‹ Histoire de la Cathédrale de RodezChapitre 71 sur 152 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

Nord ; on la trouve à Limoges, à Clermont et à Narbonne. Le même système prévaut dans le clereslory inférieur. Aux chapelles absidales, par exemple, les fenêtres subissent toujours une diminution et n'occupent pas tout l'espace qu'elles pourraient prendre. L'architecte de Rodez reste fidèle aux traditions de la construction romane dans notre pays ; il semble avoir horreur des grands vides, et la solidité ne lui apparaît que sous la forme d'un mur en pleine pierre.

Les "trois grandes roses circulaires s'ouvrent dans les murs-pignons de l'ouest, du nord et du sud. Au-dessous il n'y a pas de fenêtres ; par exception, on en voit deux sous la rose du sud. Leur forme est identique. Les mailles de ces légers réseaux destinés à maintenir les vitraux, présentent un enchevêtrement des plus gracieux.

Voûte. Elle ne se distingue pas moins par sa parfaite solidité que par son élégance et par sa hardiesse. C'est une véritable voûte gothique. Nous allons dire ce qu'on entend par là. Remarquons d'abord qu'elle n'est pas d'une croûte homogène, mais qu'elle se compose de petites voûtes d'arête ou voûtains portant sur des arcs saillants. Il importe de faire connaître le nom et le rôle de tous les arcs qui entrent dans sa construction. Il y a premièrement les arcs-doubleaux jetés d'un pilier à l'autre et qui partagent la voûte longitudinalement en travées ou portions égales. Sous le rapport décoratif, les arcs-doubleaux, dans un but d'économie, sont simplement coupés à pans au lieu d'être moulurés. — Chaque travée ou portion carrée de voûte comprise entre deux arcs-doubleaux offre deux autres arcs qui se croisent diagonalement. On les appelle pour ce motif arcs diagonaux ou arcs d'ogive. Cette dernière expression vient-elle de ce que les arcs sont aigas? non, car si l'on y fait bien attention, on re-

marquera qu'ils le sont fort peu ou même pas du tout. Elle vient de la nature de leur fonction. En effet, les arcs d'ogive, essentiellement propres à l'architecture gothique, servent à augmenter, à renforcer, à doubler les arêtes de la voûte. Telle est le sens primitif du mol ogive ou augive ; il paraît dériver du verbe latin augere.

Aujourd'hui, par un singulier malentendu, tout le monde accepte le mot ogive comme expression de l'arc aigu. Il n'y a que fort peu d'années, les architectes ne leur donnaient pas une telle signification. M. Quatremère de Quincy, dans son Dictionnaire historique d'Architecture, publié en 1832, s'exprime ainsi : < Les ogives, dans les constructions gothiques, ne sont rien autre chose que les arêtes saillantes, au lieu d'être des arêtes sans saillie. » Au moyen âge, les arcs diagonaux, qu'ils fussent aigus ou non aigus, portaient seuls le nom d'ogives et leur disposition en croix, celui de croisée d'ogive. Les baux à prix fait dont nous donnerons le texte complet ou l'analyse à l'Appendice disent en langue vulgaire crosié ou crosoyé et en mauvais latin cruserius. Le mot ogive ou augive n'y est pas un« seule fois prononcé. Les maçons du Uouergue bâtissaient fréquemment des voûtes en croix d'ogive, c'est-à-dire des voûtes d'arêtes portant sur nervures, mais il ne paraît pas que le mot ogive soit jamais entré dans leur vocabulaire usuel. Les nervures rayonnantes du chœur, quand celui-ci était en ligne circulaire, ne pouvaient donner lieu à une croix d'ogive; nos maçons les désignent alors par le mol générique de branches, en patois branquas, (Voir plus loin les baux à prix fait des églises de Palmas et de Balsac). — Les arcs ogives plus minces que les arcs-doubleaux sont ornés d'un tore avec une arête saillante.

Enfin, dans chaque travée, les nervures appliquées au

Page 1