CHAPITRE XII
profondeur. La bordure offre entre autres ornements un rang de petits arcs en plein cintre bien sculptés (1). Sur la bordure on lit l'inscription suivante, divisée en quatre parties de deux mots chacune :
Deusdedit episcopus indignus fierîjussit hanc aram.
Au xvif siècle, les prêtres qui desservaient la chapelle de Gilbert de Cantobre firent peindre sur le milieu de la table le mystère de l'Annonciation de la très-sainte Vierge. Notre-Dame porte l'enfant Jésus sur les bras ; deux anges s'inclinent tenant un lis à la main. Dans l'intérieur de la bordure sont écrits les mots et la date qui suivent :
Capellani de Cantobrio Hanc aram depingendam curarunt, 1662.
On trouve au musée de Rodez quatre belles colonneltes qui semblent avoir fait partie de Tautel et qui lui servaient de supports.
Maintenant, à quelle époque remonte cet autel? Question difficile à résoudre. Nos historiens locaux indiquent le vi^ siècle en s'appuyant uniquement sur le texte d'une pancarte que nous reproduisons in extenso dans les pièces justificatives. Mais ce texte tout affirmatif qu'il soit, ne peut pas être regardé comme un témoignage irrécu-
(!) Les ornements de la bordure rappellent certains détails du reliquaire du pape Pascai H, dans le trésor de Conques. Ce reliquaire date du xiP siècle.
sable (1). L'autel est ancien et peut dater des x»^ ou xi" siècles, voilà ce que tous les archéologues qui l'ont vu s'accordent à dire. Il faut remarquer que les données historiques concordent avec ce jugement. Trois évêques du nom de Deusdedit ont gouverné Téglise de Rodez pendant le X? siècle (2). L'autel est probablement dû à l'un de ces évêques, et nous ne serions pas étonné qu'il marquât l'époque d'une reconstruction de la cathédrale inconnue des historiens. Nous avons dit plus haut qu'il était difficile d'admettre que la cathédrale de Saint-Dalmas eût subsisté depuis le commencement du vi^ siècle jus qu'à la fin du xm«.
Une autre question reste à décider touchant cet autel. A-t-il servi dans la nouvelle cathédrale? Nous le croyons. Gomment n'aurait-on pas u ilisé un si beau meuble? Les titres sont muets sur ce point. En tous cas, l'emploi n'a duré que jusqu'au commencement du xvi^ siècle, car nous savons par une inscription qu'on lira plus bas, que François d'Estaing refit l'autel majeur. On l'a détruit en 1825 ; les débris de la table de pierre, longtemps relégués dans la cour du palais épiscopal, ont été recueillis dans le musée de l'Aveyron.
L'autel de François d'Estaing consistait en un massif de maçonnerie brûle. La table de pierre qui le surmontait a 2"^, 14 de long sur de large. Il n'y a
point d'ornementation à la surface. Les bords épais de 0"",27 sont taillés en biseau. Vers le milieu de la table,
(1) C'est pourtant sur ce seul texte, qui est loin d'être un document original, que nos historiens se basent pour affirmer l'existence de l'évêque Deusdedit 1«S au vi« siècle.
v2) Voir dans la Uibliothèqua de l'Ecole des Chartes^ t. IV, 5^ série, l'excellent mémoire de M. G. Desjardins, ancien archiviste de l'Aveyron, sur la série des évêques de Bodez, aux ix% x* et xr siècles.