‹ Histoire de la Cathédrale de RodezChapitre 67 sur 152 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

grandes constructions du moyen âge. La cathédrale de Rodez ne fait pas exception.

Sur les fondations établies, comme nous venons de le dire, s'élèvent les murs. Ils sont bâtis en grès bien taillé. Celle pierre grise, parsemée de quelques grains rouges, d'un aspect sombre , très-résistante, se débile en forts échantillons. Aussi l'appareil toujours irrégulier, comme dans les constructions de l'époque ogivale, est grand et large à la base; il l'est un peu moins dans le haut par économie des gros matériaux toujours difficiles à élever avec des engins imparfaits.

Celte espèce de grès que les géologues distinguent par le nom d'infra-liassique se rencontre près de Rodez. M. Roisse, dans sa belle carie géologique de l'Aveyron, en signale plusieurs filons aux environs d'Olems. C'est en effet de ce quartier que sont venues presque toutes les pierres de la cathédrale. Les comptes de la Fabrique de 4508 et 1509 mentionnent des carrières ouvertes aux lieux d'Olems, Ayguesbonnes, Caissiols, Agnac,LaPeyrinie, les Casais, la Gauselmie, Saint-Félix. Tous les lieux que nous venons de nommer sont situés près de la ville. Il paraît cependant qu'on tirait parfois les matériaux de plus loin. Dans les comptes de 1459, il est question de pierres pour les piliers, unum lapidem dels pialars, venues de Lassouls (canton d'Espalion?) et de Cruéjouls (canton de Laissac?).

Le calcaire ne paraît qu'au jubé, dans les deux portails et à la tribune du bas de la nef. Les tombeaux de Gilbert de Cantobre, de Raymond d'Aigrefeuille et de Guillaume de la Tour sont construits avec la même pierre. Cette pierre blanche, d'un grain fin, est propre à toutes les délicatesses de la sculpture. Elle manque un peu de dureté, surtout celle du portail méridional et paraît s'user trop

facilement à l'air extérieur. Nous voyons dans les comptes de 1459 qu'on la faisait venir des carrières de Balsac et de Capdenaguet.

Tout ce dont nous avons parlé jusqu'ici, vocable, orientation, dimension, appareil, ne se rapportait qu'à l'ensemble de la cathédrale. Il faut maintenant que nous essayions d'analyser successivement toutes les parties dont elle se compose. Nous commencerons par l'intérieur.

Piliers. Il y en a de deux sortes : les piliers isolés et les piles engagées dans les murs des chapelles. Quant aux piliers isolés, voici quelle est leur constitution architectonique. Ils se composent d'un gros cylindre central cantonné de quatre colonnes engagées. Les piliers du rondpoint, quoique plus minces, n'en ont que deux (1). Cellesci ne sont pas détachées, elles tiennent aux assises mêmes de la pile. Il n'y a pas de chapiteau. Pour rompre la monotonie de ces longs supports verticaux on a pratiqué une large moulure, une espèce de bague ou de bandeau qui se profile autour du pilier (2). Il se montre en deux en-

(1) Pour les piles du rond- point nous voyons à la cathédrale de Beauvais une disposition semblable. Aussi M. VioUet-Le-Duc, t. III, p. 175, dit-il : « Le besoin de donner des espaces libres est si évident à Beauvais, que les piles du rond-point ne sont pas cantonnées de colonnettes latéralement pour recevoir les archivoltes, mais seulement dans le sens des rayons de l'abside pour recevoir les nerfs des grandes voûtes, les arcsdoubleaux et arcs -ogives du collatéral. » Le même motif a guidé l'architecte de Rodez.

(2) M. de Saint-Paul, en parlant des piliers de la cathédrale de Rodez, dit : « Au lieu du chapiteau à double rang de feuillages, si gracieux encore , quoique inférieur pour l'effet , aux crochets plus ou moins fleuris du xiiF siècle, les impostes de ces piliers ne sont décorés que d'une suite de moulures saillantes et rentrantes de la plus grande simplicité, d'un usage fréquent en Angleterre au xiii^ siècle : ce qui faisait dire spirituellement à M. Vitet, dans ses notes d'un voyage archéologique outre- Manche, que tous les chapiteaux de la cathédrale de Salisbury semblent avoir été fabriqués par un tourneur. — Cette disposition, moins rare en

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