CHAPITRE Xll
un trou carré long était creusé pour recevoir la pierre sacrée. Tout autour, entre deux moulures creuses, est gravée l'inscription suivante en grandes majuscules romaines :
R. iN XPO. P.D. FRACiSCUS DE STANO EPS. RUTHENE ARA HAC SOLO QUOD CERNiS SUA ETIaM OPE isTRUCTO iNSiTAM PiETissiE REGiE CELORU DONODEDIt. M.V.XXV DE NATALÏS ASSUMPTE viRGINiS PERFECTO OPERE.
L'autel était trop simplement construit pour demeurer nu. On le revêtait chaque fois de parements spéciaux en harmonie avec les vêlements sacerdotaux du célébrant : parements fort riches souvent, en étoffe ou en cuir doré, représentant des scènes de l'histoire sainte et les armoiries des donateurs. Ils étaient montés sur châssis avec rouleau mobile de manière à pouvoir être changés facilement de couleur, suivant les fêtes. Cet usage des devants d'autel en étoffes de couleurs différentes, existait encore en 4849 dans l'ancienne église abbatiale de Conques.
L'autel majeur possédait un rétable d'argent (rétable mobile) sur lequel nous avons recueilli des détails trèscurieux. Il fut donné à la cathédrale en 1465 par Guillaume de la Tour d'Oliergues^ ancien évêque de Rodez et patriarche d'Anlioche. C'est Hector Rayrome, orfèvre, argentarius, de la cité de Rodez qui en était l'auteur. Il pesait environ 132 marcs d'argent et coûta 51 écus. Il représentait l'Assomption de la très-sainte Vierge avec les douze apôtres (1). Cette indication prise dans la quit-
(1) Le 18 septembre 1465, Hector Rayrome, argentarius civitatis Ruthenensis, fit quittance au chapitre et à Guillaume de la Tour, ancien évêque de Rodez et patriarche d'Antioche, « de his omnibus in quibusteneri posset, quoquo modo, pro factura relabuli per ipsuœ operati et pausati
m HISTOIRE DE LA CATHÉDRALE DE RODEZ.
tance de l'orfèvre est assez obscure ; elle se complète par la description d'un rétable semblable que Guillaume de la Tour avait donné à la cathédrale de Clermont. « Au fond de l'autel, dit Jacques Audigier, historien d'Auvergne, s'élève une espèce d'armoire où sont renfermés les douze apôtres de vermeil, qui ont un pied et demi de haut; au milieu est la Vierge montant au ciel, environnée de chérubins, ayant au-dessous, d'un côté, la figure de Guillaume de la Tour, patriarche d'Antioche, et de l'autre, celle de saint Jean PÉvangéliste. Cet ouvrage, commencé en 1453, est un don de Guillaume de la Tour, seigneur d'Oliergues, évêque de Rodez et patriarche d'Antioche, lequel en avait fait un semblable à l'église de Rodez dont il fut élu évêque en 1419 (1). »
Les rétables de Clermont et de Rodez sont du même donateur, de la même époque, et probablement du même artiste. Ils donnent une haute idée de l'état de l'orfèvrerie à Rodez au xv«^ siècle, et du talent d'Hector Rayrome.
(( A la cathédrale de Bourges, suivant M. de Girardot (2), la custode surmontait le rétable : elle était suspendue à une crosse et protégée par un ciel que soutenait une corde descendant de la voûte, d II serait fort difficile de dire s'il en fut de même à la cathédrale de Rodez. Ce qu'il y a de sûr, d'après l'opinion des archéologues, c'est qu'aux xui^ et xiv^ siècles, il n'y avait pas sur l'autel, pour
ad altare majus ecclesie cathedralis Ruthenensis et per ipsam dominum Patriarcham donati, ponderantis circa VI"* et XII marchas argenti in quo est Ascensio Béate Marie cum XII aposiolis argenti et dictos dominos quittavit mediam sumraam quinquagenta unius scutorum ex resta dicte facture eidem debitorum et realiter in moneta currenti solutorura. » Archives de l'Averjron, fonds de l'évêché de Rodez. Registre, f" 36.
(1) Audigier est cité dans la Description de la cathédrale de Cler^ mont, par P. D. L.
(2) Voyez Annales archéologiques, t. IX, p. 89.