‹ Histoire de la cavalerie françaiseChapitre 11 sur 68 · Martin (Isidore), 6 août · texte numérisé non relu

Martin (Isidore), 6 août

Ce régiment est d'une origine beaucoup plus ancienne que celle que la tradition lui a attribuée. Il n'a pas été formé le i5 février 1659 par le comte, depuis maréchal de Vivonne, mais simplement reconstitué, et il est identique avec le régiment des Dragons du Cardinal, 'formé le 27 mai i635, ainsi qu'on va le voir.

Le régiment des Dragons du Cardinal est le premier des six régiments de dragons que Richelieu fit organiser en i635 par la réunion des compagnies de carabins alors sur pied. Il s'en fit le mestre de camp, lui donna le titre de Dragom du Cardinal^ et mît à sa tête pour le commander, en qualité de mestre de camp-lieutenant, le comte

de Quincé. Le régiment fut envoyé la même année à Parmée que commandait sur le Rhin le cardinal de La Valette. Il était sur le pied de cinq cents chevaux, et prit part au secours de Mayence, au combat de Vaudrevange et à la retraite sur Metz. Réduit en compagnies le 3o juillet i636, comme tous les autres régiments français, il fut rétabli avec les mêmes compagnies le 20 janvier i638, sous le titre de Fusiliers à cheval de Son Éminence. On le désigna habituellement sous le nom de Son Éminence pour le distinguer de Tautre régiment de Richelieu, devenu Royal, qu'on appelait Cardinal-duc.

Son Eminence fit la campagne de i638 en Flandre, au siège de Saint-Omer. Il fut très-vivement engagé au combat de Polincove,.où fiit tué son mestre de camp-lieutenant, des Roches-Saint- Quentin. Avec son nouveau chef, M. de Moisson, il fit en 1639 le siège d'Hesdin et en 1640 celui d'Arras. On le voit en 1641 sous les ordres de La Mothe-Saint-Cyr, à la prise d'Aire, de La Bassée et de Bapaume. A la mort de Richelieu, Il devint comme Royal la propriété du roi et changea de mestre de camp-lieutenant. Son nouveau chef, le marquis d'Esclainvilliers, le commanda à Rocroi et à Thionville en 1643. Une ordonnance du I ®' août de cette année lui donna le titre de Fu^ siliers à cheval du roi. L'année suivante, on le voit au siège de Gravelines, où d'Esclainvillieri

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eut une jambe emportée par un bqulet de canon. En 1645, il sert aux sièges de Cassel, Mardyck, Lencke, Bourbourg, Menin, Béthune ef Saint- Venant, et le 1 5 octobre il est rendu à son précédent chef, La Mothe Saint-Cyr, qui n'avait été écarté que parce qu'il avait eu la confiance de Richelieu. D'Esclainvilliers venait d'ailleurs d'obtenir l'autorisation de lever un régiment de son nom, celui qui est devenu le Commissaire général.

Le 16 février 1646, le régiment des Fusiliers à cheval du Roi est transformé en régiment de cavalerie ordinaire et il s'appela désormais le régiment du Roi. Il sert cette année sous ce nom aux sièges de Courtrai, de Bergues et de Dunkerque, côte à côte avec le régiment Royal, ce qui n'a pas peu contribué à jeter la confusion dans l'histoire de ces deux régiments, les gazetiers de ce temps-là ne se piquant pas plus d'exactitude en ces matières que les journalistes d'aujourd'hui.

Le régiment du Roi est, en 1647, aux sièges de La Bassée et de Dixmude, en 1648 à ceux d'Ypres et de Fumes et à la bataille de Lens. Pendant l'hiver suivant, il est employé au blocus de Paris et il fait la campagne de 1649 devant Cambrai et Condé. En i65o, il compte 12 compagnies et il est placé sous les ordres de M. de Campférand, qui le conduit en Guyenne et contre Bordeaux insurgé. Il demeure deux ans dans cette

