Franck (N.), 10 août
2 5. Baron de Lahuberdière (Pierre- Adrien), 2 1 mai 1 8 1 2 •
Royal-Cravates, avec son nom bizarre, a été la cause du travail auquel je me suis livré.
La première fois qu'il me tomba dans les
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mains un de ces vénérables annuaires que le sieur Lemau de La laisse publiait de temps en temps, vers 1 740, sous le titre de Carte générale du Mi^ litaire de la France y mon esprit fut choqué par Tincohérence de cette courte notice historique placée en vedette au-dessous du titre : Royal-Cravates.
« Fut levé Balthazard sous Louis XIV, en « 1664, par Monsieur le duc de Vivonne, pre- « mier mestre de camp. »
Quelque peu Saintongeois, je me demandais comment un gentilhomme des bords de la Charente, frère de M™^ de Montespan, avait pu lever, sous le nom de Balthazard, un régiment de cavalerie croate, ou cravate comme on disait dans ce temps-là.
J'ai voulu le savoir, et, dès ce moment, J'étais pris dans l'engrenage.
Parmi les régiments de cavalerie étrangère que Louis XIII prit à sa solde en i635, se trouvaient trois régiments hongrois. Les commissions pour organiser ces corps furent délivrées le 8 juillet à Charles de La Porte, marquis de La Meilleraye, parent du cardinal, à Roger de Bossost, comte d'Espenan, et à Claude d'Eltouf de Pradines, baron de Sirot. Ces corps ont certainement été formés aux dépens des bandes hongroises et croates qui, depuis la mort de Gustave-Adolphe, inondaient et infestaient l'Alsace, la Lorraine et le pays wallon.
Ces trois régiments eurent une courte existence, Espenan est réformé en décembre 1637. Sirot est presque complètement détruit en novembre 1643 à la bataille de Duttlingen, et La Meilleraye est incorporé en i656 dans un autre régiment du même nom, licencié lui-même en 1661.
Dans le même temps paraissent deux nouveaux régiments de ces primitifs hussards, les Croates de Raab et les Croates de Wumberg. Les Croates de Raab sont admis à la solde de France le 8 août 1641 et parcourent une assez longue carrière, puisqu'ils arrivent jusqu'à la réforme du 18 avril 1661, en portant successivement les noms de Raab, Montbas-Bret, Chémerault, La Roche-Chémerault et Saint-Lieu,
Les Croates de Wumberg font une courte vie.
Admis dans nos rangs au mois d'avril 1643, ils combattent en mai à Rocroi, et sont licenciés à la fin de la campagne.
Il y avait donc en France à l'époque de la mort de Louis XIII, et par suite du licenciement ou de la ruine des régiments d'Espenan, de Sirot et de Wumberg, assez de Croates disponibles et en quête d'un rengagement pour permettre au comte de Balthazard de former à son tour un régiment de Croates, et la commission de Balthazard, qui est du i3 août 1643, dit positivement qu'il est autorisé à reconstituer son régiment sur le pied de trois compagnies, dont
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une ancienne. Si le souvenir clair de cette origine, qui a déterminé plus tard k singulier nomi imposé au régiment, s'est effacé, c'est que Balthazard, envoyé en Catalogne ausshôt après sa formation, a presque constamment servi dans un pays dont on recevait dans ce temps-là difficilement des nouvelles.
Il est en 1645 aux sièges de Llorens et de Balaguer et aux deux sièges de Lérîda en 1 646 et 1647- Sa conduite fut très-brillante au premier siège ; il y mit en déroute 8 escadrons espagnols* On le trouve en 1 648 au siège de Tortosc et en 1649 ^^ ravitaillement de Barcelone.
En i65o, après Parrestation du prince de Condé qui avait commandé en 1647 Tarmée de Catalogne, le comte de Balthazard se mit en révolte, et ici se placent trois années qu'il faut retrancher des faits de Royal-Cravates, suivant ringénieuse allégorie du tableau de Chantilly, où Ton voyait la muse de Thistoire arrachant certaines pages de la vie de Condé.
Le comte cfc Balthazard fit sa paix avec Mazarin, et son régiment fut réadmis à la solde du roi le 3i mars i653. Il servit de nouveau en Catalogne, fut appelé dans le Dauphiné au commencement de 1654, et retourna bientôt en Catalogne pour faire les sièges de Villefranche, Roses et Puyc^rda.
