1293-94 sont plus détaillés et plus intéressants. A la recette il n'y a pas de nouvelles sources de revenus. La quête de la cité de Rodez y figure pour 78 1. 17 s. rodanois, celle du Bourg de Rodez pour 4 1. 2 s. 5 d. rodanois, celle du diocèse pour 150 1. 8 s. 7 d. rodanois. Nous signalerons deux legs importants, l'un de 211 1. 15 s. rodanois fait aux curés {curatis) du diocèse par Jean, cardinal du titre de Sainte- Cécile, légat du Saint-Siège, et spontanément abandonné à l'œuvre par les curés en plein synode de là Saint-Luc ; Tautre de 100 livres tournois spécialement destinés à l'œuvre du chœur ipsioperi chori, par Guillaume Roland, archidiacre de Saint-Antonin. Total de la recette 706 liv. 10 d. rodanois et 35 1. 45 s, melgoriens. Total de la dépense 729 liv. 11 s. 12 d. rodanois et 47 1. 17 s. tournois.
(1) Raymond de Calraont, voulant assurer des fonds à l'œuvre, lui accorda la moitié des fruits des bénéfices vacants dépendant de sa collation, durant la première année delà vacance.
(2j En 1281, il y eut un accord entre l'évêque et le chapitre touchant la collation et la dotation des dignités, des personnats et des prébendes de l'Église de Rodez^ dignitatum, personatuum et prebendaru7n Ecclesie Ruthenensis . Vouvrerie ou l'office du chanoine ouvrier reçut pour dotation le prieuré de Saint- Georges-de-Camboulas qui était de la mense de l'évêque. Sur les fruits de ce prieuré on réserva pour la fabrique une pension annuelle de 50 livres rodanois. Arch. de l'Avey. Titres du C/iap. de Rodez. Caisse des compositions.