‹ Histoire de la céramique; étude déscriptive et raisonnée des poteries de tous les temps et tous les peoplesChapitre 10 sur 145 · THÉOGONIE. - SYMBOLES · texte numérisé non relu

THÉOGONIE. - SYMBOLES

I-^étiule (le ce grand empire, perdu au bout du monde, a subi bien ^^ vicissitudes et présente encore d'immenses difficultés : lorsque

P^ lotirent les relations si vraies et si imagées de Marco Polo, elles sus- *^^Tent l'incrédulité; quand nos missionnaires parvinrent, non-seule-

^^^*ità pénétrer au cœur du pays, mais à conquérir les bonnes grâces

^^^ souverain, ils cherchèrent à nous éclairer par leurs publications;

*^ firent plus, ils nous adressèrent les ouvrages d'art les plus précieux,

^^^ merveilleuses porcelaines, dès lors si ardemment colligées, ces

*^<X^^7 ces meubles en bois sculpté où figurent les dieux et les héros. . .

^î^lgré cela, le dix-huitième siècle voyait encore le peuple chinois

^^^is un aspect grotesque, et il créait avec le plus risible sang-froid

^^e image idéale de ce peuple qui s'était si fidèlement peint lui-même

^^tisles objets possédés par tous les curieux.

Aujourd'hui, dira-t-on, nous n'en sommes plus là, le jour de la ^'^fité luit sur l'extrême Orient; la Chine est ouverte... oui, ouverte P^ï* la violence. Ce pays, si fier de sa vieille civilisation, s'est vu forcé

(rabaisser ses barrières devant nos canons; mais il n'en mettra que plus de soin à éviter tout contact moral avec les barbares qu'il redoute; il nous cachera ses mœurs, dissimulera ses lois, et bornera ses relations à ce que les traités exigent... Rien de plus.

Aussi, qu'a-t-on appris? qu'a-t-on vu?

Beaucoup ont couru là, sans préparation, sans but précis, poussés par la banale curiosité de l'imprévu; puis chacun est revenu sans bagage, se pressant de livrer au public des appréciations contradictoires et fantaisistes, ce qui devait être, en l'absence de tout critérium, et chaque individualité modifiant ses impressions suivant la nature de son éducation et de son tempérament. Ainsi rien de neuf, rien de sûr a propos de la Chine; ce qu'on a de mieux à faire pour essayer de la connaître, c'est encore de s'en rapporter aux anciens récits, l'histoire écrite des Chinois étant la plus vieille du monde.

Certes, nous ne prétendrons pas, d'après certains auteure, qu'on puisse faire remonter la période de Pan-Kou, le premier homme, l'Adam chinois, à quatre-vingt-seize millions d'années avant notre ère. Ordonnateur du monde, cet être presque divin eut à séparer le ciel do la terre et à chercher sur celle-ci un coin où il pût s'établir en le disputant aux éléments. Après lui vinrent des êtres au corps de serpent, à la tête de dragon ornée d'un visage de fille et aux pieds de cheval ; des dragons à la face d'homme, etc. C'est à la suite de ces créations extravagantes que les mythographes placent l'apparition de l'homme tel que nous le connaissons, et l'avènement de Fou-Hi, qui, 5,468 «ins avant Jésus-Christ, traça les huit Koua ou symboles, régla la musique, établit les lois, l'union matrimoniale, et posa, en un mot, les bases d'une société régulière.

En l'an 2,698 parut Hoang-ti, prince civilisateur plus remarquable encore ; sous son règne la boussole, la sphère, le calendrier furent inventés, ainsi que les bateaux et la navigation; la monnaie remplaça l'échange en nature; le tribunal chargé d'écrire Thistoire fut institué en même temps que le cycle de soixante ans, destiné à noter les périodes; a l'arithmétique, la géométrie, l'astronomie vinrent éclairer le monde, et les peuples étrangers, émus au spectacle de tant de merveilles, rendirent hommage au souverain de l'empire du Milieu. »

Le ciel ne pouvait manquer de récompenser d'aussi grands services ; voici donc ce que rapporte le Chou-King sur la fin de Hoang-ti : Un

jour l'eitipproiir, accompagné de ses principaux ministres, songeait aux choses qu'il avait accomplies, lorsqu'un immense dragon, descendant lies nues, vint s'abattre à ses pieds ; le souverain et ceux qui l'avaient secondé dans ses travaux s'assirent sur le dos de la béte sacrée, qui reprit aussitôt son vol vers l'empyréc. Quelques ambitieux courtisans, essayant de s'associer à cette glorieuse apothéose, saisirent tes barbes ilu dragon ; mais ces appendices se rompirent et précipiteront ceux qui s'y étaient attachés. Hoang-tï, touché de pitié, se pencha, laissant lomberson arc. Ce trophée a été conservé avec soin, et la piété vient l'honorer dans un temple, à certains jours de l'année.

