‹ Histoire de la céramique; étude déscriptive et raisonnée des poteries de tous les temps et tous les peoplesChapitre 9 sur 145 · TERRE SAINTE. — JUDÉE · texte numérisé non relu

TERRE SAINTE. — JUDÉE

Moïse ; il encouragea leurs plaintes, les défendit contre leurs agres- Siiîurs et, ayant même tué un de ceux-ci, il dut s'exiler pour fuir la oolère du roi Ménéphtah, fils de Ranjsès II.

C'est à la mort de ce monarque, et pendant les troubles qui suivimr^ni son règne, que Moïse revint, commençant une lutte ouverte qui s^e termina par le passage de la mer Rouge en 1491 avantnotre ère.

On sait le reste : cette rude traversée du désert où les plaintes in- ^2!i^ssantes du peuple délivré venaient assaillir le libérateur. Mais ce u'on doit remarquer, c'est la trace profonde qu'un contact de moins l'un siècle avec un peuple de religion différente laissait au cœur de -^îuîs hommes primitifs; l'apparence panthéiste des croyances égyptiennes .-e traduisait chez eux par des tendances vers la plus grossière îdolârie. Moïse montait-il au Sinaï pour recevoir la loi dont le premier précepte se formulait ainsi : Un seul Dieu tu adoreras, il trouvait à son '■""-etour un peuple enivré, dansantautour d'un veau d'or qu'il avait improvisé pour idole, en souvenir inconscient des honneurs rendus à la Ipure mystique d'Apis.

Ainsi l'on doit admettre a priori que l'art hébreu fut une des bran-

îhes de la souche égyptienne modifiée dans ce sens qu'il fallait éviter

ouïe figuration pouvant prêter à l'idolâtrie : « Tu ne feras point d'i-

^*nage taillée ni aucune figure pour les adorer ni pour les servir. » Et

encore cette proscription de l'image est-elle plutôt le fait du législateur

^ue de Dieu lui-même, puisque l'arche devait, selon Tordre divin, être

gardée par des figures de séraphins, puisque la cuve de purification

^tait supportée par des bœufs.

Un précieux fragment, recueilli en Judée et conservé dans les galeries du Louvre, prouve que la céramique des Hébreux était semblable à celle des Égyptiens : c'est encore la terre siliceuse, émaillée de bleu, qui fournissait les amphores et les coupes, les ampoules côtelées et les lampes. Si les témoignages sont ici phis rares que partout ailleurs, il le faut attribuer aux tendances luxueuses des Israélites qui, dans tous les temps, recherchèrent les métaux précieux, les gemmes, les bijoux et les vases de prix. C'est avec les pendants d'oreilles, les bracelets de ieurs femmes et de leurs enfants qu'ils formèrent le veau d'or. C'est avec des offrandes de même genre que Moïse trouva plus tard les moyens d'ériger le tabernacle, de construire l'arche, le chandelier à ?>opl branches et les divers instruments du culte, dont la confection fut

confiée au talent de Bésélëel et Ooliab, les artistes ce désignés par Dieu lui-même et remplis de son esprit. »

Ce goût pour les matières précieuses se conserva toujours, en dépit des malheurs qui fondirent sur la nation juive. Marangoni rapporte que lorsque Cyrus, roi de Perse, permit aux Hébreux de retourner à Jérusalem et d'y relever le temple de Dieu, il leur restitua les objets d'or et d'argent pris par Nabuchodonosor, et qui, d'après Esdras, montaient au nombre de cinq mille quatre cents, parmi lesquels on distinguait : phyales d'or, trente; phyales d'argent, mille; couteaux de sacrifice, vingt-neuf; coupes d'argent, quatre cent dix ; autres vases, mille.

Bien qu'il s'agisse là de choses consacrées au culte, il est difficile d'admettre qu'un peuple aussi porté vers les œuvres de l'orfèvrerie ait appliqué ses soins à Ja modeste poterie de terre ; la mission des céramistes devait être généralement de satisfaire aux besoins journaliers de la masse du peuple, et ces ouvrages, que ne distinguait ni l'art, ni la consécration des usages relevés, ont nécessairement disparu par l'effet du temps. Estimons-nous donc heureux que quelques fragments plus distingués échappés à la loi commune nous permettent de juger de la matière, de reconnaître les formes et le style, et de rapprocher avec certitude les écoles égyptienne et juive.

Les paroles de la Bible, appuyées par les monuments recueillis en Judée par le savant M. de Saulcy, prouvent qne les clochettes, les grenades, les raisins et en général les motifs empruntés à la nature végétale, formaient le fond de Tornementation des Hébreux ; ils voulaient ainsi se distinguer de la nation égyptienne et s'écarter d'un symbolisme idolâtre, condamné par la loi hiéralique. La Judée est donc le véritable berceau de l'iconoclastie et la règle adoptée par ces peuples pasteurs, transmise sans doute aux peuples voisins et rendue plus étroite encore par la création de l'islamisme, deviendra la base de l'art arabe et la cause de sa fécondité ornementale.

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