‹ Histoire de la Cathédrale de RodezChapitre 36 sur 152 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

riaux et pour leur extraction, pour l'entretien des ouvriers et pour cent autres objets divers. On y voit, entre autres renseignements curieux, que la pierre calcaire du portail sud provient de carrières situées dans les environs de Nuces, de Capdenaguet et de Balsac. Le nom du maître Tibaud Sonier y est cité jusqu'à huit ou neuf fois. Nous y avons remarqué aussi le nom des deux arlistes auxquels sont dues les statues qui garnissaient autrefois les voussures du portail. L'un d'entre eux s'appelait Guillaume Desfosses et l'autre Pierre Viguier. Ils sont toujours qualifiés imagiers , imaginarii , magistri imagimrum. Le chiffre de leur salaire en argent n'est pas indiqué, mais plusieurs articles des comptes prouvent que la fabrique leur donnait les principales denrées alimentaires comme la chair de porc, le fromage, le vin, et qu'elle leur fournissait une maison pour se loger.

Il arrivait parfois à ces artistes d'aller eux-mêmes à la carrière pour voir les blocs de pierre, les équarrir et rendre ainsi leur transport plus facile et moins coûteux. Le 17 mai 1460, il fut payé à maître Guillaume Desfosses, imagier, pour trois journées employées dans la carrière de Maguot, in peyreria de Maguot, pour ébousiner la pierre, pro exclapando lapidem, qui devait servir à représenter Jésus-Christ au sépulcre, la somme de 20 sols, toutes dépenses comprises, excepté le louage du cheval qui à cinq blancs par jours coûta six sols trois deniers. Ce bloc de pierre arriva à Rodez le 24- mai, sur un char traîné par trois paires de bœufs ; le port revint à deux livres dix sols (1).

Portail nord, A voir les profils et la structure si différente des deux portails, on les croirait séparés par un

(1) Ces comptes sont publiés par extraits à l'Appendice n» VIII.

long intervalle de temps. Cependant le portail nord fut bâti au xv^ siècle, presque à la même époque que celui du midi. Les armoiries de Bertrand de Chalençon, sculptées au sommet du fronton, ne permettent pas le moindre doute à cet égard. Bertrand de Chalençon portait écartelé d'or et de gueules à la bordure de sable, semé de fleurs de lis d'or. Si les fleurs de lis ont disparu sous le marteau révolutionnaire, la bordure est encore parfaitement reconnaissable (1). Or, B. de Chalençon monta sur le siège épiscopal de Rodez en 1457 ; la construction du portail nord date, par conséquent, de cette époque. Peut-être avait-il été commencé quelques années auparavant; c'est même probable, vu la lenteur avec laquelle s'exécutaient alors les travaux de la cathédrale. Mais la présence des armoiries démontre que Tachèvement n'eut lieu que sous répiscopat de Bertrand de Chalençon, c'est-à-dire après Tannée 1457.

Jubé. La date précise de la construction du jubé résulte de plusieurs faits certains. D'abord, il s'appuie sur les deux derniers piliers du chœur, et nous avons vu que ces piliers furent commencés en 1462 et terminés six ou sept ans après, vers 1468. D'autre part, les stalles qui touchent le jubé et qui en supposent l'existence ont été faites en 1478. C'est donc entre les années 1468 et 1478 que le jubé a été construit.

Quant aux artistes qui l'ont bâti ou peuplé de statues, ils pourraient bien n'être pas différents de ceux du portail sud. En effet, ces deux constructions élevées à la même époque et dans le même genre d'architecture, ont un air de parenté qui frappera l'observateur le moins

(1) Au portail sud, les armoiries de B. de Chalençon étaient gravées sur une pierre tellement friable que tous les reliefs , bordures et fleurs de lis, sont effacés.

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