Ces fables, mêlées à des faits historiques, ont un côté touchant ; el les montrent chez le peuple chinois une profonde intelligence et une saine appréciation des services qu'ont su lui rendre les hommes illustres. fl'^nué de spiritualisme, n'ayant qu'une notion vague et imparfaite ue la Divinité, une idée plus obscure encore de Tùme et de la fin de l'homme, ce peuple singulier ne pouvait faire mieux que de placer au '■'el ses premiers législateurs, ses grands philosophes et les inventeurs «es choses véritablement utiles. La femme deHoang-ti, Loui-tseu, enseipna aux dames qui l'entouraient l'art d'élever lesversàsoie,de filer les ^***^:<»ns et d'en lisser une étoffe propre à faire des vêlements; avec le ^*m ps, cette industrie devint l'une des sources delà prospérité du Céleste- "^^pire; si, alors, le Chou-King était écrit, s'il était trop tard pour ' ^socier Ixiui-tscu au triomphe deson royal époux, '* la classa parmi les génies, et elle est encore ***^cirée sous le nom d'EBprît des mâriertel des '''^*-« à soie..

Wous venons de le dire, comme la plupart des *^ ■ i gions primitives, la théogonie chinoise est con- •-■scs el difficile à saisir; elle admet d'abord deux »**"* rici[>es, le yang ei le yn, l'un actif, l'autre ■'^Ssif; le yanff force créatrice, matière en mou- **^Tncnt, a sous sa dépendance le ciel et tout ce I'>i *st md/c et noble. Le yn, matière inerte, plas-

'■**l*ie, principe femelle, domine la terre et ies *"° ""^^^ll^™ '""''' *^réations inférieures. Ti l'esprit du ciel, Cke * «sprit de la terre, qui préside à toutes ses productions, constituent 'loïic (le fait deux dieux correspondant aux deux principes, et, bien

qu'il sokL question d'un Chang-ti^ être suprême peu défini, nous ne voyons guère dans cet être qu'un dieu supérieur dans la hiérarchie céleste, et non un créateur unique et tout-puissant, La religion chinoise n'est donc qu'un panthéisme extravagant qui reconnaît et invoque des dieux du tonnerre, de la pluie, du vent, des nuages ; des esprits protecteurs des grains, des arbres, des fleurs; huit immortels; trois intendants et cinq empereurs du ciel, indépendamment des Ching ou saints, c'est-à-dire des législateurs, des philosophes et même des poètes.

Au reste, celte religion se divise en deux branches très-distinctes, fondées chacune par une illustre individualité; parlons d'abord de Lao-Tseu et des légendes fabuleuses qui se répandirent sur sa naissance. Le père du philosophe n'était qu'un pauvre paysan demeuré célibataire jusqu'à l'âge de soixante-dix ans; il se maria enfin à une femme de quarante ans qui conçut, dit-on, sous l'influence d'une grande étoile tombante; elle demeura enceinte quatre-vingt-un ans, et le maître qu'elle servait, lassé d'un prodige nuisible à ses intérêts, la chassa sans pitié. Comme elle errait dans la campagne, elle se reposa sous un prunier et mit au monde un fils ddnt les cheveux et les sourcils étaient blancs ; le peuple, frappé de ce fait, désigna le nouveau-né par le nom de Lao-Tseu, qui signifie vieillard enfant.

