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Chevalier de Cambon (Joseph -Auguste), 28 avril

Sous le règne de Louis XIV, il était assez ordinaire que les brigades des carabiniers fussent partagées entre les différentes armées : cela dispensait le duc du Maine de marcher à leur tête. Dans ce cas c^était le chef de brigade le plus ancien qui commandait le détachement ou le corps. Il en fut de même sous le prince de Dombes, quoique Pusage eût prévalu de maintenir réunies les cinq brigades.- Le comte de Provence n'avait que trois ans quand son grand-père Louis XV le mit à la tête des carabiniers. Aussi créa-t-on à cette époque un emploi nouveau, celui d'inspecteur-commandant des carabiniers, qui fut le véritable chef de corps.

La première campagne des carabiniers fut celle de 1694. Les deux premières brigades étaient à Tarmée de Flandre et elles restèrent dans cette armée jusqu'à la fin de la guerre. La brigade du Rozel, détachée contre un parti ennemi qui fourrageait aux environs de Liège, le mit en déroute en lui tuant 1 00 hommes et lui enlevant 3oo chevaux.

Les trois dernières brigades étaient avec le duc de Noailles en Roussillon, et elles débutèrent sur

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ce terrain de la manière la plus brillante à la prise de Palamos, Œrone, Ostalrich, CasteifoUit, et surtout à la bataille du Ter. Passant la rivière à gué, sous le feu de trois bataillons espagnols retranchés sur l'autre rive, elles se jettent à la suite du marquis de Chazeron siir Tennemi, le mettent en faite, facilitent le passage au reste de Tarmée, et, s'élançant alors sur Tinfanterie espagnole, la refoulent, rencontrent sept escadrons, les culbutent et prennent leur général.

En 1696, ces mêmes brigades contribuent à la défaite du prince de Darmstadt près d'Ostalrich. En 1697, elles sont au siège de Barcelone, er au combat de San-Feliù, où Vélasco, vice-roi de Catalogne, fat battu.

L'année suivante les cinq brigades étaient réunies au camp de G>udun, près de Gompiègne.

Il existe une instruction écrite delà main du roi et datée de 1 696 qui règle la discipline, le service et l'organisation des carabiniers. On y voit que les carabiniers devaient être tirés des autres régiments, avoir cinq pieds quatre pouces, être âgés de 25 à 40 ans, célibataires, d'une figure et d'une tournure convenables, gens de valeur .4£ de bonnes moeurs, ayant au moins deux ans de service et trois ans encore à rester sous l'étenda^sd. L'instruction fixe la haute paye des carabiniers.

A l'ouverture de la guerre de la succession d'Espagne, 4 brigades de carabinicç», Achy, Aube-

terre, du Rozel et Résigny, reçurent Tordre dCoccuper Bruxelles. En 1702, trois brigades restent en Flandre, les deux autres vont renforcer Tannée d'Italie. On les remarque au siège d'Asti en lyoS, au siège et à la bataille de Turin en 1707. Après ces malheureuses affaires elles rallièrent les autres brigades dans les Pays-Bas. Celles-ci avaient pris part aux Combats de Nimègue et d'Eckeren, étaient passées en 1 704 à Tarmée d'Allemagne, et étaient revenues en 1 706 à Tarmée de Flandre. Le corps entier se trouva aux batailles d'Audenarde et de Malplaquet. C'est en chargeant à la tête des carabiniers que Villars reçut à Malplaquet la blessure qui le mit hors de combat.

Villars les avait encore sous ses ordres à la bataille de Denain et à la prise de Douai, du Quesnoy et de Bouchain, et pendant sa campagne sur le Rhin en 171 3.

Dans les années qui suivent, on voit les carabiniers au camp de la Saône en 17 14 et en 1727, et au camp d'Aimeries surSambre en 1732.

En 1733, les brigades de Valcour, de Pardaillan, de Parabère et de La Mark vont à Tarmée d'Italie, et celle de La Mothe rallie Tarmée du Rhin. En 1 734, toutes sont en Italie et se couvrent de gloire aux batailles de Parme et de Guastalla. A Guastalla, un corps d'infanterie impériale gagnait du terrain à la faveur d'obstacles infranchissable» pour la cavalerie et menaçait nos positions.

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Quarante carabiniers par escadron mettent pied à terre, s'embusquent dans les broussailles, surprennent dans sa marche cette infanterie, y jettent le désordre et la contraignent à se retirer. C'est après ce fait d'armes, où La Mothe et Parabère furent blessés, que le fusil des carabiniers fut armé de la baïonnette. En rentrant de l'expédition dirigée vers Trente, les carabiniers reprirent la route de France, et allèrent s'établir dans le Languedoc, à Revel, Castelnaudary, Castres, Langogne et le Vigan.

