CHAPITRE XI
un ornement contourné et flamboyant en forme de S remplace le quatrefeuille (1). Du côté du nord, la balustrade ajourée est remplacée par un garde-corps en mur plein.
Charpente et couverture du grand comble. Le chœur, le transept et la nef sont couverts par un comble en charpente très-haut, très-aigu et à pentes très-inclinées. La charpente consiste en une suite d'arbalétriers ou chevrons portant ferme avec entrait à la base, deux entrails retroussés, des esseliers, des jambettes et un poinçon. Il n'y a ni faitage ni pannes. Les voliges portent directement sur les chevrons et les maintiennent dans leur plan vertical. Les pièces de bois équarries à vive arête sont assez minces, relativement à leur longueur : 0,12 c. sur 0,15 c. partout. On y a suppléé en multipliant les fermes et en les plaçant à une distance de 35 centimètres l'une de l'autre. Le bois employé appartient à l'essence de chêne; il est de bonne qualité ; aussi dans cette immense forêt ne voit-on pas une seule toile d'araignée (2). — La char-
(1) Nous ferons une remarque intéressante sur la balustrade des deux dernières chapelles du chœur au sud. Celles-ci, nous le savons, datent de la fin du xiv* siècle. Pourquoi la balustrade, au lieu d*un quatrefeuille comme sur les premières chapelles du chœur , a-t-elle un ornement flamboyant comme les chapelles suivantes de la nef bâties plus d'un siècle après? La réponse à cette question ne se trouve que dans l'histoire de la construction de la cathédrale. Pendant longtemps ces chapelles furent couvertes seulement en charpente; les comptes de l'œuvre de 1459-1460 r.ittestent. A la fin du xv^ siècle, les derniers vestiges de l'ancienne cathédrale ayant disparu, on dalla les dernières chapelles du chœur comme toutes les autres, et pour la balustrade on employa l'ornementation de l'époque. De nos jours, M. Boissonnade, ancien architecte diocésain, s'est beaucoup moins gêné, A l'ouest, près des tours, il a mis une balustrade à quatre feuilles pareille à celle du chœur, non loin d'une ancienne balustrade à compartiments flamboyants. Les archéologues seraient déroutés, s'ils ne reconnaissaient pas facilement la facture toute récente du panneau.
i2) On a constaté le même lait, très- curieux, pour la cathédrale de
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pente est recouverte en grosses ardoises schisteuses du pays.
Couvei'ture des basses nefs et des chapelles. Sur les nefs latérales et sur les chapelles, sans excepter celles du chevet, au lieu d'une toiture de bois et d'ardoises, il n'y a qu'une terrasse dallée en grès. Cette surface, d'une faible inclinaison, presque plane, a fait donner aux terrasses le nom de /?/an(?/ec«. On trouve quelquefois ce mot dans les documents anciens sur la cathédrale. (Voir la note de la page 113.) Il est même encore usité dans la langue vulgaire du pays. — Le dallage pour la couverture des bas-côtés et des chapelles est peu ou point usité dans le Nord (cathédrale d'Évreux). Il existe dans le Midi aux cathédrales de Narbonne, de Limoges, de Clermont et de Rodez. M. Yiollet- Leduc voit là une tradition romane (1). Il est certain,
Clermont. Voir la Description archéologique et historique de cette cathédrale^ par P. D. L., 1865. L'absence des araignées est-elle uniquement due à la bonne qualité du bois de charpente?
(1) Cela tient-il au climat? non, car à Rodez, à Limoges et à Clermont;, il tombe autant de pluie et de neige que dans le nord de la France. Cela lient-il à cet abâtardissement trop fréquent dans le midi de l'architecture ogivale? Non, car les monuments dont il s'agit sont précisément de la meilleure époque (xiii^ et xiv« siècles) et du meilleur style, au moins Clermont et Limoges. « Ce curieux arrangement paraît toujours motivé par des circonstances particulières et par des convenances locales. En effet, à Limoges notamment, oîi l'ardoise était fort chère et la pierre inaltérable, il était tout simple de préférer un dallage à un toit, d'autant mieux que les avantages de cette mesure balançaient au moins les inconvénients. » Sur le dallage on pouvait établir des épures partielles du monument. Celles des cathédrales de Limoges, de Clermont et de Narbonne, ont été déjà signalées ou publiées. La cathédrale de Rodez n'en offre pas de semblables. Ces épures gravées dans la pierre et non dessinés à. la craie comme cela se pratique habituellement, restaient longtemps à l'usage des tailleurs de pierre pour lesquels les terrasses des bas-côtéa servaient de chantier. Les épures de la cathédrale de Limoges ne sont établies que sur la plate-forme des bas-côtés et des chapelles. On avait donc terminé les bas-côtés, nivelé et dallé leur extrados avant de construire la grande voûte. Telle fut à Rodez la marche ordinaire des travaux, Cela explique pourquoi la construction des chapelles marchait plus