Voilà le signalement mythique; en réalité notre Chinois est tout autre chose; vivant dans le septième siècle avant Jésus-Christ, alors que le désordre régnait en Chine, il se réfugia dans la vie simple et modeste du savant; il étudia longtemps les ouvrages des sages de l'antiquité et paraît môme avoir été dans l'Inde s'initier aux doctrines professées par Bouddha ; de la méditation de ces théories abstraites sortit le traité célèbre appelé : Tao-te-King, le Livre de la raison suprême et de la vertu. Dans l'état de dissolution sociale où se trouvait l'empire, un' pareil ouvrage eût pu rendre les plus grands services, s'il n'eût été par trop idéologique et si ses préceptes n'eussent porté les hommes à la contemplation ascétique et solitaire plutôt qu'à la solidarité sociale.

Aussi le livre devint la base d'une religion absurde dont les sectateurs, nommés Tao-sse, tombèrent dans les rêveries les plus extravagantes. La magie, la recherche du breuvage d'immortalité s'introduisirent dans les pratiquesdu Tao et en obscurcirent la morale. L'auteur

du livre, divinisô, fui considéré comme antërieiir au monde créé et ajart contribué à en accomplir les destinées. C'est comme tel, c'est-àdire à l'état de IHeti $tiprême ou Chang-H, que la céramique nous le montrera le plus souvent ; parfois il ^^^ ^"-^

sera représenté sous la forme simple .

du dieu de la longévité Chenu-lao. Dans i

tous les cas, sa tête vénérable, monstrueusement élevée à la partie supérieure, apparaîtra douce et souriante avec ses sourcils et ses cheveux blancs ; monté ou appuyé sur un cerf, il tiendra fréquemment dans sa main le fruit de Tarbre fabuleux de Fan-tao, qui fleurit tous les trois mille ans et ne fournil ses poches que trois mille ans après; s'il esi entouré de champignons liny-tchy, ^uî donnent l'immortalité, et qu'il ail Une robe jaune, on le reconnaîtra pour 'g suprême arbitre des choses terrestres et l'élernel régulateur des **aisons.

En 55i, c'est-à-dire environ un demi-siècle après Lao-tseu, naquit, •-•onfucius ou plutôt Koung-lseu, le véritable législateur de l'empire du "•îïieu. Frappé, comme son prédécesseur, du désordre moral des mas- '**ïs, il s'appliqua à rendre les hommes meilleurs en les ramenant à ' observation des anciens usages, en codifiant les lois et en ravivant le ^^ouvenir des sages de l'antiquité. Ses vertus groupèrent autour de lui **<^ nombreux disciples ; ses doctrinessc répandirent avec sa réputation. ^*- il devint, malgré sa modestie, le chef de la religion chinoise.

A vrai dire, Koung-tseu se montre très-réservé dans son spiritua- '>snie; il dirige les hommages des hommes moins vers la Divinité elle- ***^ine que vers la manifestation de sa puissance. Le renouvellement des saisons, le retour du soleil dans sa position vivifiante au prin- '^ttips, la fécondation des terres, la récolte : voilà ses fêtes religieuses, ''^s autres, plus fréquentes, ont pour but de rendre ineffaçable le sou- ^enir des empereurs vertueux, des grands philosophes et des bienfai- '^urs de l'Iiumanité ; pénétré, d'ailleurs, des tendances matérialistes "^ la nation chinoise, il cherche h y obvier en mettant au premier rang

28 flISTOIRE [>E LA CËRAMIUlJt':.

des devoirs sociaux le respect des liens de la famille; il trouve en même temps un moyen de relier le passé au présent, l'infini et le monde visible, en créant ce culte des ancêtres, aujourd'hui 61 profondément enraciné dans les masses, qu'il a été le principal obstacle à l'introduction du christianisme en Chine, les autorités ecclésiastiques Payant considéré comme une véritable idolâtrie.

Voilà donc les deux religions ou plutôt les deux sectes religieuses nées au Céleste-Empire ; la première spéculative et se prêtant, à défaut de base spiritualiste, à toutes les extravagances de la superstition; l'autre purement philosophique et condamnant ses adeptes, par l'exagération du respect de la tradition, au $laUi quo et à l'harreiir du progrès. Il en est une troisième qui s'y est mêlée plus lard, c'est le bouddiiismo, dont les principes abstraits, adoptés en partie par Lao-Tsou, connus certainement de Koung-Tseu, devaient prendre enfin une notable importance en Chine.

Fo, ou Bouddha. Kouin-in.