En 1741, dix escadrons sont appelés à l'armée de Bohême. Ils se distinguent dans la nuit du 2 5 novembre à l'assaut de Prague. Une partie des carabiniers met pied à terre, escalade la muraille, s'empare de la porte de Newthor et fait entrer le reste du régiment dans la ville. Au combat de Sahay, les chefs de brigade de Vichy et de Talleyrandsont grièvement blessés, ainsi que 6 autres officiers. 600 carabiniers y attaquèrent 2, 5 00 cuirassiers autrichiens avantageusement postés et qui se défendirent vaillamment; 400 à peine échappèrent à l'impétuosité de nos braves. Le 2% août 1 742, à la sortie de Prague, ils étaient en tête avec le régiment d'infanterie de Piémont et se prirent corps à corps avec l'ennemi. Toujours intrépides pendant cette longue retraite à travers l'Allemagp^, ils arrivèrent, le 1 3 février 1 743, à Spire, et allèrent se refaire à Vesoul. Quelques mois après ils étaient

à la bataille de Dettingen. Ils passèrent l'hiver dans le Soi&sonnais et reparurent sur le Rhin en 1 744. De 1 745 à 1 748, ils sont attachés à Tarmée de Flandre. Après avoir passé le quartier d'hiver au camp de Courtrai, ils combattent en 1 745 à Fontenoy, chargeant de front la colonne du duc de Gumberland, et se rallient fièrement au milieu des rangs ennemis. Le chef de brigade de Guiry y fut mis hors de combat. Ils terminent cette campagne devant Audenarde, Termonde, Ostende, Nieuport, et ils passent encore Thiver au camp de Courtrai. En 1746, ils sont aux sièges de Bruxelles, Mons, Charleroi, Saint-Ghislain, Namur, et à la bataille de Raucoux, et hivernent encore à Courtrai. Ils combattent en 1 747 à Lawfeld, où 2 escadrons dispersent 8 escadrons de dragons anglais, et devant Berg-op-Zoom. C'est un carabinier, nommé Ande, qui fit prisonnier à Lawfeld le[ général en chef ennemi, comte Ligonnier . Celuici offrit à Ande, pour le laisser échapper, sa bourse et un diamant, le tout valant, suivant la é gende du temps, 120,000 livres. Ande refuse et conduit son prisonnier au quartier général. Le roi fit donner 5o louis à ce brave et honnête soldat, qui reçut bientôt une récompense mieux appro* priée àTaction qu'il avait faite. Il a obtenu une OMnpagnie et une pension. Ande fut présenté plus tard à la Convention.

L& carabitaers , après avoir encore servi en

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1748 au siège de Maëstricht, se rendirent à Châlofis.

On les voit depuis en lySo àMouison, Damviliiers et Carignan, en 1751 à Provins, en lySS à Douai, en 1764 au camp d'Aimeries-sur-Sambre, puis à Provins, et en 1756 à Metz.

En 1757, les brigades de Saint-Georges, Durfort, Bovet et Latour se réunissent à Longwy pour rallier à Neuss Tarmée des maréchaux d'Estrées et de Richelieu , et se trouvent à la bataille d'Haastembeck et à la conquête du Hanovre. La brigade de Lestang suit Soubise à Rosbach.

Ce fut le i3 mai 1758 que Royal-carabiniers, dont le commandement supérieur était vacant depuis la mort du prince de Dombes , survenue le c®' octobre 1755, fut donné au comte de Provence. Cette nomination, qui ne pouvait être pour le corps qu'un titre d'honneur, fut complétée par la création d'un mestre de camp-lieutenant , commandant en second et inspecteur, emploi qui fut confié au comte de Gisors , fils du maréchal de Bellisle, et Tune des plus intéressantes figures militaires dont Tannée puisse se glorifier. Le comte de Gisors n'exerça que pendant quelques jours la charge qui venait de lui être confiée. Le 23 juin, à Créfeld, l'armée française se laisse surprendre -dans son camp par le prince Ferdinand de Brunswick. La confusion est à son comble; toutes les troupes sont mêiées; le comte de

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Gisors fait monter ses cinq brigades à cheval, et, dans un de ces élans de généreuse témérité dont notre histoire militaire est remplie , il se sacrifie avec sa troupe au salut de Parmée. Sans compter, ^ans examiner s^il peut être soutenu , il s'élance à travers un terrain défavorable où il est bientôt écrasé par le feu de batteries ennemies disposées à r avance, et il tombe mortellement blessé au milieu des cadavres de ses carabiniers. Il avait vingt-sept ans. Il se passa dans cette terrible échauffourée un fait qui mérite d^être rapporté. Un jeune cornette de dix-huit ans, M. d'Helliour, à la tête de quelques carabiniers qu'il rallie , traverse l'armée ennemie en passant sur le ventre des canonniers d'une batterie, erre pendant trois jours sur les derrières des troupes allemandes , et parvient à rallier le camp français , ramenant avec lui tous ses hommes, dont huit avaient été blessés, et un étendard. Le roi le fit chevalier de Saint- Louis , avec le grade de capitaine à la suite.

