Duc d'Aiguillon (Armand de Vignerod du Plessis
Richelieu), 1769.
Cette compagnie, la plus ancienne de la maison rouge, paraît être identique avec une compagnie
de chevau-légers levée en 1670 par le roi de Navarre, et qui, sous la conduite de Vignolles d'abord et ensuite de La Curée, se signala partout aux côtés du Béarnais.
Elle fit d'abord corps avec la cavalerie légère, et dut par conséquent prendre Tordre du colonel général, ce qui déplut à La Curée. En 1593, une querelle s'éleva entre le capitaine et du Terrail, lieutenant-colonel de la cavalerie, pour le commandement. La Curée alléguait qu'il était le lieutenant du roi, tandis que du Terrail n'était que le lieutenant du duc d'Angoulême, et du Terrail maintenait que la véritable compagnie du roi était celle du colonel général, la compagnie de la cornette blanche. Le roi, qui avait bien d'autres embarras sur les bras, termina cette affaire en retirant ses chevau-légers du corps de la cavalerie. Les lettres patentes du privilège des 60 chevau4égers pensionnaires du Roy sont datées de Tours, i5 décembre iSgS. Cette affaire ne fut d'ailleurs complètement réglée qu'à la paix de Vervins.
Henri IV, qui n'aimait pas à payer deux fois, et qui tenait à cette compagnie composée de la noblesse la plus distinguée , la substitua aux deux très-anciennes compagnies desgentilshommes à bec de corbin, qui ne furent pas supprimées, mais qui ne furent plus convoquées que pour figurer dans les grandes cérémonies.
ChevaU'légers de la Garde. 227
Cependant cette compagnie était toujours une charge pour la bourse du roi. En 1609, Sully voulut la transformer en compagnie de gendarmes, ce qui Tinscrivait de droit au registre de l'ordinaire des guerres. La Curée résista et gagna son procès.
Il s'éleva des contestations assez graves quelques années plus tard, lorsque Louis XIII fit passer, en 161 1, dans la garde les gendarmes qu'il avait eus comme Dauphin. Dans ce temps, le titre de gendarme était supérieur à celui de chevau-léger, et les gendarmes arguaient de ce titre pour avoir le pas suf les ehevau-légers. Ceuxci faisaient valoir leur ancienneté et leurs services ; ce qui était bien quelque chose. Le roi leur offrit encore le titre de gendarmes, ce qui les eût maintenus d'emblée au premier rang, mais ils tenaient au nom sous lequel ils s'étaient illustrés. Louis XIII ne se tira de ce conflit qu'en cassant un jour les ehevau-légers et en les rétablissant le lendemain.
A cela près, ces deux troupes furent constituées sur un pied complet d'égalité, et servirent toujours ensemble. On ne saurait signaler entre elles d'autres différences que la couleur des boutons que les ehevau-légers portaient d'argent , et certaine proportion de galons d'argent mêlés aux galons d'or qui ornaient l'habit et l'équipage. Ainsi les boutonnières, le petit galon intérieur du chapeau et la bordure de la housse étaient d'argent.
Les étendards des chevau-légers, blancs comme ceux des gendarmes, portaient en tableau des géants écrasés par la foudre, et cette devise : Sensere gigantes^ les géants Vont senti^ bien supérieure à celle des gendarmes, qui peut se traduire ainsi : Sur qui le courroux de Jupiter nous ordonne-t-il de tomber? Cette dernière devise prouve incontestablement la bonne volonté des gendarmes, mais elle ne dit pas qu'ils eussent déjà, comme les chevau-légers, fait leurs preuves. Ces devises remontent sans doute à Tépoque des contestations des deux compagnies pour le rang, et sont certainement Tœuvre d'un homme d'esprit.
Les chevau-légers, comme les gendarmes, avaient leur- hôtel à Versailles. Ils ont été licenciés en même temps qu'eux, en 1787 et en 181 5.
Le quatrième capitaine-lieutenant des chevaulégers de la garde, marquis de Saint-Mégrin, a été tué en i652 à la bataille du faubourg Saint-Antoine.