CHAPITRE X
lyse du contrat. Cet échiquier rouij^e et blanc, quoique d'une facture très-simple et peu dispendieuse, ne laissait pas que d'être original et pittoresque.
Par acte du ^0 novembre 1687, le chapitre passa marché pour le pavage de la cathédrale avec Antoine Sabatier, Jean Gousi, Pierre Hauguil, Jean Bories, maîtres maçons de Rodez et Jean Raynal, maître maçon du Pont, paroisse de Saint-Austremoine, aux conditions suivantes :
« Les entrepreneurs seront tenus de lever l'entier pavé des nefs et chapelles, autre toutes fois que celuy (qui) est dessous la grande nef depuis le parquet de l'auditoire, jusques aux quatrièmes piliers en allant au chœur, et remettre celuy qui pourra servir à réparer la dite église, et tirer de la carrière et faire porter le pavé qui y manquera; le tout de pierre blanche, bonne et suffisante, de l'épaisseur de demi-pied, qu'ils tailleront et poseront dessous la grande neÇ, à la sortie du chœur et aux entrées de la dite
église Le pavé sera tout uni. Le neuf sera de trois
pièces sur le tombeau de chacun de ceux qui ont droit de sépulture, et le pavé vieux qui pourra servir se posera à deux pièces sur chacun des tombeaux restant dans la dite église. Le quel pavé tant vieux que neuf, ils seront teneus de bien tailler, ranger, unir et niveler sur terre ferme, avec cette condition expressément convenue qu'en descendant du chœur, ils mettront trois rangées de pavé rouge, l'une au milieu de la grande nef, les autres deux le long des piliers d'un et d'autre, et jusques au pavé uni de l'auditoire et autres trois rangées du dit pavé rouge traversant la dite nef, l'une au devant des chapelles du polpitre et de Saint-Jean, l'autre au milieu, et l'autre près du susdit pavé uni de l'auditoire : le dit pavé rouge de l'épaisseur susdite (demi-pied) et de trois pans de largeur. Prix de l'ouvrage : cinq livres par canne carrée pour le pavé
neuf et 25 sols pour le pavé vieux » (Voyez Archives
de VAveyron^ tit. du chap. de Rodez, registre, f** 41.)
Chaire à prêcher, Cetle chaire en marbre et en plâtre, fixée au pilier par des crampons de fer, ne se présente pas bien dans notre sombre cathédrale gothique. Que dire en particulier de son iconographie? L'hérésie que la chaire de vérité est censée écraser, me paraît étrangement figurée par un personnage aux formes athlétiques et du sexe masculin. Il porte aisément son faix; il le porterait double au besoin. Surtout je ne le trouve pas suffisamment vêtu pour les yeux trop rapprochés des fidèles. — Et la statue de la Vérité faite de plâtre et placée en triomphatrice au sommet de Tabat-voix, peut-on voir rien de plus maigre, de plus sec et de plus insignifiant! — On dit que la chaire est un don de M&f Giraud, en 1836. Combien les trentehuit années qui nous séparent de cette époque ont apporté de changements dans les idées artistiques. Aujourd'hui personne n'oserait placer un semblable ouvrage dans la cathédrale, et je ne crois pas que sa disparition excitât de grands regrets
Voici ce qu'en dit M. Prosper Mérimée, un homme compétent, s'il en fût, dans ses Notes d^un voyage en Auvergne,, 1838 : « Il était impossible de trouver quelque chose plus en désaccord avec tout le reste de l'édifice, quelque chose qui fût plus complètement laid et ridicule. Cependant, cette ignoble construction a coûté fo^rt cher et le chapitre (l'évêque) de Rodez y a dépensé des fonds qu'il aurait pu consacrer à restaurer le jubé ou quelquesunes de ses jolies chapelles. »
Aspect intérieur. L'effet général de la cathédrale à l'intérieur est assez imposant. Qui n'admirerait le nombre et la longueur des piliers, la hauteur des archivoltes et la hardiesse de la voûte? Mais si l'on se place au fond de
chapitrp: X.
l'église (surtout à la tribune) et qu'on regarde vers l'abside, on sera particulièrement frappé du merveilleux coup-d'œil produit par le rayonnement des arcs ogives du sanctuaire, par ses longues fenêtres et par ses sveltes colonneltes. Le vaisseau est inondé de lumière. 11 n'y a presque pas de lignes horizontales ; tout est vertical, tout monte, tout paraît léger. Et cependant l'on se sent à l'aise sous cet immense couvercle de pierre, car tout annonce la stabilité, la solidité. Les piliers sont restés parfaitement d'aplomb; les voûtes n'ont pas une lézarde. L'ornementation, par malheur, ne répond pas à la perfection de la bâtisse. Voilà le défaut capital de notre cathédrale; la décoration y est presque nulle. L'architecture a systématiquement ij^gligé d'appeler à son aide ses sœurs si brillantes, la sculpture, la statuaire et la peinture. Aussi le monument paraît-il froid et sans vie. Il ressemble un peu sous ce rapport, aux vieilles églises romanes du Rouergue. — Le plan de la cathédrale est venu du nord comme celui de la cathédrale de Mirbonne, mais les architectes qui l'exécutèrent étaient du pays, et l'exécution s'en ressent quelque peu. Au xiif siècle, l'architecture romane dure encore en Rouergue. Plus tard même, les traditions romanes, en fait de décoration, ne sont pas encore abandonnées. Les petites portes bouchées du transept datant du milieu du xiv^ siècle, nous offrent une ornementation composée non de feuillages , mais seulement de figures d'animaux et de monstres.
Comme une des plus brillantes exceptions à cette théorie, nous citerons en passant l'église de l'ancienne abbaye de Beaulieu (canton de Saint-Antonin, Tarn-et- Garonne, autrefois du Rouergue) , bâtie vers le milieu du xiii« siècle : église gothique d'une très-grande pureté de
Style et dont l'ornementation végétale des chapiteaux et des consoles est presqu'entièrement empruntée à la flore du pays. L'église de Beaulieu et celle de Najac, sa voisine et sa contemporaine, prouvent que la cathédrale de Rodez ne fut pas le premier essai de style ogival dans notre province.