Ou mélange de ces doctrines surgit une iconograpliie singulière, difficilement explicable, et qui a souvent suscité les attributions les plus contradictoires; la figuration de Confucius assisoudebouldans une attitude tranquille, coiffe du bonnet de lettrt> et tenant le rouleau manuscrit ou le sceptre de bon augure, doit rentrer dans la catégorie des portraits; il en est de même de fionddhn, personnification de la philosophie indienne. Mais il est de v^'rilnldes divinités dont le carne-

tvre reste indûcis; toiles Kouan-in, gracieuse liemiiic voilée, les jeux {laisses, parfois assise et tenant le sou-cliou (chapelet), parfois debout portant un enfant, appuyée sur le cerf on l'oiseau sacré. Nos missionnaires ia désignèrent d'abord sons le nom de vierge chinoise : mais en la (pouvant montée sur un lotus, ou la poitrine imprimée du signe ttraslika i^ qui annonce le salut et donne une consécration religieuse ùlt>ut ce qui en est marqué, il faut la reconnaître pour une figuration bouddhique. Kouan-in est une de ces divinités symboliques et hermaphrodites que l'on identifie tantôt avec le soleil, tantôt avec le Dieu supnimcel créateur; c'est ce qu'indique alors le swastika indien, apj>elé |»ar les Chinois Wan-Tsé, les dix mille choses, la création.

Un autre Dieu, purement chinois, car il esl la personnification du sensualisme, est Pou-tai ; obcsc, débraillé, monté ou appuyé sur

Hicu du conicnlcmrrni

"uire qui renferme les biens terrestres, sa figunî, aux yeux demi-

™^» rayonne sous un rictus éternel ; cette niasse aloui-die par la lionne

•^ ^^ti et l'insouciance, les anciens voyageurs nous l'avaient a])porté«

**'"* le nom de Pou-sa, le Dieu : c'est celui du cotitôntement, et il

^'■"- Si; bien i>énétrer des idrés chinoises pour l'admettre sous cette

*''^Ortii nation. Au Céleste-Empire, en effet, un fonctionnaire annonce

•^'Jtanl plus de mérite que sa robuste corpulence l'emplit mieux le

^**uil où il doit siéger. Pou-tai a été considéré par quelques voyageurs

^*^Hie le dieu de la porcelaine.

. "^^Oiis [Kturrions augmenter encore le panthéon chinois en décrivant

'-^ ï«;u de la guerre, avec son ventre proéminent, sa face ronge et nie-

^^ntc, sa lance au fer tranchant; la déesse des lalcnis, qui laisse

^^ lier des perles, et mille autres divinités secondaires qui président

à la naissance des plantes et aux principaux phénomènes de la nature. Nous aurons occasion de les mentionner dans les pages qui vont suivre.

Abordons d'autres figurations symboliques qui se lient étroitement à la religion chinoise. Les premiers hommes des Cent familles, comme l'histoire appelle l'ancienne nation, furent-ils témoins des dernières convulsions du globe? auraient-ils aperçu les reptiles monstrueux, les animaux incroyables dont Guvier nous a restitué l'image d'après leurs débris fossiles? On serait tenté de l'affirmer en examinant leurs dragons. Sauriens gigantescjues à quatre membres armés de griffes puissantes, et terminés par une tête effroyable, squameuse et fortement dentée, ils ont un aspect terrible. On en distingue plusieurs : leLofig^ dragon du ciel, être sacré par excellence; le Kau^ dragon de montagne, et le Li, dragon de la mer. Le Dictionnaire de Khan-hy contient, au mot Long^ la description suivante : a II est le plus grand des reptiles à pieds et à écailles; il peut se rendre obscur ou lumineux, subtil et mince, ou lourd et gros, se raccourcir, s'allonger comme il lui plaît. Au printemps, il s'élève vers les cieux; à l'automne, il se plonge dans les eaux. Il y a le dragon à écailles, le dragon ailé, le dragon cornu, le dragon sans cornes, enfin le dragon roulé sur lui-même, qui n'a pas encore pris son vol dans les régions supérieures. »

Les Chinois donnent à plusieurs immortels la ligure du dragon; l'apparition de cet être surnaturel n'a lieu, selon le Chou-King, que dans des circonstances extraordinaires, telles que la naissance d'un grand empereur, le commencement d'un règne favorable aux hommes : alors le dragon traveree les airs, hante les palais et les temples, et se montre aux philosophes.

