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Les anciennes cartes du Militaire font remonter sa création à Tannée i635, c'est-à-dire au premier essai de formation régimentaire de la cavalerie, et elles affirment en même temps que le marquis de Nantouillet en a été le premier mestre de camp-lieutenant.
Parmi les régiments formés en i635, il n^en est aucun qui ait porté le nom de la Reine, ou celui de Nantouillet. Il en est de même pour les corps organisés en i638. Un peu de réflexion aurait fait comprendre que la reine Anne d'Autriche ne jouissait pas d'assez de crédit auprès du roi son mari et auprès de Richelieu, pour avoir pu être gratifiée par eux de la possession d'un régiment. La Reine n'avait pas même une comp^rgnie d'ordonnance en 1 635 ; le roi ne lui en donna une qu'en i638, pendant sa grossesse inespérée. Ce ne fut qu'après la mort de Louis XIII et lorsqu'elle fut devenue régente, que la reine Anne d'Autriche fit lever pour elle et sous le titre de la Reine-Mère le régiment dont il s'agit ici : ce fut le comte de Maugiron qui en reçut commission le 4 juillet 1643, et l'on connaît les compagnies franches, au nombre de 12, qui ont servi à le composer. C'était Maugiron, Fruges, Saillant, Bailleul, Saint-Hérem, Vie, Lénoncourt, Vaucellas, Baradat, Maugiron fils, Saint-Martin, Poiignac, Boury.
La réunion de ces compagnies fut promptement
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effectuée, car le mois suivant le régiment de la Reine-Mère contribue à la réduction de Thionville, passe ensuite en Allemagne et se trouve à la prise de Rothweil, et à la bataille de Duttlingen.
En 1644, 8 compagnies restent en Allemagne; les 4 autres, Bailleul, Vie, Lénoncourt et Vaucellas, vont en Flandre et servent aux sièges de Gravelines, de Menin et de Béthune ; celles d'Allemagne assistent aux batailles de Marienthal et de Nordlingen, et aux sièges d'Heillbronn et de Trêves, rentrent en France pour être employées en Normandie, et sont réformées le 27 février 1 646 à cause des désordres qu'elles avaient commis, en se rendant de la Normandie dans la Guyenne ; ce qui restait du régiment est alors en* voyé à Tarmée d'Italie, où il contribue à la prise d^Orbitello et de Piombino. Il fournit 60 maîtres pour l'expédition de l'île d'Elbe, et ce détachement coopère à la prise de Porto-Longone. En 1647, le régiment est à la prise de Crémone; Tannée suivante, à la bataille livrée devant cette place, et en 1 649 il est appelé en Guyenne pour la répression des troubles qui agitaient cette province.
Les 6 compagnies, qui le composaient alors, passèrent dans le Berry une partie de l'année 1660. Elles rejoignirent à l'automne l'armée que le maréchal du Plessis-Praslin réunissait en Cihampagne pour s'opposer à Turenne devenu
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rebelle, et elles contribuèrent au succès de la bataille de Rethel.
Par suite dUncidents, dont la cause réelle nous échappe, le régiment de la Reine-Mère fut réformé le i5 février i65i, au moment de Texil volontaire de Mazarin. Son premier capitaine, le chevalier de Baradat, fut chargé de le reconstituer le i8 octobre suivant, sur le pied de 6 compagnies. Sous ce nouveau chef, il est employé dans le Berry au blocus de Montrond. En i652, il est appelé à Paris et il combat sous Turenne à la bataille du faubourg Saint- Antoine. Après cette affaire, il est renvoyé dans le Berry et passe le lo novembre sous les ordres du comte de Roussillon. Celui-ci le commande en i653 et 1654 en Guyenne et en Champagne, et le conduit en 1654 en Piémont, où il fait partie de la garnison de Casai. En i655, il sert en Flandre et participe à la prise de Landrecies. Retourné en Piémont en i656, il prend part au siège de Valencia, et ce fut après cette action de guerre que le marquis de Nantouillet en devint le mestre de camp-lieutenant. Sous les ordres de ce nouveau chef, il fit encore la campagne de ?657 en Italie, et celle de i658 en Flandre où il participa à la victoire des Dunes. En 1 659, il était en garnison à Bergues, et, au licenciement général du 18 avril 1 661, on ne consen^a sur pied que la compagnie du mestre de camp.
M. de Nantouillet reçut Tordre de rétablir le ré-
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giment le 7 décembre i665. Anne d'Autriche mourut le 20 janvier 1666 ; le régiment fut alors donné à la reine Marie-Thérèse et prit le nom de la Reine. Cette princesse mit à sa tête le marquis de Villiers, qui commandait déjà sa compagnie de chevau-légers. C'est sans doute à cette série de faits qu'il faut attribuer la confusion qui a été commise, et qui a conduit à regarder M. de Nantouillet comme le premier chef d'un régiment qui avait été levé en 1643 par la reine-mère, et qui fut réorganisé en 1666 pour la reine régnante. Le rapport vrai qui existe entre le marquis de Nantouillet et le régiment reconstitué par ordre du 7 décembre i665, c'est que la compagnie de la Reine-Mère^ dernier débris de la première organisation et que commandait le marquis, a servi de noyau ad régiment de la Reine.
