‹ Histoire de la Cathédrale de RodezChapitre 68 sur 152 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

droits : aux impostes des archivoltes et à la naissance des arcs de la voûte. L'absence systématique des chapiteaux, les pénétrations des archivoltes ont fait croire à certains archéologues que le chœur pourrait bien ne dater que du xv^ siècle, comme la nef. Mais, outre qu'il y a des dates historiques qu'on ne peut pas nier, on oublie que le pilier de la cathédrale de Rodez se distingue du pilier du xv^ siècle par de notables différences. Le pilier du xv^ siècle est surtout prismatique ; il accuse entièrement dans sa forme extérieure les arcs de la voûte au point de n'être que le faisceau vertical de ces arcs prolongés ; les chapiteaux sont alors supprimés comme inutiles. On ne voit rien de semblable à Rodez. Les premiers piliers du chœur, bâtis de 1277 à 1299 et qui ont servi de type invariable pour les autres, sont très-franchement cylindriques; ils ne traduisent que d'une manière imparfaite les arcs de la voûte. Les retombées de ces arcs (arcs doubleaux, arcs-ogives) s'arrêtent au sommet du pilier et leurs pénétrations sont identiques aux pénétrations des archivoltes.

On peut même enfin trouver une façon de chapiteau dans la moulure que nous signalions tout à l'heure et qui n'est, en définitive, qu'un maigre tailloir placé là certainement dans un but décoratif. M. Yiollet-Le-Duc constate que dans le nord de la France, vers 1290, on avait essayé du pilier prismatique et de la suppression du chapiteau, et il cite pour exemple l'église de Saint-Urbain de Troyes. Cette méthode toute rationnelle qu'elle fût, ne se généralisa pourtant que deux siècles plus tard. Le pilier de

France que la précédente, se retrouve à Narbonne, à Saint-Benigne de Dijon, etc., mais semble toujours dénoter une grande pénurie de ressources chez les constructeurs du monument, » Congrès archéologigue de France^ tenu à Rodez en 1863.

Rodez est un moyen terme, un compromis entre les deux époques ; compromis qui ne fut pas, nous l'avouons, au profit de l'élégance et de la grâce. Ce n'est pas vraiment par ces qualités que brille notre pilier. Il y manquera toujours ce qui fait la beauté des piliers des xiii« et siècles : le chapiteau et les colonnetles du deuxième ordre (1) soutenant les arcs de la voûte. Mais, je doute que le grès de Rodez se fût aisément prêté à la taille délicate des magnifiques corbeilles des chapiteaux à crochets ou à feuillage des xiii^ et xiv^ siècles. Et puis, l'architecte ne disposait que de ressources très-modiques. Ne pouvant tout avoir, il se contente de l'essentiel ; il vise à construire des piliers robustes sans se préoccuper de leur décoration.

Chacune des piles de tête des chapelles ne compte que pour une moitié de pilier isolé. On distingue trois variétés. Les onze premiers piliers du pourtour du chœur ont trois colonnettes avec une arête à filet plat (2) et même un semblant de chapiteau : colonnettes et chapiteau d'une maigreur et d'une sécheresse extrêmes. Le douzième pilier, du côté du sud, est complètement rond et très-gros. Les autres piliers des chapelles ne diffèrent en rien de ceux de la nef.

(1) Celles-ci ne sont pas même tout à fait absentes. Sur les piliers isolés du rond-point, les colonnettes assez trapues d'iibord, minces ensuite au-dessus du tailloir, qui vont soutenir les retombées des arcs rayonnants de la voûte , ressemblent quelque peu à des colonnettes du deuxième ordre.

(2) L'arête à filet marque le genre du xiv^ siècle. On la voit encore sur les colonnettes de la sacristie capitulaire et du portail septentrional. Quoique ces diverses parties de l'édifice soient bâties à des époques assez éloignées l'une de l'autre, il ne faut pas s'en étonner. En archéologie, les divisions ne sont pas rigoureusement chronologiques. Le style dit du xive siècle, à la cathédrale de Rodez , commence à la fin du xiiF siècle et se prolonge presque jusqu'à la fin du xv«. Il serait vrai de dire que le style proprement dit du xiii^ siècle ne s'y montre pas du tout.

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