Le Khi'lin est aussi un animal de bon augure ; son corps est couvert d'écaillés, sa tête rameuse ressemble à celle du dragon ; ses quatre pieds délicats sont terminés par des sabots fendus semblables à ceux du cerf; il est si doux et si bienveillant, malgré son apparence formidable, qu'il évite, dans sa course légère, de fouler le moindre vermisseau.

Le Chien de Fo^ ou de Corée, qu'il ne faut pas confondre avec l'être fabuleux qui précède, a les pieds armés de griffes, une tête grimaçante à dents aiguës et une crinière frisée ; son aspect général le ferait prendre pour un lion modifié par la fantaisie orientale. Dans l'ancienne curiosité on l'appelait chimère.

Le Chien de Fo est le défenseur habituel du seuil des temples et de J 'autel bouddhique, sa représentation est très- fréquente.

Cheval sacré. L'histoire rapporte qu'au moment où Fou-Iii cherchait à combiner des caractères propres à exprimer les formes diverses de la matière et les rapports des choses physiques et intellectuelles, un cheval merveilleux sortit du fleuve portant sur son dos certains signes dont le philosophe législateur forma les huit Koua qui ont conservé le nom de source des caractères.

Le Fonj-Aoangf, oiseau singulier et immortel, demeure au plus haut des airs et ne se rapproche des hommes que pour leur annoncer les événements heureux et les règnes prospères. Sa tête ornée de caroneiiles, son col entouré de plumes soyeuses, sa queue tenant de ceUe de l^'argus et du paon, le font facilement reconnaître.

Li^'étude de ces êtres fantastiques est indispensable pour apprécier le dôeor des vases chinois ; en effet, dans la haute antiquité, les souverains enl adopté pour symbole le fong-hoang et le faisaient figurer sur choses à leur usage; plus tard le dragon lui ayant été substitué, ^ ^oiseau sacré devint l'insigne des impératrices.

Le dragon impérial a les membres armés de cinq griffes ; il est éga- *^^**^ent l'attribut des fils de l'empereur et des princes de premier et de rang. Les princes de troisième et de quatrième rang portent le ^ ^îigon à quatre griffes ; mais ceux de cinquième rang et les mandan'ont plus pour emblème qu'un serpent à quatre griffes appelé

Indépendamment des êtres sacrés et fantastiques dont il vient d'être

^^^stion, certains animaux ordinaires peuvent prendre aussi une valeur

^yrnbolique; nous avons déjà mentionné le cerf blanc et Taxis, qui ac-

^(>Onpagnent habituellement le dieu de la longévité ; seuls ils expriment

^^ longue vie aussi bien que la grue ; celle-ci, dit-on, prolonge son

^^îs^islence jusqu'à des limites extrêmes et prodigue les soins les plus

i^vichants à ses vieux parents jusqu'à leur mort. Le canard mandarin

p^^sse pour être tellement attaché à sa compagne qu'il meurt de cha-

gtin si on l'en sépare ; il est devenu le type de la fidélité conjugale et

d'une heureuse union.

Les douze tchy périodiques du cycle de soixante ans sont représentés en Chine par des animaux correspondant aux douze lunes ; en d'autres termes, ce sont les signes du zodiaque chinois : voici leurs noms dis-

32 HISTOIRK DE LA CERAMIQUE.

posés d'après Icrumb, en commençant par le nord : novembre, le rat; — décembre, le bœuf; — janvier, le tigre ; — février, h lapin ; — mars, le dragon; — avril, le serpent; — mai, lécherai; — juin, le lièvre; — juillet, le singe; — août, la poule; — septembre, le chien ; — octobre, le sanglier.

Nous pourrions étendre cette nomenclature en y ajoutant les plantes symboliques ; nous préférons nous arrêter ici et renvoyer à ce que nous aurons à dire des fleurs au point de vue de la décoration des vases.