Celui-ci, porté à 9 compagnies, servit sous les ordres de M. de Villiers à la conquête de la Flandre et de la Franche-Comté, et il fut, comme tous les autres régiments de cavalerie, réduit encore en 1668 à I seule compagnie.
Le marquis de Villiers le rétablit pour la dernière fois en 1672, sur le pied de 6 compagnies, et il le conduisit la même année en Hollande et en Allemagne. Il faisait partie de l'armée de Turenne. En 1674, il est avec le prince de Condé à la bataille de SénefF, et en 1677 il combat avec le duc d'Orléans devant Cambrai et à Cassel.
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Pendant la dernière guerre du xvii* siècle, la Reine fit d'abord partie de Tarmée de Roussillon et assista à la prise de Campredon en 1689. '' était en 1691 de l'armée de -Flandre et il se trouva aux combats ou batailles de Walcourt, de Fleurus, de Leuze, de Steenkerque et de Neerwinden. De 1696 à 1697 il était sur la Meuse.
Il fait la campagne de 1701 sur le Rhin, et les autres jusqu'à 1706 en Italie. Il se distingue à la bataille de Luzzara, et à celle de Gastiglîone où le marquis du Cayla fut tué. Le régiment, donné au frère du marquis, passa Tannée 1 707 en Dauphiné et en Flandre. Il a fait la campagne de 1708 en Espagne, celle de 1709 en Flandre et combattit à Malplaquet. En 171 2, il est avec Villars à Denain ; il passe en 1 7 1 3 en Allemagne et achève la guerre devant Landau et Fribourg.
En 17 19, la Reine fait partie de l'armée d'Espagne. En 1727 il est au camp de la Sambre, à celui d'Alsace en 1732, et l'année suivante il fait le siège de Kelh. En 1734 on le voit à l'attaque des lignes d'Ettlingen, au siège de Philisbourg et au combat de Klausen. A la paix, il prend ses quartiers à Landau et Weissembourg.
Dès l'ouverture de la guerre- de la succession
, d'Autriche, il part pour la Bohême et il assiste à
la prise de Prague. En 1 742 il est au combat de
Sahay et à la défense de Prague; en 1743, après
s'être refait à Schlestadt, il rallie l'armée et se
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trouve à la bataille de Dettingen; il est en 1744 à la défaite du général Nadasty, au combat d'Augenheim et de l'expédition de Bavière. Il passe rhiver en Souabe, fait la campagne de 1 745 en Alsace, et l'année suivante il rallié Parmée de Flandre avec laquelle il assiège Charleroi et combat à Raucoux, à Lawfeld et autour de Bergop-Zoom. Pendant Tannée 1748, il demeure à la garde d'Anvers. On le voit en 1 749 à Rennes et Ancenis, en 1760 à Hesdin, en 1751 à Saint- Maixent, en 1762 à Strasbourg, en 1753 à Orléans, en 1754 à Châteaudun, en 1755 à Douai, et en 1767 à Limoges et Valenciennes.
La Reine a fait les trois premières campagnes de la guerre de Sept ans en Allemagne ; il était à la bataille d'Haastembeck, à la conquête du Hanovre, à la bataille de Rosbach, où le mestre de camp de Galiffet est contusionné, et à celles de Créfeld et de Minden. A sa rentrée en France en 1 760, il avait été placé à Saint-Mihiel.
Les réformes de 1761 et 1762 le firent reculer du i3^ au i8« rang, par suite de la transformation de plusieurs régiments de gentilshommes en régiments royaux, et Ton versa dans ses cadres les hommes du régiment de Sainte-Aldégonde supprimé. La Reine, qui avait jusque-là porté l'habit rouge avec distinctions bleues, et une aiguillette plate et blanche, prit Phabit bleu avec distinctions rouges. Ses boutons blancs furent timbrés du
i6o Histoire de la Cavalerie.
n° i8, et il conserva Paiguillette. II a été réorganisé, conformément à la nouvelle ordonnance, le 3o mars 1763, à La Flèche et Angers, d'où il se rendit en 1 764 à Valenciennes, et de là au camp de Compiègne et à Besançon, en 1766 à Dôle, en 1767 à Castres et Alby, en 1769 à Nevers et Moulins. Ce fut là que le régiment reçut le chevalier, depuis marquis du Barry, le mari de paravent de la nouvelle et dernière favorite, appelé par le roi au commandement du régiment de la Reine. Parmi beaucoup d'autres actions, qui montrent chez Louis XV une absence étonnante de sens moral, je n'en connais pas qui révolte autant la conscience que cette insulte à la mémoire de Marie Leczinska. Quand Louis XVI fut roi, le régiment devint naturellement la propriété de Marie-Antoinette. M. du Barry, qui était du reste un excellent chef de corps, eut le bon goût de cacher sa personnalité sous un autre nom ; il se fit appeler le comte d'Hargicourt et, deux ans plus tard, il permuta avec le comte de Roucy, mestre de camp de Royal-Champagne.
