CHAPITRE VII
cès-verbaux des visites pastorales de F. d'Estaing, jusqu'au 6 août 1510. Guillaume Cusset était aussi notaire apostolique et rédacteur des actes ecclésiastiques. Il y a dans les archives départementales , un registre tout entier de collations de bénéfices écrites par lui de 1504à 1515(1). Or nous le demandons, est-il probable que ce notaire apostolique, ce secrétaire de l'évêché si peu artiste par la nature de ses goûts et de ses occupations , à un âge plus que mûr (2), se sera tout à coup épris d'un bel amour pourl'équerre et le compas, et aura débuté par une œuvre d'architecture aussi remarquable que le clocher de Rodez? A moins qu'on ne veuille prétendre que Guillaume Cusset appartenait à cette nouvelle classe d'artistes dont, suivant M. de Laborde, Sébastien Serlio, architecte du palais de Fontainebleau fut le premier en 1541, ^m" se vouaient à rarchitecture pour ainsi dire par inspiration et la pratiquaient théoriquement avec les ressources de la peinture et de la sculpture dont ils avaient fait l'étude (3). Mais des artistes de cette espèce, il n'y en avait pas en Rouergue au commencement du xvi*^ siècle. Les plus habiles constructeurs étudiaient la pratique de leur art en y mettant la main, et ils ne se donnaient que le titre modeste de maçon, massonnier, peyrier, tailleur de pierre (4). S'il leur arrivait d'être placés à la tête de la construction d'un édifice, ils s'intitulaient maîtres de l'œuvre de cet édifice.
(1) Voyez ce registre, ainsi que celui des visites pastorales, dan^ les Arch. de l'Av., fonds de l'évêché de Rodez.
(2) En 1510 Guillaume Cusset était âgé de trente-cinq ans au moins
(3) Notice des émaux du Louvre^ 11^ partie , document et glossaire par M. de Laborde; au mot Architecte.
(4) Massonnie/\ c'est précisément ainsi que se qualifie Palangier, rarchitecte de l'église et du beau clocher de Belmont (Aveyron) en 1514. Notice sur l'église de Belmont, par l'abbé Ravaille, dans les Mém. de la Soc. des L., Se. et A. de l'Aveyron, in-32.
Le P. Beau en parlant de Cusset ne se borne pas à dire qu'il était le secrétaire de F. d'Estaing; il ajoute qu'il fut son « principal agent dans le bâtiment du clocher. » Ces expressions ont trompé M. de Gaujal. On ne peut guère voir là cependant qu'un administrateur de l'emploi des fonds, jamais un architecte, à prendre ce mot dans le sens de l'homme de l'art qui fournit les dessins du bâtiment et qui guide les ouvriers.
Nous interpréterons de la même manière un autre passage des comptes de la Cité de 1512-1513, oùilest question d'un maître Guillaume que governa lobra del cloquié; passage qui ne peut se rapporter qu'à Guillaume Cusset (1). Gouverneur de l'œuvre, dans la langue du moyen âge, signifie souvent architecte. Nous en verrons un exemple dans Bernard Authony qualifié magisier et gubernator edificii en 1503. Mais on attribuait aussi parfois cette dénomination à des receveurs et à des personnes chargées au seul point de vue financier de la surveillance générale des bâtisses. Et c'est précisément la fonction que Guillaume Cusset remplit durant quatre ou cinq ans , pas un plus long temps, car il résulte des mêmes comptes de la Cité, qu'il mourut en 1515, vers la fête de Pâques, de l'épidémie qui ravageait alors la ville de Bodez(2).
Enfin ce qui achève de montrer, que Cusset n'est qu'un architecte imaginaire, c'est que l'architecte véritable du clocher se retrouve dans les documents contemporains. Son nom était demeuré jusqu'ici dans l'oubli, nous sommes
(1) Item del moble de M* Guilhermes que governa lobra del cloquié que era an Rossinhol totz ensemble, ad ung dénié monta la part del dich g«"e% XIX s. t. Comptes de la cité de 1512-13.
(2) Item del moble de mestre Cusset notari loqual moria enviro Pascas de la dicha empedemia ; sa molher venc rancurar. Vist tôt , fonc relaxada coma a par en lo libre, da ung dénié que monta soque ly an rabatut, XXX s. t. Comptes de la Cité de 1515-16.