CHAPITRE II
Somme employée à la construction du chœur cette année et les deux années précédentes, 448 1. 4- s. 4 d, rodanois et 20 livres tournois (1).
Voilà d'après les comptes de deux années, quels étaient les revenus ordinaires de la fabrique au xiii« siècle. Certes, s'il n'y avait pas eu d'autres moyens d'exécution que ceux-là, jamais la cathédrale n'aurait été achevée. Mais heureusement il en existait d'autres, et en première ligne il faut mettre les libéralités personnelles de Raymond de Calmont. Les historiens parlent du caractère généreux et bienfaisant de cet évêque ; sa fortune lui permettait de suivre les inspirations de son zèle. On sait, en effet, que Raymond de Calmont était riche : riche d'abord par les revenus de son évêché, et ensuite par les grands biens de sa famille, dont il eut l'a iministration et l'usage pendant les douze dernières années de sa vie (2). La réédification de la cathédrale fut, d'ailleurs, son œuvre privilégiée, et nous sommes assurés qu'il y employa des sommes considérables.
Tandis que le corps de l'édifice s'élevait au moyen des ressources de la fabrique et des libéralités de l'évêque, de
(1) D'après une ordonnance royale de 1271,1e sol rodanais équivalait à huit deniers tournois et il avait cours dans toute la France. (Gaujal, 11, 124.) Quanta la monnaie tournoise ou monnaie de cour, un peu plus forte que la monnaie rodanaise, voici quelle était sa valeur intrinsèque à la même époque. Le denier tournois valait 0,06 c. 75 millièmes, le sol 0,81 c, la livre 16 f. 20 c. Études et recherches historiques sur les monnaies de France, par M. Beiry, conseiller à la Cour imp. de Bourges, II, 612.
(2) Begon, seigneur de Calmont d'Olt, mourut vers 1284 ne laissant que des tilles dont une, Alidie de Calmont, avait épousé Matfre de Castelnau-Bretenoux. Son frère Baymond, évêque de Bodez, lui succéda comme seigneur de Calmont ; à sa mort, il transmit la plus grande partie de ses biens et notamment le château de Calmont et ses dépendances à Hugonet de Castelnau son petit neveu. Documents historiques et généalogiques sur les familles du Rouergue, l, 683.
simples particuliers faisaient bâtir des chapelles à leurs frais. Nous en citerons un exemple curieux. Par son testament du 7 des ides de juillet 1299, Guillaume de Pessolis, bourgeois de Rodez, lègue 25 livres tournois pour la construction d'une chapelle ; et aiin de mieux assurer l'emploi de cette somme, il veut qu'elle ne soit pas versée dans la caisse de la fabrique, mais que ses héritiers paient eux-mêmes chaque samedi les ouvriers qui travailleront à la chapelle (1).
Les comptes de 1293-94? nous fournissent encore les noms de quelques-uns des artistes qui travaillèrent à la cathédrale au xiii'^ siècle. A l'article des dépenses, on lit : (( Item pour certaines dépenses faites par maître Etienne et pour achat de colle 101 s. 6 d. rodanois et 74 sols tournois. — Item pour le salaire ou les gages du même maître Étienne et Ponseti scolaris sml20 1. 6 s. — Item pour les gages de G. Brun 15 l. 4 s. 4 d. — Item pour les gages de plusieurs autres maîtres 85 1. 9 s. 11 d. rodanois et 13 l. 10 s. tournois. — Item payé au même maître Étîenne 30 l. 41 s., ratione perpreze secum fade que perpreza est sex viginti librarum (2). Qu'était ce maître Étienne ? aucune qualification distinctive n'étant jointe à son nom, on serait tenté de le confondre avec les simples ouvriers ; mais ce nom revient trois fois dans les
(1) Item lego operi dicte ecclesie Béate Marie civitatis Rutliene in subsidium constructionis unius de Capellis dicte ecclesie XXV libras turonenses semel tantum solvendas per heredes meos universales sea gadiatores meos infrascriptos artificibus et magistris qui dictam construent seu liedificabunt capellam, quâlibet die sabbati jornalia sua eorumdem que fecerint per septiraanam precedentera in hedificio dicte capelle... Et volo quod dicte XXV libre turonenses tradantur seu solvantur operatori dicte ecclesie nec alicui alie persone nisi artificibus et magistris predictis. Arch. de l'Av. Fonds du chapitre de Rodez. Caisse des chapellenies Parchemin coté des lettres A. T. •
(2) Voyez à l'appendice n° xiv les comptes de l'œuvre de 1293-1294.
