CHAPITRE PREMIER
de tous nos historiens, elle existe sur son emplacement actuel depuis le vi^ siècle, c'est-à-dire depuis l'épiscopat de saint Dalmas, évêque de Rodez.
2° Une seconde raison qui prouve que la cathédrale de Rodez a toujours été là où elle est maintenant, c'est la présence autour de ce lieu des bâtiments voués à la religion, tels que l'évêché, la maison des chanoines et le baptistère.
M. de Caumont prétend que les anciens palais épiscopaux s'élevaient toujours à côté des cathédrales; c'est naturel. Les communications de l'évêque avec son église étaient ainsi rendues plus faciles. On pouvait, d'ailleurs, donner à sa demeure une orientation plus douce en l'abritant contre le vent du nord.
Les habitalions des chanoines étaient aussi groupées près de l'église cathédrale, du côlé opposé à celui qu'occupait l'évêché; elles étaient entourées d'une enceinte dont on fermait les portes chaque soir, dit encore M. de Caumont (i).
Or, il en était ainsi à Rodez au xp et au xip siècle ; il en devait être ainsi avant cette époque et au vi^ siècle, car il n'était pas facile de changer ces grandes constructions, et les déplacements étaient trop onéreux pour qu'on puisse croire qu'ils aient été tentés.
Enfin, pour le baptistère, nous croyons qu'il était aussi à côté de la cathédrale. On sait qu'il y avait, à peu de distance, vers le sud-est, une petite église appelée Saint- PierreAe-Doré . Elle a existé pendant tout le moyen âge et jusqu'à une époque assez rapprochée de la nôtre (2) .
(1) Abécédaire d'archéologie, architecture civile^ l^e édit., p. 71.
(2) Voir à la fin de ce chapitre quelques détails curieux sur l'église de Saint-Pierre-lé-Doré , et sur l'introduction des fonts baptismaux dans l'église de Saint-Amans.
On peut admettre qu'elle fut rebâtie plus d'une fois et qu'elle changea de destination à cause du changement des rites baptismaux ; mais ce lut là primitivement le baptistère, ce baptistère que saint Sidoine vint bénir au v^ siècle sur la demande du prêtre Elaphe. Comment expliquer autrement l'existence de cette petite église si près de la cathédrale?
30 Nous tirons une troisième raison de ce fait constaté par M. de Caumont : c'est que, dans les villes galloromaines, la cathédrale est souvent assise sur le bord de l'enceinte (1). Il en aurait été ainsi à Rodez, si on adopte notre système. L'enceinte de la ville a reçu très-peu de variations du côté de l'ouest. Les murs gallo-romains passaient à peu de distance des murs du moyen âge (2), et l'ancienne cathédrale, celle qui s'écroula au xiii^ siècle, était bien exactement placée sur le bord de l'enceinte.
Il nous paraît donc bien prouvé que la cathédrale de Rodez, bâtie à proximité du centre de la population, environnée jusqu'à notre temps de l'évêché, des habitations canoniales et du baptistère, a toujours conservé la place où furent d'abord creusés ses fondements.
Examinons maintenant les faits et les raisons qu'on oppose à la théorie que nous venons de développer.
On prétend que l'église de Saint-Amans fut primitivement la cathédrale, et que le siège épiscopal y demeura
(1) Bulletin monumental^ 1859, xxv^ vol., p. 63 C'est aussi l'opinion de M. Yiollet-le-Duc, dans son Dictionnaire de l'architeciure française, voL VII, p. 11.
(2) Il y a plus : de ce côté de la ville, les murs du moyen âge paraissent avoir été bâtis sur des murs gallo-romains. Le fort éperon placé au nord , pour épauler la maison servant naguère de caserne pour la gendarmerie, et qui probablement n'est qu'un reste de l'ancien rempart, s'élève en partie sur les fondations d'une vieille tour romaine. Ces fondations en petit appareil carré sont aujourd'hui cachées par la terre.