LES RÉGIMENTS TEMPORAIRES
Nous avons essayé de faire entendre les causes très-diverses qui s'opposaient, à la fin du xvi® siècle, à un établissement régulier du service des troupes à cheval. Ce qui avait été relativement simple et facile pour Pinfanterie présentait pour la cavalerie des difficultés énormes, dont le temps et les progrès de la puissance royale pouvaient seuls venir à bout. On connaissait dès Tépoque des guerres civiles la valeur des masses de cavalerie ; on avait l'exemple des régiments de cavalerie allemande et italienne ; on avait même réussi plusieurs fois à grouper, à idÀT^ escadronner ensemble un jour de bataille plusieurs compagnies de cavalerie française, mais aussitôt après il fallait tenir compte des exigences des capitaines, de leurs rivalités, de leurs méfiances à l'égard de tout ce qui pouvait porter atteinte à leur indépendance et à leurs intérêts. Richelieu, l'inflexible Richelieu se brisa, c'est tout dire, contre de pareilles difficultés, et il ne fallut rien moins que
Tabsolutisme de Louis XIV, arrivé au faîte de sa gloire et de sa puissance, pour éteindre les traditions de la chevalerie, triompher des prétentions de la noblesse et réduire la cavalerie à la subordination. Encore n'est-il pas certain que Louis XIV ait pleinement réussi, et qu'il ne soit pas resté, après tant de révolutions et d'instructives leçons, dans l'esprit du cavalier que l'homme à cheval est quelque chose de plus que l'homme a pied.
A la paix de Vervins, Henri IV n'avait conservé que la cavalerie de sa garde, composée des 4 compagnies des gardes du corps, de ses fameux chevau-légers et de loo arquebusiers et carabins, et 19 compagnies ordinaires réduites à 25 ou 3o maîtres. Le tout présentant un effectif total de i,5oo chevaux.
Pendant les dix années relativement tranquilles de son règne, de 1600 à 16 10, il n'ajouta rien à sa cavalerie. S'il augmenta sa garde, le 14 décembre 1602, d'une compagnie de gendarmes destinée au service du Dauphin, ce fut aux dépens des compagnies ordinaires, et tout porte à croire que ce fut la compagnie du maréchal de Biron, décapité le 3i juillet précédent, qui fournit les éléments de celle du Dauphin.
Lorsque la régence de Marie de Médicis et le règne des favoris firent renaître les guerres civiles^ la division par compagnies franches s'accommodait trop bien avec les passions et les intérêts des
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capitaines pour qu'il fût facile d'amener ceux-ci à renoncer à leur indépendance. Dans un temps où chacun était jaloux de jouer un rôle, et où la pénurie du Trésor n'assurait à personne le payement d'une solde régulière, tout gentilhomme qui pouvait entretenir 25 hommes à cheval, faire flotter sur ce maigre peloton une cornette à ses couleurs et se donner le titre de capitaine, tirait de sa compagnie le meilleur parti possible, et s'attachait, celui-ci au roi, celui-là à la reine mère, un autre au favori quel que fût son nom, Concini ou Luynes, un autre enfin aux seigneurs et princes mécontents. Puis vinrent l'insurrection des protestants de La Rochelle et du Midi, les sourdes mésintelligences de Richelieu et de Louis XIII, et plus tard les intrigues de la régence d'Anne d'Autriche et de la Fronde, qui perpétuèrent le désordre.
Voilà pourquoi l'organisation des troupes à cheval a été de cent ans en retard sur celle des troupes à pied.
Sully s'était proposé, lorsque les plaies de la France seraient cicatrisées, de constituer les forces noçmales de l'armée, entretenue sur le pied de 5o,ooo fantassins et de 8,000 cavaliers. On remarquera que ces chiffres sont dans la proportion admise encore aujourd'hui. Dans les préparatifs faits par Henri IV, en 16 10, en vue d'une lutte avec la, maison d'Autriche, le chiffre de la cava-
lerie devait être porté à 8,600 chevaux, parmi lesquels aurait figuré un régiment lorrain composé de 6 compagnies de 100 chevaux chacune et commandé par le comte de Vaubécourt. C'est à très-peu près le régiment de cavalerie moderne. Peut-être le roi eût-il organisé sa cavalerie nationale sur ce modèle. Son assassinat, accompli au milieu des préparatifs de la guerre, laisse ce point à rétat de question.
