‹ Histoire de la Cathédrale de RodezChapitre 45 sur 152 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

quelques charbons mal éteints sous le toit de l'horloge qu*on réparait. Telle fut l'ardeur de Tembrasement que les cloches même se fondirent et le vent qui soufflait avec violence lançait au loin sur les maisons voisines une horrible pluie de feu, de métal et de plomb liquides. Toute la ville fut dans les plus vives alarmes , car , outre la perte du clocher, on redoutait encore que le feu ne se communiquât aux environs. Mais comment se rendre maître d'un incendie placé à une si grande hauteur ! Tous les efforts humains étaient inutiles.

(( Dans ces extrémités, François d'Estaing eut recours aux remèdes surhumains. Il obligea une partie des habitants de se tenir en prières publiques dans l'église cathédrale. Il conduisit l'autre à l'église de Saint-Amans, la châsse duquel il fit porter en procession jusqu'aux approches du clocher. Chose merveilleuse ! à peine eut-il fait présenter ces saintes dépouilles, que le vent cessa, et toute la flamme s'arresta sur cette pile qui sert de fondement au clocher, comme pour faire un feu de joye, et un buscher d'honneur à la dévotion de notre évesque et à la glorieuse mémoire du patron de Rhodez (1). »

Les prières publiques continuèrent bien avant dans la matinée et le saint évêque célébra pontificalement une messe d'action de grâces. Au sortir de l'église, comme il rentrait dans son palais épiscopal, encore revêtu de l'habit de chœur, il s'arrêta à une fenêtre pour considérer les restes de l'incendie. Ce spectacle l'attendrit et les yeux baignés de larmes il prononça ces paroles qui furent recueillies avec soin : « Je reconnais bien que Dieu se fait entendre depuis la nuit dernière, et si le son des cloches a cessé, sa voix parle assez haut pour m'annoncer ce qu'il

(î) Vie de François d'Estaing, par le P. Beau.

demande de moi. d II n'en fallut pas davantage; les chanoines présents rapportèrent à leurs confrères les paroles de leur évêque et tous ensemble jugèrent qu'il avait voulu manifester les sentiments et les désirs de son cœur, et qu'il fallait profiter de cette ouverture pour lui proposer la reconstruction du clocher. Guillaume d'Estaing, cousin du prélat et son vicaire général, les confirma dans cette idée et leur dit que l'évêque était dans les meilleures dispositions à ce sujet, et qu'il avait souvent dit que l'ancien clocher ne répondait pas à la magnificence de l'église et que sur un fondement si solide, il fallait plus qu'un échafaudage de bois.

Les prévisions du chapitre ne furent pas trompées. A peine François d'Estaing en eut entendu la proposition de la bouche des chanoines députés à cet effet, qu'il consentit aussitôt à ce qu'on lui demandait et en donna sa parole (1).

11 ne tarda pas à remplir son engagement. L'incendie n'avait détruit que la partie du clocher qui était en bois ; la base de pierre restait debout. Elle servit de point de départ à la nouvelle construction. M. de Barrau prétend au contraire, que le clocher fut rebâti jusqu'aux fondements, et il en donne deux raisons que nous ne pouvons admettre. « Les écussons de François d'Estaing, qu'on voit, dit-il, aux voûtes de cette partie inférieure, certains caractères architectoniques même semblent indiquer qu'elle fut refaite comme le reste de la tour (2). d Pour avoir l'exacte vérité, il faut prendre le contre-pied de cette assertion. A la clef de voûte de la sacristie du chapitre,

(1) Histoire du B. François d'Estaing^ évêque de Rodez, par A. Bion de Marla\agne, chanoine honoraire de Rodez, p. 112.

(2) Notice sur la cathédrale de Rodez, dans les Mémoires de la Société des lettres^ sciences et arts de l'Aveyron, t. IV.

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