‹ Histoire de la Cathédrale de RodezChapitre 8 sur 152 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

les perpétuant. Sur le sol sanctifié par les divins mystères, à la place de ces demeures où les fidèles s'étaient longtemps prosternés devant la croix persécutée, s'élevèrent donc les basiliques des cités, les chapelles plus modestes des campagnes. Là, souvent, les martyrs avaient souffert, souvent on y avait déposé leurs corps ou quelques restes précieux arrachés à la surveillance des païens. Tant de titres durent inspirer un profond respect pour les premiers sanctuaires et engagèrent à relever toujours les nouveaux sur les ruines des anciens. » Pour ne citer qu'un exemple, le pape Anaclet fit ériger à la mémoire de saint Pierre un premier oratoire sur le fameux cirque où Néron avait fait couler le sang de tant de chrétiens, et où reposait, en particulier, le corps du prince des apôtres. En 306, Constantin choisit religieusement ce même lieu pour y élever une basilique plus digne de son objet. Enfin, « vers le milieu du xv^ siècle, Nicolas Y en recommença la construction sur un plan nouveau, que Bramante devait modifier, mais toujours dans son enceinte primitive. — Cette remarque s'applique également à la basilique de Saint-Paul. Bâtie d'abord par Constantin sur le tombeau de ce Saint, Valentinien et Théodose la remirent en œuvre en 386, et, l'incendie de 1823 ayant

ruines remplissent l'enceinte du presbytère. Nous avons également reconnu des débris romains dans les fondations des églises de Bourdainville près Yvetot, et de Saint-Martin-l'Ortier, près Neufchâtel. La cathédrale de Bayeux est à che\al sur un grand édifice romain , parfait^ement reconnu en 1850. On dit la même chose de celle de Séez. Les légendes du diocèse de Rouen racontent que la cathédrale élevée par saint Mellon, au ive siècle, fut bâtie sur la maison du paien Précordius, converti par le saint évêque. La tradition ajoute que l'église de Saint-Paul de Rouen, remplace un ancien temple. En 1711, on a trouvé sous le maître-autel de Notre-Dame de Paris, un autel votif, consacré à Jupiter par les nautoniers de la Seine, Nautœ parisiace. Cette idée d'églises chrétiennes remplaçant les temples païens, a été soutenue et développée par M. l'abbé Frère, et il faut convenir que les faits lui donnent souvent raison. »

obligé de la réédifier, c'est encore de ses propres ruines qu'elle s'élève. »

Sans doute la possession du terrain, quelquefois l'existence des fondements déjà posés , et bien d'autres motifs de convenance, pouvaient entrer dans cette détermination, mais la principale cause, c'était, sans contredit, le motif liturgique. L'histoire nous a laissé des preuves incontestables du cas qu'on en faisait. « Eusèbe en cite un exemple remarquable qui s'était passé sous ses yeux. L'église de Tyr avait été saccagée par les païens, dans la persécution qui précéda la liberté chrétienne. Pas une pierre n'était restée sur une autre; on avait poussé la fureur jusqu'à défigurer la place du monument en y jetant les immondices de la ville. Aussitôt qu'il fut possible de la rétablir, l'évêque Paulin s'empressa de se mettre à l'œuvre avec son peuple, et quoiqu'il eût été facile de trouver dans cette vaste cité un autre lieu aussi favorable, il voulut néanmoins déblayer ces ruines et en reconstituer un temple qui rappelât d'autant mieux la victoire de l'Église. Cette coutume, une fois admise, devint une tradition imposante; il est peu d'endroits où elle n'ait été observée , et les documents archéologiques répandus de toutes parts, tendent continuellement à en justifier l'évidence. <.( De sorte qu'on peut généralement regarder comme assez bien établi qu'une église, si elle date du moyen âge et surtout du xi^ siècle, qui fut une époque de renaissance, doit avoir existé sur le terrain qu'elle occupe, dès les premiers jours de la prédication évangélique (1). »

Nous pouvons appliquer ce principe à la cathédrale de Rodez, et cela avec d'autant plus de raison, que, de l'aveu

(1) Histoire de la cathédrale de Poitiers, par le chanoine Auber, tom. I, pages 5 et suivantes.

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