Planzeaux (François-Joseph), 29 mai
Nul régiment ne présente des origines aussi difficiles à débrouiller que cet ancêtre du 2® régiment de dragons actuel. Il existait à la fois, au XVII® siècle, des régiments d^infanterie et de cavalerie appartenant à la maison de Condé. Ces régiments s'appelaient Enghien tant qu'ils étaient la propriété des fils aînés de la famille et prenaient avec eux le titre de Condé à la mort du chef de la race. Ils étaient commandés tantôt par les mestres de camp propriétaires, tantôt par des mestres de camp-lieutenants, qui passaient d'un régiment à un autre. Enfin les régiments de Condé ont suivi la fortune de leur chef, le grand Condé, rebelle de i65i à lôSg, et combattant dans les rangs des Espagnols. Nous croyons cependant être parvenu à démêler le vrai.
Ce corps, l'un des 12 régiments de cavalerie organisés par ordre du 16 mai i635, sous le nom d'Enghien, eut pour chef Louis de Bourbon, duc diEnghien^ depuis le grand Condé, qui en confia le commandement direct au chevalier de Tayannes. Il servit immédiatement à l'armée d'Italie,
et il est probable que c'est dans ce pays qu'il a été formé avec des compagnies de cavalerie légère qui s'y trouvaient employées.
En i636, il est appelé à l'armée de Bourgogne; il fait le siégé de Dole, et il est réduit en compagnies franches le 3o juillet comme tous les autres régiments de cavalerie française.
Rétabli le 24 janvier i638, il sert sur les Pyrénées et fait le siège de Fontarabie, après lequel il prend le chemin du Piémont, et se distingue au combat de la Route de Quiers où le chevalier de Tavannes est tué. Sous son nouveau mestre de camp-lieutenant, le marquis de Livry, le régiment assiste au siège et au combat de Turin en 1640, à la prise d'Ivrée, au combat de Chivasso, à la prise de Piannezza et de Mondovi, et au siège de Coni en 1641. En 1642, il passe à l'armée de Roussillon, et il contribue à la réduction .de CoUioure, de Perpignan et de Lérida. En 1643, il est aux affaires de Villalonga, de Martorell, de Tamarit et de Lérida. En 1644, il rallie le duc d'Enghien en Allemagne, et combat sous ses ordres à Fribourg, devant Philisbourg, Mayence et Landau. En 1645, il est à la bataille de Mariendhal et à celle de Nordlingen, où le marquis de Livry est tué. Il est remplacé par le marquis de Lanques, qui le commande à la prise d'Hdlbronn et de Trêves, et qui le conduit ensuite en Flandre et au siège de DUhkerque. Ce fut là
Condé. 369
que le régiment prit avec son illustre chef, le 26 décembre 1646, le titre de Condé, qu'il n'a plus quitté.
Ramené en Catalogne eri 1647 pour prendre part au second siège de Lérida, Condé servit deux ans sur cette frontière, fut appelé en 1 649 au blocus de Paris, et fut nécessairement entraîné dans la rébellion de son chef, devenu celui de la Fronde. Le régiment qui s'était retiré dans le Berry fut cassé pour la forme par arrêt du 20 janvier i65o. Il n'en continua pas moins à guerroyer contre les troupes royales. Rétabli sur les contrôles le 26 février i65i à la suite d'un raccommodement passager du prince de Condé avec le cardinal Mazarin, il en fut de nouveau rayé le 1 3 septembre, et passa pour plusieurs années dans les rangs ennemis avec les Espagnols et les Lorrains. Pendant cette période de son existence, il fut commandé par deux membres de la famille de Chamilly, dont le second est devenu maréchal de France. C'était un héros d'aventure. Écarté des emplois officiels pendant les premières années de la rentrée en grâce du prince de Condé, il fit avec sa compagnie de cavalerie les expéditions de Portugal et de Candie, et fut, dit-on, l'objet d'une passion romanesque de la part d'une jeune religieuse portugaise qui l'avait vu, à travers les feuilles d'une jalousie, défiler à la tête de sa bande, et qui serait l'auteur des Lettres portugaises. II. 21.
Syo Histoire de la Cavalerie.