Si Ton veut avoir une idée de la façon dont combattaient les carabiniers à cette époque, il suffit de voir les états de service d'un de leurs brillants officiers, M. de Toulouse-Lautrec, qui est devenu mestre de camp d'un régiment de cavalerie de son nom et officier général, et qui a servi au corps depuis le grade de sous-lieutenant jusqu'à celui de mestre de camp. Blessé à Fontenoy de deux bis-

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caïens, dont l'un lui a traversé d outre en . outre le haut de la cuisse, et l'autre contusionné la poitrine; blessé à Lawfeld de trois coups de sabre et d'un coup de pistolet à la tête et aux bras ; blessé à Gréfeld de quatre coups de feu et d'un coup de baïonnette ; blessé quelques jours après d'un coup de sabre dans un détachement; renversé de son cheval à Minden et foulé aux pieds des chevaux de son escadron.

Le comte de Gisors fut remplacé par le marquis de Poyanne, qui en 1769 conduisit les carabiniers, comptant 1329 sabres, à la bataille de Minden , où ils demeurèrent pendant quatre heures sous le feu de 2 batteries allemandes ; ils y perdirent 700 hommes et 69 officiers; le marquis fut blessé d'un coup de feu et d'un coup de baïonnette ; en 1 760 ils brillèrent encore aux combats de Gorbach et de Warbourg, et en 1761 à l'affaire de Willingshausen.

Le costume des carabiniers jusqu'à ce moment se composait d'un habit, d'un petit collet et d'un manteau bleus, avec doublure et parements rouges, boutons d'étain de trois en trois sur l'habit, un bordé d'argent sur les manches et sur les épaulettes, buffleteries blanches bordées d'argent, chapeau bordé d'un large galon d'argent, cocarde noire, veste et culotte de peau; l'équipage bleu bordé d'argent. Ils prirent en 1 763 l'habit bleu à la française, avec revers, collet et doublure rouges,

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galon d'argent aux parements et aux boutonnières; équipage bleu galonné de blanc.

Uordonnance du i3 mai 1762, exécutée le 16 avril 1763, réduisit les carabiniers à 3o compagnies réparties en 10 escadrons et 5 brigades. Le 3i décembre les brigades cessent de porter les noms de leurs chefs. Leur rang est fixé : elles sont numérotées. L'escadron est réduit de 4 compagnies à 3. A la paix , on les avait établies à Saumur et dans les villes voisines, Angers, La Flèche, et Chinon. La réputation du corps, en fait d'équitation et de manœuvres, était alors si bien établie, que de 1 763 à 1 768 les autres corps de cavalerie étaient tenus de lui envoyer quelques sujets qui complétaient avec eux leur instruction et en rapportaient la connaissance des meilleures méthodes. Le quartier de Saumur, qui est devenu le siège de r Ecole de cavalerie, a été commencé en 1768 pour les carabiniers.

Les carabiniers, qui avaient fait partie en 1767 du camp de Gompiègne, quittent Saumur et arrivent à Metz en novembre 1773. En 1774, ils avaient repris les quartiers de Saumur, La Flèche, Vendôme et Chinon. Ce fut dans cette position qu'ils reçurent Tapplication de l'ordonnance du i3 février 1776, qui partageait le corps des carabiniers en 2 brigades de 4 escadrons chacune. L'escadron n'était que d'une compagnie de i32 hommes, et Louis XVIII s'est certainement

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souvenu de cette circcmstance , lorsqu'en 1816 il créa pour toute la cavalerie Tescadron-compagnie. Cette organisation de 1776 fut légèrement modifiée par celle du 8 avril 1779, qui-mit les brigades à cinq escadrons, comme cela était dans les régiments de cavalerie ordinaires, et par celle du i^*" mai 1788 qui donna à ces brigades le nom de régiment, et aux oiBBciers qui les commandaient le titre de colonel. Les deux régiments continuèrent toutefois à former une brigade séparée en conservant Tappellation de carabiniers de Monsieur, qui lui avait été donnée le 20 mai 1774, quand, parla mort de • Louis XV, le comte de Provence devint le frère du souverain. Cette brigade eut, au-dessous du mestre de camp commandant inspecteur, un major général qui fut d'abord le baron Ignace de Livron , remplacé par Ferdinand Guyot, chevalier de Malseigne.

On doit noter que Pordonnance du 17 mars 1 788 prescrivait la formation de toute la cavalerie en brigades du 2 régiments.

Le décret d'avril 1791 porte que les 2 régiments de carabiniers formeront désormais 2 corps séparés avec administration distincte, et prendront rang avant la cavalerie, comme grenadiers des troupes à cheval. Ils prirent en conséquence le bonnet à poil.

C'est donc de l'année 1776 que comptent les deux régiments de carabiniers qui ont vécu jusqu'à

nos jours , et nous donnons ici les noms des chefs qui les ont commandés jusqu'au licenciement de Tarmée en 18 15, et quelques indications sur leurs services.

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