CHAPITRE V
attentif : même pierre calcaire, mêmes moulures, même système d'ornementation, Nous en concluons que le jubé doit être attribué à Tibaut Sonier, à Guillaume Desfosses et à Pierre Yiguier (1).
Stalles. Les stalles turent l'œuvre d'un menuisier de Marvejols (Lozère), appelé André Sulpice. Nous possédons le traité que l'évêque et le chapitre passèrent avec lui le 9 mai 14'78 (2); c'est un acte fort curieux. Tout ce que l'artiste doit faire y est minutieusemeni prévu. Il y aura, dit l'acte, une rangée de stalles de chaque côté du chœur, des sièges hauts et des sièges bas, une chaire pour l'évêque, au-dessus du revêtement des stalles super revestituram sedum une galerie ou déambulatoire permettant de faire le tour du chœur, et ce qu'on ne comprend pas bien, quatre grandes portes d'entrée de chaque côté du chœur avec leurs vantaux, quatuor portas magnas introytus ntriusque lateris dicte ecclesie cum suis portanellis (3) ; le tout sur le modèle du chœur de l'église de Béziers, ad totalem modum et effigiem chori ecclesie Bitterensis, modèle qu'André Sulpice a montré à l'évêque et aux chanoines. L'ouvrage ne sera terminé que dans l'espace de huit années. André Sulpice s'engage à tenir avec lui pendant tout ce temps sept bons ouvriers sculpteurs, septem famulos artifices et scientes in arte menusarie sive
(1) Où M. H. de Barrau {Mémoires , t. IV, page 433), a-t-il vu que le jubé est l'œuvre d'un sculpteur nommé Boileau, qu'aurait appelé B. de Chalençon ? Il ne s'appuie sur aucune autorité ; il ne cite pas le moindre texte.
(2) Voir à l'Appendice n^ IX.
(3) Le notaire rédacteur de l'acte s'est évidemment trompé; il n'était pas tenu de savoir combien de portes il fallait au chœur; il aura mis qua^ tuor pour très, à moins que le texte ne se rapporte uniquement aux deux portes latérales. Chacune ayant deux vantaux, on aurait pu, jusqu'à un certain point, dire quatuor portas. La grande porte du chœur, au couchant, n'a pas de vantaux ; c'est une porte à coulisse.
lignorum sculptores. Voici maintenant le prix qui fut stipulé : dix-sept cents livres tournois, cinq cents setiers de blé moitié froment et moitié seigle, cent vingt pipes de vin, onze livres tournois par an pro uno bave et quatuor porcis salsandis, et douze livres pour supplément de la chaire épiscopale et des portes pro additamento cathedre episcopalis et portarum, La fabrique était tenue de fournir au maître menuisier le bois, les clous et la colle nécessaires et une maison convenable pour se loger et travailler lui, sa famille et ses ouvriers.
Les stalles de Rodez qui suffiraient toutes seules pour illustrer le nom d'André Sulpice, ne sont pas pourtant l'unique ouvrage de cet habile artiste. Sans vouloir lui attribuer celles de Béziers que, peut-être, il ne prenait pour modèle que parce qu'il en était l'auteur , nous savons positivement qu'il a lait en 1473 les stalles de Notre-Dame de Yillefranche (1), et peu de temps auparavant les stalles des Chartreux de la même ville. 11 ne serait pas impossible qu'il eût aussi sculpté les stalles de l'abbaye de Locdieu qui sont du même style et de la même époque, mais nous n'en avons aucune preuve certaine.
Nous ne connaissons dans le Rouergue ni ailleurs, aucun autre ouvrage de menuiserie qui puisse être attribué au ciseau d'André Sulpice. Ce que Ton peut dire, c'est que les stalles de Rodez, son plus beau titre de gloire sans contredit, furent aussi son dernier travail. Dans une quittance faite le 5 novembre 1488, il reconnaît
(1) « Il y a un instrument du l^r may 1473 pour la faction du chœur de l'église collégiale de la présente ville, aa prix de 600 livres et 60 pipes de vin, fait par du chapitre à André Supplici, maistre menuisier de la ville de Marvejol, dans le diocèse de Mende. » [Annales de Villefranche d'Aveyron^ par Cabrol, t. I, 432.)