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province, et vient au mois de novembre i65i s'établir dans le Nivernais et le Berry, agités eux aussi par les troubles des frondeurs. En i653, il passe en Champagne et fait le siège de Sainte- Ménehould. On le trouve en 1 664 en Flandre^ à la prise d'Arras et du Quesnoy, et en i655 à ceUe de Landrecies, de Condé de Saint-Ghislain. Devant Landrecies, le mestre de camp-lieutenant de Campférand et les capitaines Verdelin, Montpezat et Gédoin se distinguent; le dernier est blessé deux fois. Le 16 août i656, le régiment soutient un combat malheureux devant Valenciennes et il y perd un étendard. Le roi le passa en revue à La Fère le ir juin 1657, en même temps que d'autres régiments qui lui appartenaient en propre et il en fut content^ car il raconta à M**® de Montpensier, qui nous a conservé ce détail, qu'il y avait quantité de trompettes « les meilleurs du monde. » En 16 58, le régiment est au siège de Dunkerque et à la bataille des Dunes. Placé après cette affaire dans les garnisons de Flandre, il y subit une réforme qui eut probablement pour objet de réduire le nombre de ses compagnies et de ne conserver que les éléments d'élite. Il était à Menin, quand il fut donné au comte de Vtvonne. Il quitta Menin en février 1660, pour venir en Picardie. Cest de là qu'il partit en 166 5 pour aller avec d'autres troupes protéger la Hollande. Il demeura dans ce pays

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pendant toute Tannée 1666, et en 1667 il vint prendre part à la conquête de Flandre. Il fut employé au siège de Lille. Il était alors composé de 9 compagnies, qui passèrent Thiver à Audenarde, et qui firent en 1 668 la campagne de la Franche- Comté.

La compagnie franche de chevau-légers du comte de Gacé y fut incorporée le 9 août 167 1.

Rétabli le 4 février 1672 sur le pied de tous les grands régiments, c'est-à-dire à 6 compagnies, le régiment du Roi passe en Flandre, contribue à la conquête de la Hollande et fait, en 1673, le siège de Maëstricht. En 1674, il est désigné pour l'armée du Rhin, et il combat à Sentzheim, Einsheim et Mulhausen; en 1676 et 1676, il est aux affaires de Turckeim, Altenheim, Haguenau, Saverne et Kokersberg,,et il fait le siège de Fribourg en 1677. Il termine cette guerre en Flandre, à la prise de Gand et d'Ypres, et à la bataille de Saint-Denis. Le mestre de camp-lieutenant marquis d'Espiez avait été tué en 1676 au siège de Valenciennes, où il servait en volontaire.

En 1681 le régiment est au camp de la basse Alsace, et en 1682 au camp d'Artois. En 1684, il couvre les opérations du siège de Luxembourg^ il passe les années i685, 1686 et 1687 au camp de la Saône, et en 1688 il se rend à Tannée d'Allemagne , sert aux sièges de Philisbourg , Mannheim^, et Franckenthal, et participe à toutes

les affaires plus ou moins glorieuses qui eurent le Pâlatinat pour théâtre. *"

Appelé en Flandre en 169 1, le régiment du Roi est au combat de Leuze cette année, au siège de Namur et à la bataille de Steenkerque en 1692, à celle de Neerwinden en 1693, à la prise de Tongrès et au bombardement de Bruxelles en 1695, au siège d'Ath en 1697, et en 1699 il fait partie du camp de Coudun, près de Gompiègne.

Il revient encore à Tarmée de Flandre en 1701, prend part en 1702 au combat de Nimègtie, et en 1703 au siège de Tongres et au combat d'Eckeren. Il passe en 1 704 sur la Moselle, puis en Allemagne, et se trouve à la défaite d'Hochstedt. Revenu sur le Rhin, il défend TAlsace avec Villars jusqu'à Tannée 1709, fait quelques courtes apparitions en Flandre et arrive définitivement sur cette frontière, pour assister à une déroute, à Malplaquet. La fortune change en 171 2, et le régiment est à Denain. Il va terminer cette guerre sur le Rhin, devant Landau et Fribourg.

Le régiment du Roi a fait la campagne d'Es* pagne en 1719, et a servi à la prise de Fontarabie, de Saint-Sébastien, d'Urgell et de Roses.

Pendant la guerre de la succession de Pologne, de 1733 à 1735, il a fait partie de Tarmée du Rhin. En 1738, il tenait garnison à Phaisbourg et Sarrebourg.

