CHAPITRE X
Touest la galerie est bordée de deux balustrades hautes et très-élégantes. La balustrade de l'ouest très-délicatement ajourée et d'un gracieux dessin est surmontée de créneaux Ce genre de décoration qui ne se voit qu'une ou deux fois à la cathédrale de Rodez, est au contraire, très-commun et très-caractéristique à l'extérieur de la cathédrale de Narbonne (1). La galerie du triforium, outre sa fin principale qui est de fournir un moyen d'accès et de circulation dans l'intérieur de l'église, en a une autre à l'extérieur. Elle est pavée en dalles ; ce dallage forme une très-utile coursière sous l'appui des fenêtres pour la pose et l'entretien des verrières.
Parmi les grandes églises du Rouergue, il n'y en a que deux, à ma connaissance, qui possèdent un triforium : l'ancienne abbatiale de Conques et notre cathédrale. Mais le triforium de l'église romane diffère beaucoup du triforium de l'église gothique. A Conques le triforium occupe toute la largeur des collatéraux. Sa voûte en demi-berceau forme un arc-boutant continu pour contrebuler la poussée du berceau central. La fonction du triforium est surtout déterminée ici par un besoin de stabilité; sa large arcature sert pour éclairer la nef. Dans la cathédrale de Rodez, au contraire, le triforium n'est qu'une étroite galerie de service adossée au mur de l'église, couverte en
(1) Mais outre la grandeur de son plan, ce qui donne à la cathédrale de Narbonne un aspect particuliiir, c'est la double ceinture de créneaux qui remplace les balustrades sur les chapelles, et qui réunit les culées Ues arcs-boulanls terminées en forme de tourelles. C'est qu'en effet, cette abside se reliait aux fortifications de l'archevêché et contribuait, du côt»^ du nord, à la défense de ce palais. C'était dans les villes du Midi un usage fréquent de fortifier les cathédrales. (VioUet-Leduc, H, p. 376.) Dans le Rouergue on munissait de fortifications les plus modestes églises de campagne, parce que les habitants s'y réfugiaient en cas de guerre. Voyez à l'Appendice ce qui concerne l'église de Vors.
l.*ÎO HISTOIRE DE LA CATHÉDRALE DE RODEZ.
dalles, sans lumière de l'extérieur et tout à fait indépendante des piliers et des arcs-boutants.
Fenêtres et roses. A l'étage supérieur, vingt-sept fenêtres, dont quinze au chœur et douze à la nef et trois grandes roses forment la partie éclairée, le clerestory, comme disent les archéologues anglais. Il y en a un nombre presque égal dans les chapelles. La petite rose et la claire-voie du tympan du portail sud doivent être comptées en plus. Toutes les fenêtres sont en ogive; elles ont une grande hauteur et une largeur en proportion. A la courbure du chœur , les fenêtres moins larges n'ont que deux baies séparées par un léger meneau. Plus loin, elles ont quatre baies et trois meneaux. Entre l'arc principal et le sommet des petits arcs trilobés (ces derniers sur le même niveau), le vide est rempli tantôt (au chœur) par des trèfles et des quatrefeuilles inscrits dans des cercles, tantôt (à la nef) par des découpures de pierre du style flamboyant.
Nous ferons plusieurs remarques sur les fenêtres, la première, c'est qu'au chœur et dans les deux premières travées de la nef, sur quatre baies deux sont bouchées et l'ont toujours été, car la maçonnerie fait partie du mur. On a voulu expliquer cette anomalie par la nécessité de n'off'rir aux vents du sud-est très-violents à Rodez, que des surfaces vitrées, aussi étroites que possible. Je trouve cette explication pour le moins insufTisante. Ce qui serait vrai pour les lenêtres du sud et du sud-est ne peut l'être pour les fenêtres du nord. Voici la seconde remarque. La fenêtre (exception pour les fenêtres du roiid-poini) n'occupe pas tout l'espace entre les piliers ; il y a de chaque côté une assez grande portion de inur. C'est une particularité étrangère aux cathédrales du