TomlieaiL prétendu de R. de Calmont.
CHAriTUE II.
comptes, tandis que les autres maîtres ne sont pas même nommés ; il revient pour des dépenses très-variées, et surtout pour un salaire comparativement assez fort. De plus, maître Etienne a un compagnon, une sorte d'élève {scolaris)y dont les honoraires sont confondus avec les siens. Toutes ces circonstances n'indiquent-elles pas que maître Étienne fut le directeur des travaux, l'architecte, le magister et gubernator edificii^ comme est appelé un maître de pierre que nous rencontrerons plus loin?
Raymond de Calmont, disions-nous tout à l'heure, fut inhumé dans le chœur de la cathédrale. C'est ainsi que tout le monde l'avait cru jusqu'à présent. M. deBarrau (1) prétend qu'on s'était trompé, et qu'il faut placer la sépulture de notre évêque dans un tombeau qui se voit à l'extérieur de l'abside, entre les deux contreforts de la chapelle de Saint-Laurent. Et la seule preuve qu'il donne de son assertion, c'est la présence sur ce tombeau d'armoiries presque effacées ressemblant à celles de la maison de Calmont. Les armoiries des Calmont-d'Olt sont d'argent au lion de sable. Plusieurs autres faniilles importantes de la province avaient des armes identiques. Ainsi les d'Armagnac portaient d'argent au lion de gueules^ les seigneurs de Broquiès-Combrel d'or au lion de gueules ^ les d'Albin de sable au lion d'or, les Landorre de gueules au lion d'or, etc. Dans toutes ces armoiries la figure héraldique est la même, il n'y a que les émaux qui diffèrent. Or les émaux étant figurés par des hachures ou par des couleurs, comment les distinguer sur une sculpture aussi ancienne et aussi fruste que celle du prétendu tombeau de
(1) Documents historiques et généalogiques sur les familles et les hommes remarquables du Rouergue dans les temps anciens et modernes. Art. Calmont et les autres.
Raymond de Calmont? 11 n'est donc pas possible d'asseoir sur ces restes d'armoiries une preuve quelque peu solide. Nous avons au surplus d'autres raisons pour établir que R. de Calmont a été enterré dans l'intérieur de la cathédrale. La première, c'est sa volonté clairement exprimée dans son testament. « Je veux, dit-il, et j'ordonne que mon corps reçoive la sépulture ecclésiastique dans l'église de Rodez, in ecclesia Ruthenensi (1). » Si son corps avait été déposé dans le monument qu'on lui assigne en dehors de l'abside, il aurait été inhumé non dans l'église, in ecclesia^ mais bien dans le cimetière des chanoines, car on sait qu'à cette époque et longtemps après, le cimetière des chanoines était situé autour de l'abside (2).
Rien d'ailleurs dans les habitudes contemporaines n'empêchait que les dernières volontés de Raymond de Calmont ne fussent exécutées. En 1301 l'évêque Gaston de Corn, son deuxième successeur à une distance de
, (1) Statuo et precipio corpus meum tradi ecclesiastice sépulture in ecclesiâ Ruthenensi et exequias raeas funerarias fieri predictis bonis honorabiles et décentes. Arch. de VAv. Fonds du chapitre de Rodez. Caisse des testaments. Pièce cotée des lettres A. Y.
(2) En ^1 099 les chanoines qui venaient d'embrasser la vie régulière, obtinrent du pape Urbain II l'autorisation d'avoir près de la cathédrale à l'est un cimetière particulier oîi seraient enterrés les membres du chapitre et les paroissiens de leur église. A la hn du xiiF siècle, on prit une partie de ce cimetière pour construire la nouvelle cathédrale. Dès lors sans doute,- le cimetière se trouvant trop étroit, on fut forcé de l'agrandir ou plutôt d'en faii'e un nouveau au sud de la cathédrale sur la place actuelle du chapitre. Dans le cadastre de la Cité de 1448 il est parlé du grand cimetière de Notre-Dame, l'hostal apelat del capital costa lo sementeri gran de Nostra Dona^ d'oii l'on peut conclure qu'il y avait un yetit cimetière. Le cadastre de 1668 mentionne deux cimetières placés près de la cathédrale. L'un, le cimetière ouvert avait une superficie de 144 cannés. L'autre, le cimetière fermé, au bout de ladite église, contenait 112 cannés. Près de ce dernier cimetière, il existait un vacant ou patus de 49 cannés d'étendue. Arch. de l'Av. Fonds du Chapit. Caisse des bulles. Celle du pape Urbain II est cotée de la lettre L. Et les copies des cadastres de la Cité.