Ce fut le i«' janvier 1657 qu'il devînt la pro-
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priété du comte de Vivonne. Sous ce nouveau chef, il fit encore cette campagne en Catalogne, et en 1 658 il fut appelé à Tarmée de Champagne. Au commencement de lôSg, il était en garnison à Nancy. Vivonne rendit le régiment à Balthazard le 1 5 février de cette anhée, en recevant le commandement du régiment du Roi. Le régiment de Balthazard demeura en garnison à Nancy jusqu'à la réforme générale des régiments de cavalerie, qui eut lieu pour lui le i8 avril 1661. Il est probable qu'il était employé à la surveillance du duc de Lorraine, et que ce prince payait les frais de cette garde, car on ne retrouve pas le régiment sur la liste des corps entretenus à la date de lôSg, bien que la date de sa réforme en 1661 soit certaine, et du même jour que celle de Tautre régiment croate que commandait alors M. de Saint-Lieu.
La compagnie du mestre de camp, seule conservée, aura sans doute continué le service de surveillance que faisait le régiment, et c'est là que Louis XIV l'aura retrouvée, quand il alla en personne faire le siège de Marsal en i663. Enfin, pour concilier les divers éléments de la tradition qu'il est impossible de négliger, il faut admettre que cette compagnie a fait partie du corps de 6,000 hommes que Louis XIV envoya en 1664 en Hongrie au secours de l'empereur, sous les ordres du comte de Coligny et du prince Charles Léopold,
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neveu du duc de Lorraine. Elle s'y serait recrutée, et à son retour serait devenue, non pas en 1664 comme le dit Lemau de La Jaisse, mais le 20 mai 1667,1e noyau du régiment Rqyal-Crapattes, dont le roi donna le commandement à Vivonne, qui avait déjà une fois succédé à Balthazard en 1657. On peut admettre aussi, et il y a des indices que cela fut ainsi, que les autres compagnies du régiment avaient été ramenées de Hongrie par quelques-uns des nombreux gentilshommes qui avaient marché à cette croisade.
Les explications dans lesquelles nous venons d'entrer renferment quelques h)^othèses, mais ces hypothèses sont acceptables, car seules elles expliquent le nom imposé au régiment et peuvent établir une liaison entre les faits certains et les lambeaux de tradition conservés dans le corps et reproduits par La Jaisse.
Royal-Cravates a fait la campagne de Flandre en 1667, et il a débuté à la prise de Douai et de Lille. Après -son rétablissement définitif le 4 février 1672, il a'suivij Turenne en Hollande, où il participa à la prise de Burich, de Rees, d'Arnheim , de Skenke , de Nimègue et de Tîle de Bommel. En 1673, il fait partie de Tarmée de Monsieur, et il se trouve à la prise de Maëstricht et au secours de Woërden, où le mestre de camp, comte, depuis maréchal de Tallard, fut blessé. En 1674, après avoir combattu à Séneff, il passé à II. 5.
rarmée de Turenne et arrive à temps pour prendre part à TafiFaire de Mulhausen. En janvier 1675 il est au combat de Turckheim. Il retourne en Flandre et assiste aux sièges de Dinant, Huy et Limbourg. En 1676 il est à la prise de Gondé, de Bouchain et d'Aire; en 1677 à celle de Valenciennes et de Cambrai; en 1678 aux sièges de Gand et d'Ypres, et à la bataille de Saint-Denis, Il va achever cette campagne et la guerre à Tarmée d'Allemagne et se trouve à l'attaque du pont de Rheinfeld, où Tallard est encore blessé d'un coup de mousquet.
En 1680, Royal-Cravates est au camp de la basse Alsace. En 1684 il fait partie de l'armée du Roussillon et se distingue au combat du Ter. De 1686 à 1687 il est au camp de l'Adour, et en 1688 à celui de la Saône. En 1689 il est à Tarmée de Flandre et au combat de Walcourt. A Fleurus, en 1690, le mestre de camp-lieutenant comte de Roucy est blessé. En 1691, après le siège de Mons et le combat de Leuze, il passe à l'armée de la Moselle. En 1692, il contribue à la prise des ville et château de Namur, à la victoire de Steenkerque, et assiste au bombardement de Gharleroi. En lôgS, il est à Neerwinden et aux sièges d'Huy et de Gharleroi. Il termine cette guerre au siège d'Ath, et fait partie en 1698 du camp de Gompiègne.