Le premier fait important concernant les troupes à cheval, que Ton rencontre sous le règne de Louis XIII, c'est Torganisation systématique du service des carabins, remplacés plus tard par les dragons, qui jusque-là n'avait eu d'autre règle que la fantaisie des capitaines, sinon celle des soldats. La cavalerie légère, depuis longtemps déjà, avait adopté les armes à feu, mais ces armes étaient médiocres, de modèles divers suivant le caprice de chacun, et les cavaliers ne savaient pas s'en servir. En 161 5, il fut ordonné à chaque compagnie de chevau-légers de s'adjoindre une bande de carabins commandée par un lieutenant. Ces carabins devaient être par conséquent des tireurs experts. La mesure palliative qui fut prise en 161 5 a été répétée bien des fois depuis. Nous avons vu de nos jours un escadron de tirailleurs dans les régiments de lanciers, et par réciprocité un escadron de lanciers dans les régiments de chasseurs à cheval.
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L'innovation de i6i5 eut les conséquences qu'elle pouvait avoir : seulement ces conséquences mirent un long temps à se développer. Les chevau-légers , froissés de cette adjonction des carabins, attribuaient naturellement et exclusivement la réputation de supériorité dont ceux-ci jouissaient à la supériorité de leur armement, et ils abandonnèrent leurs arquebuses pour se donner le mousqueton. Les carabins dès lors n'avaient évidemment plus rien à faire dans les compagnies de cavalerie. Aussi les réunit-on devant La Rochelle en 1621, pour en former un corps séparé de la cavalerie, sous le commandement d'Isaac Arnauld de Corbeville, qui fut investi le jer avril 1622 du titre et de la charge de mestre de camp général des carabins, subordonné au colonel général de la cavalerie légère. Le corps des carabins, composé d'un ou de plusieurs régiments, a existé, sans interruption depuis cette époque, jusqu'à l'année 1661. Arnauld de Corbeville eut pour successeurs dans la charge de mestre de camp général des carabins :
24 octobre 1654. Claude- Absalon-Jean-Baptisted'Aspre-
mont , marquis de Vandy ;
18 avril i658. Nicolas de Béautru, marquis de Vau-
brun ; janvier 1660. Louis, comte de Quincy.
Les carabins furent réformés en 1 66 1 , mais
Quincy conserva la charge à titre honorifique avec les appointements qui y étaient attachés, et la vendit en décembre 1684 au comte de Tessé, mestre de camp général des dragons. Voici comment Taigre duc de Saint-Simon raconte cette affaire : « Il (Tessé) s'étoit fait un protecteur décteré « de M. de Louvois par ses bassesses, son dévoue* « ment et son attention à lui rendre compte de « tout, ce qui ne servit pas à sa réputation, mais à *« un avancement rapide... D'une charge c^onne « de général des carabins qui n'existoient pluï, « il s'en fit une réelle de mestre de camp général « des dragons, qui le porta à celle de colonel gé- « néral. »
Nous donnons ailleurs la liste des colonels généraux et mestres de camp généraux du corps des dragons.
Il n'y eut jamais de commissaire général pour cette arme. Le grade de brigadier, antérieur à la création définitive des dragons, rendait cène charge inutile, comme il sera expliqué plus loin.
Pendant le long blocus de La Rochelle, qui fol, comme on sait, une école de guerre, le cardinal de Richelieu obtint un point réellement important. On n'était plus au temps des compagnies de 1 00 hommes d'armes : les compagnies de cavalerie étaient nombreuses, mais d'une force trèsvariable, quelques-unes très-faibles. Tirant habilement parti de la responsabilité et des dangers
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que pouvait, faire courir le service de piquet et de grand'garde, il amena les capitaines des compagnies les moins fortes à se réunir par 2, par 3 et par 4 pour former des escadrons de 100 chevaux ^u moins.Dans ce iliode de réunion, le commandoaaent revenait alternativement -et par jour à chacun des capitaines dont les compagnies escadronnaient ensemble. Par la suite, Tescadron devint Tunité tactique des troupes à cheval, comme le bataillon fut Punité tactique des troupes à pied, et Tescadron se composa de 2, 3 ou 4 compagnies distinctes, ayant chacune leur étendard qui marquait leur droit à Tindépendance, mais qui par le fait s'accoutumèrent à obéir au capitaine le plus ancien.