11 est un autre symbolisme sur lequel nous avons a insister, c'est celui des couleurs et des formes ; rien en Chine n'est livré au caprice et à la fantaisie ; il ne dépend pas de la volonté de celui qui fait bâtir une maison de choisir la couleur des tuiles dont elle sera couverte, ou d'en faire peindre les murs et les portes à sa convenance ; les preuves en fourmillent dans la littérature chinoise. Nous lisons, dans le roman des deux jeunes filles lettrées, cette description d'une villa impériale :

a Du haut en bas on tie voyait que des briques émaillées en vert. Les murs d'enceinte brillaient de l'éclat du vermillon. »

Aussi, un bonze interrogé sur le nom du possesseur de cette résidence répond : « Vous voyez là une maison de plaisance de l'empereur. N'avez-vous pas remarqué que le toit du bâtiment est couvert de tuiles émaillées en vert, et que les murs d'enceinte sont peints, en rouge? Quel est le magistrat, quel est le prince ou le comte qui oserait usurper une telle décoration ? »

Les plus anciens livres de la Chine nous ont conservé les lois de cette symbolique : les couleurs fondamentales sont au nombre de cinq correspondant aux éléments (l'eau, le feu, le bois, les métaux, la terre) et aux points cardinaux. « Le rouge appartient au feu et correspond au sud; le noir appartient à l'eau et correspond au nord: le vert appartient au bois et correspond à l'est, le blanc appartient au métal et correspond à l'ouest, » dit le commentaire du Li-Ki. a Les rit4îs olw serves sous les trois dynasties (Hia, Han et Cheou, de 2,205 ans avant Jésus-Christ, à 264 de notre ère) ont toujours été les mêmes, et le peuple les a unanimement suivis. Si quelque chose a subi des modiiU cations, ce n'a été que la couleur blanche ou la couleur verte caractéristique de telle ou telle dynastie. »

On trouve encore dans le Tcheou-li (Ie8 rites des Tcheoii, du don-

zièmc au huitième siècle avant l'ère vulgaire) : « Le travail des brodeui"s en couleurs (hoa-hoei) consiste à combiner les cinq couleurs.

« Le côte de l'orient est le côté bleu. Le côté du midi est le côté rouge. Le côté de l'occident est le côté blanc. Le côté du nord est le côté noir. Le côté du ciel est le côté bleu noirâtre. Le côté de la terre est le côté jaune. Le bleu se combine avec le blanc. Le rouge se combine avec le le noir. Le bleu noirâlre se combine avec le jaune.

c< La terre est représentée par la couleur jaune ; sa ligure spéciale est le carré. Le ciel varie suivant les saisons. ce Le feu est représenté par la figure du cercle. c< L'eau est représentée par la figure du dragon. « Les montagnes sont représentées par un daim. c< Les oiseaux, les quadrupèdes, les reptiles sont représentés au naturol. »

Si singuliei's qu'ils paraissent, ces principes trouvent leur applica-

tioix immédiate ; la dynastie des Ming avait adopté pour livrée la cou-

'eui- verte; les Taï-thsing prirent la couleur de la terre ou le jaune ;

les ^ases où ces couleurs dominent seront donc en quelque sorte datés

^t sj)écialisés dans leur emploi.

Quant aux formes, retenons ceci : les choses soumises au principe

ïïi Aie (yang), le soleil, le feu et tous les phénomènes de Tordre moral

*^ jîlus élevé, sont représentées par ce qui est circulaire ou ovale et

P^ï* les divisions impaires. Ce que domine le principe femelle (jn), la

'^^ï^c, la terre et les faits d'un ordre inférieur, est représenté par le

^*^^*i'éou le rectangle et par les nombre pairs. Le plan d'un vase, l'ob-

^^^ i'^alion de ses angles ou des divisions de son décor, vont nous éclairer

^M-i.* sa destination religieuse et sur le rang de celui qui peut s'en servir,

^îxx* dans la hiérarchie sociale certains fonctionnaires doivent se borner

'^^^^ culte des esprits d'ordre secondaire ; les autres ont droit de rendre

*^c>iiimage îIux puissances supérieures; à l'empereur seul appartient

*^ devoir suprême de certains actes comme les sacrifices au Chang-ti,

*^ ï'éception du printemps, l'ouverture du labourage. En réunissant

^^^5> données curieuses à celles qui sont fournies par les couleurs et les

^^ï"cs symboliques, un vase devient donc un monument historique

^^eilement explicable, et digne en même temps d'être étudié par l'ar-

^*^te et par le philosophe.

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