CHAPITRE VII
située au rez-de-chaussée de la tour, il y a bien des armoiries , mais ce sont celles du chapitre (1). Au deuxième étage, la clef de voûte ne porte point d'écusson. Ce n'est qu'au troisième étage , que commencent à paraître les armes de François d'Estaing : elles sont sculptées à l'intérieur sur la clef de voûte , et à l'extérieur, de chaque côté de la fenêtre.
Les caractères architectoniques sont aussi peu concluants que les armoiries. Voyez en effet à la sacristie du chapitre, les moulures rondes avec arête saillante qui décorent les arcs-ogives de la voûte, les colonnes cylindriques avec chapiteaux à double rang de crochets qui s'élancent des quatre coins de la salle pour soutenir les retombées des arcs, enfin derrière le placage en style Renaissance, la porte ancienne de la sacristie avec sa gracieuse ogive et sa triple rangée de tores. Tous ces caractères dans notre cathédrale indiquent plutôt le siècle que le xvI^
Il nous paraît donc incontestable que la tour du clocher n'a pas été construite tout entière au xvf siècle et que l'œuvre de François d'Estaing ne commence qu'au troisième étage.
La réédification du clocher s'exécuta dans l'espace de treize ou quatorze années. Au sommet de la lanterne qui sert de piédestal à la statue de la sainte Vierge, on lit ces mots et cette date deux fois répétés Consummatumest 1526 qui fixent l'époque précise de l'achèvement des travaux.
Quel est l'architecte que François d'Estaing employa pour élever ce beau monument? M. de Gaujal dit que ce fut un ruthénois appelé Cusset. D'après son témoignage
(1) De gueules à la Vierge et à l'Enfant Jésus de carnation vêtus d'or.
tous les auteurs l'ont cru et le répètent. Personne encore ne s'est avisé d'émettre seulement un doute. On le tient pour si vrai que récemment la municipalité de Rodez, voulant baptiser une ruelle voisine de la cathédrale , ne trouva pas un nom meilleur à lui donner que celui de Cusset. Voyons si cette opinion est bien fondée.
Il s'en faut pourtant, disons-le, que le nom de Cusset fût inconnu à Rodez aux xy'' et xvi^ siècles. Dans le rôle de la taille de 1478, on trouve un Daurdé Cusset, notaire. Ce même Daurdé [Dieudonné?] Cusset, figure parmi les consuls de la Cité en 1490 (1). Et l'autre Cusset auquel M. de Gaujal veut faire jouer un si beau rôle, nous l'avons rencontré aussi ; mais il ne fut jamais ni architecte, ni maître maçon, ni rien qui ait le moindre rapport avec l'architecture. Si l'on veut s'en convaincre, on n'a qu'à prendre la Vie de François d'Fstaing , par le P. Beau, jésuite, en 1656. C'est très-certainement la source d'où M. de Gaujal a tiré le nom de Cusset. Eh bien ! on y lit page 357 que Cusset était secrétaire de l'evêché du temps de François d'Estaing. Il l'était même auparavant ; car les comptes de la commune de la cité de Rodez de 1497, mentionnent un Guillaume Cusset , secrétaire , auquel il fut payé la somme de 5 sols tournois pour l'expédition des lettres des consuls (2). Il a signé en cette qualité les pro-
(1) L'acte suivant fait connaître trois générations de Cusset, au milieu du xvi^ siècle, le petit-fils, le père et le grand-père.
« Prima die mensis januarii 1554 fuit baptizatus Guilhermus filius Johannis Cusset et Autlionie Pigone ejus uxoris. patrinus Guilhermus Pigo bibliopola, matrina Pardona uxor Johannis Cusset quondam. » (Registre des naissances, mariage et décès de la paroisse de Notre-Dame, à l'hôtel-de-ville de Rodez.)
(2) Payé à M« Guilhem Cusset secretari per las dichas letras dels cossols coma es de costuma, V s. t. Comptes de la cité de 1497.
Item plus a paguat à mestre Guilhem Cusset per las letras del régime sing s. t. et per se V s. t. Comptes de 1511-1512.