‹ Histoire de la Cathédrale de RodezChapitre 81 sur 152 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Le savant historien discute successivement toutes ces hypothèses, sans s'arrêter sur aucune. Comme je n'ai pas de solution meilleure à proposer, je passe vite et je me tais. Nous publions ci-contre un dessin très-exact de la figure et de la niche où elle est placée ; il fournira aux hommes d'étude le moyen de disserter à perte de vue sans quitter le coin du feu.

^ Le clocher. Cette superbe tour, merveille de Rodez et du Rouergue est bâtie sur le flanc septentrional de la cathédrale, près de l'abside. Sa position isolée, sans pendant du côté du midi, n'est pas commune dans les églises gothiques de France. Je ne sais pas, si on en pourrait citer une autre datant comme celle-ci de la fin du siècle (1).

La tour se divise en cinq étages voûtés légèrement en retraite les uns sur les autres. Le premier, au rez-dechaussée, forme la sacristie du chapitre. C'est une grande salle carrée de 8'", 04 de côté dans œuvre. Le deuxième étage, un peu moins élevé que l'autre, sert aujourd'hui de magasin de décharge. On y a trouvé, dit M. deBarrau, un moulin à bras, un 'four et d'autres ustensiles de ménage. Ne serait-il pas possible de reconnaître ici la

(1) Dans l'ancieiine catliédrale, le clocher s'élevait près du chevet. Cette tradition qui était très-vivante au xiv« siècle , a bien pu influer sur la position du clocher actuel. Mais le vrai motif , c'est sans contredit, le besoin d'une grande sacristie établie en dehors du plan de l'édifice. Pendant l'espace de 80 ans, ce service fut placé dans deux chapelles du chœur, comme c'est encore aujourd'hui aux cathédrales de Clermont et de Limoges. Les chapelles de Rodez ont un peu moins de profondeur que celles-ci. On dut reconnaître sans peine combien elles étaient insuffisantes pour leur destination provisoire. Comment donc s'étonner que le chapitre ait voulu bâtir sur un si vaste plan la tour du clocher, et qu'il ait voulu la bâtir dans l'endroit oii nous h -voyons, puisque encore à la fin du xive siècle, le tiers de la cathédrale était à peine construit et qu'il eut été très-difficile de trouver une situation plus convenable.

chambre destinées aux sonneurs-gardiens dont parle le règlement de 1424 pour la sonnerie des cloches (1)?

Ces deux premiers étages occupent presque toute la partie ancienne et carrée de la tour.

Les murs ont trois mètres d'épaisseur sans renfort d'aucune sorte, ni à Tintérieur ni à l'extérieur. L'appareil en pierredegrès est disposé comme celui de l'église. Les baies sont étroites et rares; l'ébrasement de la fenêtre est à l'intérieur. Une grande simplicité de structure et l'absence d'ornementation distingue cette partie inférieure du clocher.

L'œuvre de François d'Estaing commence au milieu du troisième étage. C'est un autre système de construction et de décoration. La tour passe du carré à l'octogone. Octogone irrégulier formé de quatre grands côtés et de quatre petits côtés. Ceux-ci portent sur des trompillons. Les angles restés libres entre le plan carré et le plan octogonal sont remplis par quatre svelles tourelles qui s'élèvent jusqu'au sommet du clocher et en changent l'effet perspectif. Le troisième étage renferme Toutillage de la sonnerie de l'horloge. Il y a de grandes fenêtres ogivales partagées en deux baies par un léger meneau. Le réseau de la fenêtre quoique appartenant au système dit flamboyant est d'un dessin très- gracieux. L'ébrasement est à l'extérieur.

Les cloches sont placées dans la chambre du quatrième

(1) M de Barrau croit que ces ustensiles furent mis la en prévision d'un siège. C'était prévoir de trop loin. Jamais ils n'ont servi à un pareil usage. Cependant, chose curieuse, à la fin du xvi^ siècle, on tient la poudre dans un coffre au clocher : « Monsieur le trésorier baillez et délivrez, s'il vous plaîcl, à Nogaret, trois soûls et quatre deniers qu'il a fournis pour avoir faict poiser la pouldre aux pois de la ville ou la fere pourler au coffre du clouctiier, et rappourlanl ce mandement vous seres alloués en bon compte. Faict à Rhodès, ce 21 juin 1595. » Archives de rAveyron, fonds du chapitre de Rodez.

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