Alternativement employé en Flandre et en Aile-
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magne pendant la guerre de la succession d'Es* pagne, les principales a£Faires auxquelles Roj^al- Gravatœ prit part sont les batailles de Spire ea 1703, d'Audenarde en 1708, de Malplaquet en 1709, de Denain, suivi des sièges de Douai et du Quesnoy en 1712, les sièges de Landau et de Fribouig en 1713/
En 1719, il franchit les Pyrénées et se trouve à la prise de Fontarabie, de Saint-Sébastien et de Roses. En 1727, il est au camp de la Meuse et en 1730 à Verdun. En 1733 et 1734, il fait les sièges de Kelh et de Philisbourg, et rentré en France il occupe la garnison de Quîmper.
En 1 742, Royal-Cravates, établi à Maubeuge, fait partie de l'armée d'observation de Flandre, Il passe en 1743, en Allemagne avec le maréchal de Noailles et se trouve à la déroute de Dettingen. Eki février 1744, il est envoyé à Bapaume, et, après s'y être rétabli, il retourne sur le Rhin. Attaché Tannée suivante à l'armée de Flandre, il combat avec elle à Fontenoy , Raucoux et Lawfeld. Il se comporta très-brillamment à cette dernière journée, où son chef, le marquis de Cernay, eut un bras emporté. Royal-Cravates assiste encore, en 1 747, au siège de Berg-op-Zoom, et vient s'établir à Douai en mars 1 748 ; il est allé depuis en 1 748 à Rennes, Carhaix, Guingamp, en 1 749 à Arras, en 1750 à Tours, au Quesnoy es 1752,
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. ^ au camp de Mézières en 17 53. Après ce camp 03t renvoya à Nantes, et il fut de là à Maubeuge ^ 1755, au Mans en 1756, à Maubeuge et Guise en 1757.
Après la guerre de Sept ans, qu'il fit aux armées de Hanovre et du Rhin, et où il se fit remarquer au combat d'Ettjngen, en reprenant un étendard qu'il avait perdu à la bataille de Liitzelberg, il reçut par incorporation le régiment réformé de Chabrillant. La réorganisation complète du régiment a été effectuée le 8 avril 1763.
Royal-Cravates a tenu garnison en 1763 à Charleville et Mézières, en 1764 à Ancenis, en 1765 à Verdun, en 1768 à Moulins, en 1770 à Metz, puis à Stenay, en 1771 à Gray, en 1773 à Strasbourg, en 1775 à Dole, en 1777 à Besançon, en 1778 à Nancy, puis à Épinal, en 1779 à Metz et à Nancy, en 1 782 à Vendôme, en 1 785 à Cambrai et Bouchain, en 1787 à Thionville; il faisait partie du camp de Metz en 1 788, fut appelé à Melun et Provins en 1789, alla en 1790 à Vendôme, en 1 79 1 à Angers et en 1 792 à Saint-Omer et Béthune.
Devenu i o® de cavalerie, et attaché à l'armée du Centre, il était à la bataille de Valmy, et fit partie du corps qui suivit les Prussiens dans leur retraite. Il fut alors mis en garnison à Sarrelouis. Plus tard, il fut appelé à l'armée de Sambre et Meuse, puis aux. armées da Mayence, du Danube et du
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Rhin et a servi en Allemagne jusqu'en i8oo. Il est cité aux affaires de Kirchberg et de Beuren en 1 8oo. Après quelques années passées à Schlestadt, Col- * mar, Neufbrisach, Belfort et Haguenau, pendant lesquelles il devint le lo® cuirassiers, et fut augmenté d'un escadron provenant du 19® de cavalerie supprimé, il fut attaché en i8o5 au corps de réserve de cavalerie, puis de 1 806 à 1 808 au 4® corps de la grande armée, en 1809 et 1810 à l'armée du Rhin, en 1812 au corps d'observation de l'Elbe avec lequel il a fait la campagne de Russie, en 181 3 et 18 14 au 2® corps de cavalerie et en 1 8 1 5 à la 3® division de cavalerie de réserve. Après son licenciement en 181 5, il a été versé dans le i«' de cuirassiers nouveau, qui seul aujourd'hui pourrait prétendre à conserver à la fois les traditions des vieux régiments Royal-Cravates et La Reine.
Royal-Cravates 'avait des étendards bleus, entièrement pareils à ceux des régiments royaux qui précèdent. Son ancienne tenue jusqu'à la guerre de Sept ans consistait en : habit et manteau bleus, doublure et parements rouges, boutons d'étain, boutonnières blanches, chapeau bordé d'un galon d'argent large de trois doigts ; équipage bleu, bordé d'un galon aurore moucheté de bleu, de rouge et de blanc.
ROYAL-ROTJSSILLON.
Mestres de camp-fieiitenaffts et Coloneh.