Saint-Simon fait, d'ailleurs, de ce ChàmiUy un portrait, qui pourrait bien avoir inspiré, à Dumas le type de Porthos.
Le régiment de Condé est rentré au service du roi le 7 novembre lôSg : il fut alors placé sous le commandement du comte de Saligny. Il passa deux ans dans les garnisons de Picardie et fut réformé le i8 avril 1661. On ne conserva sur pied que la compagnie qui appartenait en propre au prince de Condé.
Rétabli le 7 décembre i665, le régiment passa Tannée 1666 au camp de Compiègne. En 1667 il contribua à la prise de Tournai, de Douai et de Lille. En 1668, fort de neuf compagnies, il s'empare de Baccarat et de Rambervillers et se rabat sur la Franche-G)mté que Louis XIV avait envahie.
Il est réduit encore une fois le 24 mai 1668 à une compagnie, celle qui appartenait au prince et dont Jean de Goligny était capitaine-lieutenant. Cette compagnie, qui était passée en Hongrie en 1664, et qui avait combattu aux journées de Saint-Gothard et de Raab contre les Turcs, figure parmi les 66 qui servirent de base à l'organisation définitive des régiments de cavalerie, mise en exécution le 9 août 1671.
Condé-cavalerie a fait la campagne de Hollande en 1672, et prit ses quartiers d'hiver autour d'Utrecht. Il est en 1673 au siège de Maëstrichty
Condé, 371
en 1674 à la bataille de Séneff, en 1675 à la prise de Dinant, Huy et Limbourg, en 1676 sur la Sarre, et il termine cette guerre sur la frontière de rAUemagne. Il combattit en 1677 4 Kokersberg.
On trouve Condé-cavalerie au camp d'Artois en 1682, et au camp de la Saône en 168 3. En 1 684, il fait partie de l'armée de Roussillon ; il est au combat du Ter et au siège de Girone. De 168 5 à 1687 il fait partie du camp de TAdoun Le grand Condé mourut à Fontainebleau le 1 1 décembre 1686, et légua ses régiments d'infanterie et de cavalerie à son fils Henri Jules. Le régiment, qui se trouvait de nouveau au camp de la Saône en 1688, a fait toutes les campagnes de la guerre de la ligue d'Augsbourg en Flandre , sur la Moselle et sur le Rhin. Il s'est distingué à Fleurus et à Neerwinden et a servi au siège d'Ath, dernier acte de cette guerre.
Pendant la guerre de la succession d'Espagne, il sert en 1701 à l'armée de Flandre, se trouve au combat de Nimègue, passe à l'armée du Rhin, et assiste à la bataille de Friedlingen. En 1703, il est au siège de Kelh et à la première bataille d'Hochstedt; en 1704 il partage la disgrâce de l'armée du Rhin à la seconde bataille d'Hochstedt ou de Bleinheim, est envoyé en Flandre, revient sur le Rhin à la fin de 1706, repasse en Flandre en 1706, retourne en Allemagne en 1708,
fait en Flandre les campagnes de 1709 à 1712^ et celle de 171 3 sur le Rhin. Il était devenu le i5 septembre 170g la propriété de Louis Henri, duc de Bourbon, et, le i®' avril 17 10, celle du deuxième duc de Bourbon, qui portait les mêmes prénoms que son père.
En 1727 le régiment est au camp de la Sambre; en 1730 il est à celui de la Saône, et en 1733 il prend encore une fois la route du Rhin, pour servir au siège de Kelh et de Philisbourg, et aux affaires d'Ettlingen et de Klausen. Après cette guerre il est envoyé en Bretagne, et son quartier principal est à Lamballe.
Le 21 février 1740, il devient la propriété de Louis-Joseph de Bourbon, prince de Gondé, celui de rémigration. Il part en 1741 pour la Westphalie, opère ensuite en Bavière et en Bohême, et rentre en France en juillet 1743. Il sert alors en Alsace sous le maréchal de Coigny, passe Thiver à Dijon, se rend à Belfort au mois de mai 1744, et se trouve à la prise de Weissembourg, à la défense des. lignes de la Lauter, à Tafifaire d^Augenheim et au siège de Philisbourg. Il passe Thiver à Pontarlier, et participe en 1 745 à la prise du poste de Kronembourg. Appelé en Flandre en 1746, il figure au siège de Mons et à la bataille de Raucoux, Tannée suivante à celle de Lawfeld et en 1 748 au siège de Maëstricht.