En 1 74 1 , il fait partie de Tarmée de Westpha-

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lie. II est cité à la bataille de Dettingen et à la défense de P Alsace en 1 748 ; nous le retrouvons en 1744 aux sièges de Menin, Ypres et Furnes, et au camp de Courtrai ; à la bataille de Fontenoy, et à la prise de Tournai, de Termonde et d'Ath, en 1745.

C'est à cette campagne de 1 745 que se rapporte un épisode de guerre, très-honorable pour un offi- ' cier du régiment. Le 7 juillet, deux mois après Fontenoy, le maréchal de Saxe, ayant résolu de prendre Gand, fit marcher quelques troupes sur la chaussée d'Alost pour observer les mouvements de Tennemi, pendant qu'un corps filait droit sur Gand. Le capitaine Barnier de Saint-Sauveur était placé de grand'garde avec 5o maîtres, à côté de la chaussée, entre Mesle et Gand, quand tout à coup éclate une vive fusillade. C'étaient les Anglais qui surprenaient le régiment d'infanterie de Crillon. Déjà les avant-postes étaient culbutés et le canon pris. L'ennemi, sans perdre son temps à poursuivre cet avantage partiel, se lançait vivement dans la direction de Gand, qu'il avait mission de secourir, et il allait réussir sans l'audace de Saint-Sauveur. Il se jette au-devant des Anglais, non pour les vaincre, mais pour les retarder et donner le temps à l'armée éparse de se rassembler. Avec ses 5o cavaliers, il engage une lutte terrible contre les premiers escadrons anglais, et leur tient tête assez longtemps pour voir arriver le

régiment d'infanterie de Normandie à son secq^^s et les Anglais en déroute. Saint-Sauveur fiit présenté à Louis XV, qui le fit asseoir à sa table et but à la santé du capitaine. M. de Saint-Sauveur est devenu à T ancienneté lieutenant-colonel de son régiment, et, quand les forces lui manquèrent, il se retira dans son pays, à Alais, avec une pension de i,ooo livres!

Le régiment du Roi assista en 1 746 à la prise de Bruxelles et de la citadelle d^ Anvers et à la bataille de Raucoux. Il était en 1747 à la bataille de Lawfeld, et en 1 748 au siège de Maëstricht. Depuis ce moment jusqu'à la guerre de Sept ans, on le trouve en 1 748 à Rennes et Ploërmel, en 1749 à Pontivy, en 1760 à Béthune, en 1751 à Laon, en 1762 à Landrecies, en 1753 au camp de Mezières, puis à Nogent-le-Rotrou, Mortagne et Laigle, en 1764 à Maubeuge, en 1765 àCharleville et Mezières, en 1756 à Saint- Dizier, et c'est de là qu'il est parti pour rallier l'armée du Hanovre. Il fut remarqué à la bataille d'Haastembeck en 1757, au combat de Bork en 1758, et au combat de Westhoven en 1761. Le régiment d' Archiac y fut incorporé en 1 76 1 , et le régiment du Roi a été réorganisé le 14 avril 1763, conformément à la nouvelle ordonnance.

Depuis la paix, il a tenu garnison en 1762 à Moulins, en 1763 à Périgueux, puis Castres et Alby, en 1764 à Bergues, en 1767 à Bourges,

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en 1768 à Lille, en 1770 à Provins, en 1772 à Lons-le-Saulnier, en 1773 à Douai, en 1775 à Joinville et Vassy, en 1776 à Laon, Marie et Chauny, en 1778 à Strasbourg, en 1779 à Metz, puis à Clermont, en 1781 à Laon, en 1786 à Béthune, en 1787 à Hesdin, en 1788 à Saintes, en 1791 à Poitiers et Saint-Maixent, et en 1792 à Rambouillet, Étampes et Guise. Il était devenu le 6® régiment, de cavalerie.

Il fit avec Tarmée du Nord, après le bombardement de Lille auquel il assista, la conquête de la Belgique et passa Thiver à Anvers. Il est en 1793 à la bataille de Hondscoote. A partir de 1795, il est à l'armée de Sambre et Meuse, et en 1 798 aux armées d'Allemagne jusqu'à la paix de 1802. Il se fit remarquer au combat d'Hockheim le 29 Juillet 1796, au combat sur la Selz la même année, à la bataille d'Hochstedt et au passage du Danube, en 1800. A la paix, il occupe successivement les garnisons de Maubeuge, Landrecies et Avesnes, Mons, Thionville.

