CHAPITRE XI
nef médiane. Leur naissance repose sur les contreforts ; le sommet arrive exactement au point où se réunissent les poussées des arcs intérieurs. Ils sont à deux volées. La première volée commence à un point d'appui intermédiaire lequel n'est pour ainsi dire que le prolongement de la pile de tête des chapelles. La seconde volée se trouve au-dessus de la partie mince des murs de séparation des chapelles. Une seule volée d'un si grand rayon aurait exigé des culées doubles ; grâce à l'appui intermédiaire, le contrefort moins gros n'a plus qu'à soutenir une pression diffuse, presque nulle.
Les arcs-boutants ont une seconde destination. Le caniveau qui les couronne sert comme d'aqueduc pour conduire rapidement à terre les eaux de pluie des grands combles. Dans plusieurs cathédrales, à Clermont notamment, les arcs doubleaux sont à deux étages et s'élèvent jusqu'à la corniche. A Rodez, il n'en esl point ainsi. Les eaux du comble arrivent sur les arcs-boutants au moyen de coffres verticaux en pierre ménagés dans le mur (1). Ce procédé qui n'est peut-être pas sans inconvénients à cause des infiltrations qui peuvent en résulter, a du moins l'avantage d'être simple, primitif et très-économique.
Gargouilles. Elles sont placées à l'extrémité des caniveaux des arcs-boutants dans l'axe des contreforts et s'appuient sur la tête même de ces contreforts pour lancer très- loin des murs les eaux pluviales. Un peu plus bas d'autres gargouilles reçoivent les eaux des combles des basses-nefs et des chapelles. Les gargouilles présentent des formes bizarres. Ce sont presque toujours des ani-
(1) Ces rainures verticales établies pour l'écoulement des eaux des comMes, datent de la première époque ogivale Plus tard les architectes changèrent de système. A la cathédrale de Rodez il s'est maintenu jusqu'au xvr siècle.
14i2 HISTOIRE DE LA CATHÉDRALE DE RODEZ.
maux accoupis sur le dos et projetant leur corps en avant. Au chevet de la cathédrale, on a refait de nos jours plusieurs gargouilles ; mais ces pastiches modernes sont lourds, pauvres d'inven,tion, sans caractère et sans style ; ils n'ont pas cet aspect réel et pour ainsi dire vivant si remarquable dans les exemples anciens.
Corniches et balustrades. La tablette ou corniche qui sert de couronnement à l'édifice a très-peu de saillie. Au chœur et au transept les profils consistent en des tores et des gorges. La corniche de la nef est ornée de feuilles entablées. Le glacis de la tablette est creusé en forme de cheneau pour réunir les eaux pluviales du grand comble. Le couronnement des chapelles est aussi simple que celui du chœur.
La balustrade qui surmonte la corniche du chœur et du transept (1) est formée de quatrefeuilles à lobes allongés, posés en diagonale et séparés par des montants verticaux. Un appui horizontal les relie tous ensemble. Après chaque groupe de trois quatrefeuilles, les montants verticaux se terminent par un fleuron. A la nef, sur les murs goutterots, il n'y a pas de balustrade ; l'absence de tout garde-corps rend ces étroites coursières effrayantes à parcourir.
La balustrade des chapelles diffère de la balustrade supérieure en ce sens d'abord qu'elle n'est pas fleuronnée. Autour du chevet les quatrefeuilles à lobes arrondis sont percés dans une dalle de champ et posés en carré. Plus loin, au sud et à l'ouest, sous un appui horizontal,
(1) Les balustrades du transept, côtés nord et sud, consistent en un mur plein. Aux angles s'élèvent des écbangeltes en dôme, posées sur des encorbellements. Elles servent pour élargir sur l'angle le chemin de ronde et n'ont aucun caractère défensif. Leur effet, au-dessus des portails, est 'l'ail leurs très-original et très-pittoresque.