En quittant Tarmée de Flandre, Condé s'ar*
Condê. 373
rête un instant à Ath, et va en 1749 à Valenciennes et Saint-Quentin, en 1751 à Rethel et Givet, en 1762 à Neufchâteau, en 1764 à Condé, en 1755 au camp d'Aimeries et Condé, puis à Marnay, Pesmes, Charmes, Épinal et Sedan, qu'il quitte en 1767 pour Neuss.
Le régiment a fait toutes les campagnes de la guerre de Sept ans sous Estrées, Richelieu et Soubise. Il était à Haastembeck et Rosbach; il fut fort engagé à Créfeld, et son lieutenant-colonel Leclerc, devenu chef de brigade au corps en 1793, y fut blessé.
Condé a été réorganisé à Lille le 28 mars i^6'i^ et il y reçut Tincorporation du régiment de Toulouse-Lautrec, dont le brillant chef était devenu son mestre de camp. On le trouve ensuite en 1763 à Limoges, en 1765 à Dole, en 1766 à Besançon, en 1767 à Belfort, en 1768 à Limoges, en 1770 à Lille, en 1772 à Saintes, en 1773 à Bordeaux, Condom et à Limoges, en 1774 à Arras, et en 1776 à Hesdin. C'est dans cette ville qu'il fut transformé en régiment de dragons par suite de l'ordonnance du 25 mars 1776, qui lui donna le II® rang de l'arme. On versa en même temps dans ses rangs le 3® escadron de chasseurs de la légion de Lorraine.
Après cette transformation, Condé-dragons fut envoyé en 1 776 à Fougères, à Saint-Malo et au camp de Paramé, en 1778 à Metz, en 1779 à
Stenai, en 1780 à Bourges et Issoudun, en 1781 à Bayeux, en 1783 à Besançon, en 1788 à Metz et au camp de Frescati, en 1 790 à Épinal et Vaucouleurs, et à Verdun en mai 1 792. Il était devenu le 2^ dragons, et c'est sous ce nom qu'il a fait partie en 1792 de Tarmée des Ardennes.
Après l'expulsion de l'armée prussienne, il a servi à l'armée du Nord, a pris une part brillante le ï8 mars 1793 à la bataille de Neerwinden, et fut envoyé dans la Vendée après la perte de la Belgique. On le trouve à la fin de 1 794 et en 1 795 à Douai, à Saumur, à Tours et à Gompiègne. Il était probablement partagé en deux. De la fin de 1795 à 1797, il fait partie de l'armée de Sambre et Meuse, et se distingue au combat de Bamberg. En 1797 il compte dans les armées de l'Ouest et de Mayence. En 1798 il combat sur le Danube, et les deux années suivantes avec l'armée du Rhin. De 1801 à i8o5, il stationne à Lille, Ypres, Bruges, Dunkerque, Amiens et Péronne. De i8o5 à 1 808, il fait partie de la grande armée, et ensuite de l'armée d'Espagne jusqu'en 181 3. Il passe alors au corps d'observation de la Bavière, fait partie en 18 14 du 5® corps et de la garnison de Dantzig, et en 1 8 1 5- de la 4^ division de réserve de cavalerie.
A son retour d'Allemagne en 18 14, il vint à Paris et reçut le titre de dragons du Roi avec le numéro i de l'arme, resté vacant depuis la for-
Bourbon, iy5
mation des chevau-légers lanciers. Il reprît le numéro 2 le 23 avril 181 5 et fut licencié le 4 décembre. Il a versé son fond dans le nouveau 2® de dragons, formé en 18 16 sous la dénomination de dragons du Doubs.
Le vieux Condé-Cavalerie avait des guidons bleus d'un côté, avec le soleil et la devise du roi en or \ le revers était ventre de biche, et on y voyait un soleil d'argent qui allume un bûcher en pleine campagne, avec cette devise: Da materiam, splendescam , Le tout brodé et frangé d'argent.