Cet usage de faire escadronner ensemble plusiwjTs compagnies s'est maintenu dans la maison du roi et dans la gendarmerie de France, restées, jusqu'en 1788 formées en compagnies indépendantes.
Une ordonnance royale du 29 septembre i633 prescrivit que les compagnies de cavalerie, qui se distinguaient en vieilles et nouvelles compagnies, ne fissent plus à l'avenir qu'un seul corps, et que les capitaines qui achèteraient des compagnies vieilles prendraient la queue de toutes celles qui étaient sur pied le jour de l'achat ou de la commission.
Cette ordonnance a plus de portée qu'on ne
serait tenté de Tadmettre aujourd'hui. C'était un coup très-rude porté à la propriété et aux préteittions de la noblesse. Il n'est pas besoin de dire ce qu'étaient les compagnies nouvelles. Quant aux compagnies anciennes, c'étaient celles qui avaient survécu aux réformes de Henri IV, ou bien des compagnies rétablies depuis 1610 par des capitaines ou des familles qui avaient autrefois possédé des compagnies d'ordonnance, et qui entendaient ainsi relever bannière, reprendre leurs anciens rangs et privilèges, et tout au moins maintenir le haut prix des compagnies vieilles qui se vendaient beaucoup plus cher que les nouvelles. Cette ordonnance paraît, du reste, avoir été motivée sur ce fait que le roi, à l'insu du cardinal, venait d'accorder à M. des Roches-Baritaut une compagnie qu'avait autrefois possédée son père, et d'autoriser M. de la Clavière à acheter la compagnie de M. de Montgon. Cela ne faisait pas le compte de Richelieu qui cherchait alors les moyens de détruire les privilèges, de réduire les capitaines de cavalerie à l'obéissance et de réunir les compagnies en régiments.
Sa première tentative ouverte dans cette voie fut le règlement donné le 3 octobre* 1634, à Saint- Germain en Laye, qui eut pour objet de donner une forme définitive et régulière aux essais tentés devant La Rochelle et de former la cavalerie en esquadt^es de 100 chevaux environ.
Les Régiments temporaires.
£)'après ce règlement, les troupes à cheval françaises devaient se trouver constituées en 91 esquadres de cavalerie et 7 esquadres de carabins, savoir :
CAVALERIE LÉGÈRE
M. le cardinal.
M. le prince.
Cardinal de La Valette.
Colonel général.
Mestre de camp général.
Bligny.
Laurière.
Massabeau.
Viantes.
Des Roches Saint-Quentin
Canillac.
Hocquincourt.
Boissac.
Corvou.
Beauregard.
Au baye.
Moulmet.
Chamberet.
La Chapelle- Balou.
La Ferté-Sennectère.
Villeneuve.
La Luzerne.
Lignon.
Vatimont.
Le Terrail.
Raslain.
Lénoncourt.
Brouilly.
Francières.
La Courbe.
Beauvau.
La Force.
BrézoUes.
^Feuquières.
I^a Valette.
Duhams.
Saint-Simon.
Guiche.
Fourilles.
Gesvres.
Chappes.
Du Tour.
Pont-Courlay.
Tivolières.
Saint-Chamond.
Cluys.
Bonneterre.
Assérac.
Saint-Aignan.
Du Jour.
Des Roches-Baritaut.
La Clavière.
Scoti.
La Noue.
Ayen.
Saint-André.
90 Histoire de la Cw^alerie.
Aiuon ville.
CUnviile.
Beaupré.
Boury.
ProÊsy.
Disimieux.
Chémerault.
Berneuil.
Estoges.
Vit taux.
La Trousse.
Villequier.
Montbas.
Boufïlers.
Marolles.
Lignières,
Poyanne.
Romény.
Rochefort.
Contreville.
Harambures.
HeiUy.
Saint-Mégrin.
Linars.
Roquelaure.
Plissonnières.
Chfabot.
Esquancourt.
Requiem.
Rou ville.
Saint-Martin.
La Meilleraye.
Vitanval.
Orgeru.
Tourville.