Cuirassé dès 1802 et devenu 6® de cuirassiers en i8o3, il est employé à l'armée d'Italie de 1804 à i8o6 et séjourne habituellement à Lodi-, en 1807 et 1808, il est au 3® corps de réserve de la grande armée; en 1809, il fit partie du corps de cavalerie de réserve de l'armée d'Allemagne. De 1810 à 1811, il s'est reposé à Strasbourg, à Abbeville, à Maubeuge, et partit de là pour le camp

d'Utrecht, qui se fondit en 1812 dans le corps d'observation de PElbe, que le maréchal Davout conduisit en Russie. Le 6® cuirassiers a fait les campagnes de 181 3 et 18 14 au i®' corps de cavalerie, et celle de 1 8 1 5 à la 3® division de réserve de cavalerie.

Le fond du 6® cuirassiers a été versé au commencement de 18 16 dans le 2® cuirassiers nouveau, dit du Dauphin, qui a également reçu le fond du 1 2®, ex-Dauphin cavalerie.

Les 8 étendards du régiment du Roi étaient de gros de Tours bleu : l'un des côtés était semé de fleurs de lys sans nombre, l'autre portait le soleil et la devise du roi, avec une fleur de lys à chaque coin, le tout brodé et frangé d'or. La tenue a toujours été pareille à celle du régiment Royal dont il ne différait que par l'absence des revers à l'habit.

Parmi les chefs qui ont combattu à la tête du régiment, à partir de l'année 1792, nous devons mentionner Tardieu et d'Haugéranville,

Tardieu était entré comme cavalier au corps, au commencement de la guerre de Sept ans, et il avait été blessé en 1 760 au combat de Warbourg.

D'Haugéranville fut blessé deux fois à la tête du régiment, à Essling et à Wagram.

Ces deux noms rapprochés nous amènent à faire quelques remarques sur la qualité des chefs de corps, suivant les époques. Chacun en tirera les conséquences qu'il lui plaira.

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Dans les dernières années de la monarchie, tous les chefs de corps appartiennent à la grande noblesse titrée, celle qui montait dans les carrosses du roi. Ils sont tous extrêmement jeunes, et, pour que les sujets ne manquent pas, ils sont tous doublés par des colonels en second de même qualité, prêts à les remplacer.

Après 1789, cette grande noblesse se démet, émigré, et les régiments sont donnés aux lieutenants-colonels, tous issus de la petite noblesse de campagne ou de la haute bourgeoisie. Ceux-ci, dépassés à leur tour par le mouvement violent des idées, se succèdent rapidement, soit que le découragement les éloigne volontairement du commandement, soit que, devenus suspects, la destitution les frappe. De 179 1 à 1793, on épuise dans chaque corps les officiers de bonne volonté qui con: sentent à déguiser leur naissance en modifiant leurs noms. En 1793, tous ceux qui ne sont pas devenus révolutionnaires par conviction, par prudence ou par calcul, sont partis ou cachés dans les rangs des soldats, et Ton en arrive à faire un chef de brigade du soldat le plus ancien du régiment. Nombre de ces chefs de brigade, nommés à l'ancienneté ou par élection , sont bientôt destitués, pour incapacité ou pour d'autres motifs, par les représentants du peuple aux armées, quelquefois après quinze jours, un mois d'exercice. Quelques-uns seulement, bien doués et dont l'in-

telligence se développe au milieu des événements auxquels ils prennent part, se montrent à la hauteur de leur position et réussissent: Après la réaction de Thermidor^ on voit reparaître des noms dont la tournure rappelle une origine distinguée^ malgré la suppression de la particule ou de l'apostrophe . On s'est probablement aperçu qu'une bonne éducation, et la politesse, et l'instruction, qui en sont la conséquence, sont des conditions nécessaires au commandement. Au i8 Brumaire, les noms nobles reprennent leur ancienne physionomie, et pendant toute la durée de l'empire, noms de gentilshommes de vieille race et noms bourgeois — quelques-uns de ceux-ci précédés du titre de baron — sont confondus dans une judicieuse égalité.

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