Nous retrouvons le régiment de la Reine en 1771 à Valenciennes, en 1773 à Agen, en 1776 à Sarrelouis et en 1778 à Mirecourt.
Qu'on nous permette de nous arrêter ici un instant pour transcrire une pièce que le hasard nous a mise sous la main, et qu'il serait dommage de ne pas faire connaître, tant elle est galante.
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L 12 novembre 1778, le régiment de la Reine, commandé par le lieutenant-colonel de Dorthan, en . Tabsence du comte de Roucy, célébrait par une messe et une fête donnée aux habitants de Mirecourt la naissance du Dauphin. François de Neufchâteau, futur membre de TAcadémie française, alors président du présidial, chanta les couplets suivants, sur Pair de la Bataille d'Ivry :
Courage, messieurs de la Reine ; Vous vous signalez aujourd'hui.
Pour votre auguste souveraine Du ciel vous implorez Tappui.
Un colonel semblable Vaut bien que Ton se mette en frais ; Puisqu'à nos yeux tout le rend adorable, Son rang, son sexe et ses attraits.
Voyant ces braves militaires Demander tous que F Éternel , Sensible à leurs justes prières , Fasse accoucher leur colonel,
La ville tout entière S'y joint avec empressement; Lorsqu'il s'agit d'une Reine si chère, Nous sommes tous du régiment.
D'Ortan, ce noble capitaine, Fait voir, en nous donnant la loi , Qu'il sait prier Dieu pour la Reine, Comme il s'est battu pour le Roi.
D'un serviteur fidèle Il a le bras, il a le cœur :
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Un régiment animé de son zèle En tous lieux doit être vainqueur.
Que les détails de cette fête
Sont charmants pour de bons Français !
Un aimable objet fait la quête*
Ah! je lui réponds du succès.
Tous les cœurs, sur ses traces, Grossiront la quête à leur tour :
Il fallait bien qu'à la fête des Grâces Le frère quêteur fût Pamour.
En quittant Mirecourt, le régiment se rendit à Verdun et Gommercy où il était en 1 779, puis à Strasbourg en 1780, à Dole en 1782, à Stenay en 1788, à Metz en 1790, à Sarreguemines en 1791 et à Golmar en 1792. Il se fit remarquer cette année à la bataille de Valmy, et il servit jusqu^en 1794 aux armées de la Moselle et de Sambre et Meuse, inscrivant pour la seconde fois sur ses états de services le nom de Fleurus. En 1796, il était à Tarrnée de Rhin et Moselle, et se signalait aux combats de Wetzlar et d'Amberg. Pendant les années suivantes il faisait partie des armées de Mayence, du Danube et du Rhin, et combattait à Stockach et Hochstedt. De 1801 à i8o5, il occupe les garnisons de Charleville et Donchery, Metz et Lodi. En i8o5 et 1806 il fait partie de Tarmée d'Italie; de 1807 à 18 10 il combat en Allemagne et en Pologne. Après avoir passé Tannée 181 1 à Caen, à Cambrai et au
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camp d'Utrecht, il est en 1812 au 3® corps de réserve de la grande armée et se fait remarquer à Borizow et à la Bérézina ; en 181 3 et 18 14, il fait partie du i^^ corps de cavalerie à Hambourg, et fait la campagne de 181 5 à la i™ division de cavalerie de réserve. L'un de ses chefs, Laplanche, avait reçu une balle à la tête au combat de Wetzlar, le 16 juin 1796.
Le régiment de la Reine avait été classé le 4® en 1791. Il avait été augmenté en i8o3 du 3® escadron du 25^ de cavalerie réformé et était devenu le 4^ de cuirassiers, qui prit, en 18 14, la dénomination d'Angoulême. Licencié le 21 décembre 181 5, il a versé son fond dans le nouveau régiment de cuirassiers formé en 1816 avec le n® i de Parme et le titre de la Reine. Ce régiment reçut aussi le fond du 10® cuirassiers, ex- Rq/al'Cravates.
En parcourant le registre du personnel de ce régiment établi en 18 14, nous avons remarqué Tomission dans la liste des colonels du nom du prince Aldobrandini Borghèse, qui Pavait commandé de 1808 ài8i2. Tous les partis se ressemblent, surtout dans ce qu'ils ont de laid ou de puéril.
Le régiment de la Reine avait des étendards en soie rouge semés de fleurs de lys d'or; au droit le soleil et la devise du roi, au revers le chiffre de la reine couronné ; le tout brodé et frangé d'or et
d'argent; galon or et argent en bordure sur les quatre côtés.