CHAPITRE XI
à la bâtisse. C'est grâce à celte disposition que les vandales de 1793 ne purent pas les détruire complètement; les souches sont restées, et ces grossières silhouettes permettent encore de lire le sujet sculpté. Il représente l'histoire de l'Assomption et du couronnement de la trèssainte vierge Marie telle que la raconte la Légende Dorée. Trois épisodes occupent la zone inférieure du tympan : t° à la gauche du spectateur, la mort de la sainte Vierge ; les courtines du lit sont visibles dans l'angle ; 2° l'ensevelissement de Marie par les trois vierges qui lavèrent son corps sacré ; 3° à droite, son convoi funèbre.
Dans le tympan supérieur la sainte Vierge est assise sur un trône, à la droite de son fils, qui lui pose sur la tête une couronne apportée par un ange. Le trône consiste en un long et large banc avec accoudoirs ; le siège et le dossier sont décorés d'arcatures ogivales. De chaque côté du trône, deux anges aux grandes ailes sont prosternés dans l'altitude de l'adoration. De magnifiques dais pyramidés couvrent la tête de Jésus et de Marie. Dans la voussure six rangées d'anges ailés assistent à ce glorieux triomphe de la reine des cieux. Au sommet, des têtes ornées d'un nimbe crucifère marquent la présence des personnes divines. Dans les ébrasements du portail, six grandes niches vides aujourd'hui, trois de chaque côté, renfermaient six grandes statues auxquelles on ne peut assigner un nom. Mais il est presque certain, que sur le trumeau, à la place d'honneur, il y avait une statue de la sainte Vierge portant sur le bras son fils Jésus. C'était de rigueur sur un portail destiné à célébrer le triomphe de Marie.
Le portail nord nous a montré le style ogival du xiv' siècle dans toute sa pureté simple et sévère. Nous trouverons au portail méridional les luxuriants épanouisse-
ments du gothique flamboyant. Ce portail compris, à l'instar du portail septentrional, entre deux puissants contreforts est bâti entièrement en pierre calcaire. Il s'élève, non comme un placage mince et sans profondeur, mais en parpaing, sous un arc de décharge noyé dans le mur à une grande hauteur. La pierre blanche et fine tranche avec le grès sombre de l'édifice. L'archivolte du portail présente trois voussures supportées par autant de colonnettes. La première voussure est décorée à l'intrados d'une guirlande de festons trilobés. Un galbe très-haut et très-aigu couronne le portail. Ce galbe se termine par un panache. Les rampants du galbe sont garnis de feuilles enroulées. Toutes les moulures sont prismatiques. Le portail a deux ouvertures séparées par un trumeau et surmontées d'un linteau droit. Le tympan au lieu d'être obscur comme celui du portail nord est percé d'une claire-voie à compartiments flamboyants et vitrée. Au sommet du galbe s'ouvre une petite rose de forme très-élégante. Dans les retours d'équerre deux aiguilles prismatiques chargées d'ornements s'élancent des deux côtés de l'archivolte jusqu'au niveau de la rose.
Les statues jouaient un très-grand rôle dans l'ornementation de ce portail. Le bail à forfait de 1448 porte, qu'il devait y en avoir cent huit et plus au besoin. Je soupçonne que le chiffre est exagéré ou du moins que l'architecte a changé de plan et restreint le nombre des claveaux, car sur le portail on ne compte que quarantecinq niches ou culots, quinze dans le haut des voussures, seize plus grandes dans le bas, une sur le trumeau, quatre sur le tympan, huit près des rampants du galbe, un audessus de la petite rose.
Les figures disposées suivant la méthode du xv^ siècle étaient indépendantes de la niche où elles se dressaient.