GOUVERNEMENT. — LANGAGE
Dans un pays où la religion est réduite au respect de tout ce qui est ancien et traditionnel , on ne s'étonnera pas de trouver un gouvernement absolu et théocratique. L'empereur , personnage sacré, Fils du Ciel, comme on le nomme, est le chef des deux pouvoirs spirituel et temporel ; des agents supérieurs , réunis en tribunaux et ministères , reçoivent la délégation d'une partie de son autorité et la transmettent aux gouverneurs des provinces qui dirigent à leur tour l'administration civile et le culte.
Un pareil système gouvernemental semblerait avoir été créé au profit d'une aristocratie. Loin de là; en Chine, l'accès des places est facile à tous ; des concours publics ouvrent aux lettrés les diverses carrières de l'administration publique ; nul ne peut arriver à être préfet ou gouverneur de province s'il n*a conquis les grades académiques; seulement, soumise à une règle commune, l'instruction peut et doit fournir des hommes savants pour les places officielles, mais elle ne saurait préparer des spécialistes; en sorte qu'un han-lin (académicien), enorgueilli du succès de ses poésies, peut tout d'un coup être appelé à commander une armée. Ne nous étonnons donc pas si la Chine, divisée par les parlis, conquise et reconquise par des dynasties diverses, a fini par subir la loi de l'étranger, malgré sa civilisation antique et son innombrable population.
L'empire du Milieu était, d'ailleurs, condamné à une immobilité prématurée et à un abaissement certain par la nature de son langage et de sa littérature.
D'après les plus anciens témoignages historiques, Foù-hî inventa l'art d'écrire pour remplacer l'ancien système des cordelettes nouées ; il traça, dans ce but, huit koua ou symboles qui ne pouvaient suflîre longtemps aux besoins d'une société progressive; aussi, 2698 ans avant J.C., Thsang-hié, ministre de la droite de Hoang-ti, eut-il ordre de développer l'invention rudimentaire de Foù-hî.
L'écriture de Thsang-hié paraît être le Kou-wen^ identifié par quelques auteurs avec l'écriture Khô-leou , à forme de têtard ; elle était purement figurative et fut tellement modifiée par le caprice des nova* teurs de ces anciens temps, que, dans son livre des Sentences, Koungtseu se plaint amèrement de l'oubli des anciennes formes.
L'empereur Sioueii-Wang , de la dynastie des Tcheou (826 ans £!.>'. J.-C), sentit la nécessité d'une réforme, et il chargea Tcheou ^ j> résident du tribunal des historiens , de déterminer les caractères qui £3i. liraient cours désormais. Ce ne fut pourtant que cinquante ans plus C^urd , lorsque Chi-hoang-ti devint Tunique souverain de la Chine, u'on put régulariser l'emploi du Ta-tchouan de Tcheou ; on voulut le perfectionner en lui donnant une symétrie factice ; de celte €:^niative naquit le Siao-tchouan^ dont l'emploi demeura borné aux ^z^^chets et aux sceaux.
Une révolution devait bientôt s'accomplir;- le papier fut inventé, :a:-einplaçant les feuilles d'arbre et les tablettes enduites de vernis sur l<3squelleson gravait à la pointe; le nouveau subjectile exigeait l'emploi 'une encre fluide posée au pinceau; or ce procédé conduisait forcé- Tient à une délinéalion plus cursive. Tching-mo écrivit 3,000 caractères en se conformant au nombre et à la disposition des traits déjà saftdoptés. Cette écriture élégante devint officiellement celle des ministères az^l des tribunaux; de là le nom de Li-chou^ écriture des bureaux qui 1 ui a été donné.
Sous l'empereur Youenti (48 à 33 av. J.-C.) , un eunuque du alais inventa des caractères cursifs qu'on employait dans les placets et apports soumis au souverain; perfectionnés bientôt par un calligraphe élèbre, ils devinrent d'usage général sous le nom de Thsao-chou. Cependant cette tachygraphie capricieuse, difficile à lire à cause ^les ligatures et des abréviations , perdit faveur ; elle avait amené une véritable perturbation dans l'éducation nationale , et l'on comprit la :nécessité de revenir à l'usage de signes exacts. L'écriture /i, ou des l)ureaux, légèrement modifiée et régularisée de manière à se prêter à la composition des livres imprimés, fut établie sous la dénomination de JKat-cAou; c'est elle qui sert encore de nos jours. La première invention en parait due à Sse4chong^ roi de Tchang-Kou, qui vivait sous les Tsin(265à419).
Nous donnerons plus loin des types de ces divers caractères , mais
nvant tout nous devons dire quelques mots du système général de la
langue chinoise écrite et des modifications qu'elle a subies. Dans le
principe elle était purement figurative, mais on comprend que, sous
cette forme idéographique, elle no se prélait qu'à l'expression des idées
concrètes naturellement assez restreintes. D'ailleurs, il était impossible
(le figurer tous les objets de la nature, d'exprimer les noms propres, les affections de l'âme humaine, tous les désirs, toutes les pensées; il fallait donc trouver un nouvel élément qui rendît les sons de la langue parlée ; c'est ce que Ton fit par l'invention des phonétiques. L'idée principale fut dès lors exprimée par un signe fondamental nommé clef, auquel s'adjoignit un second groupe uniquement indicatif du son. Distinguons pourtant entre les caractères doubles destinés à représenter desirf(5cs combinées et ceux dont nous venons d'exposer le principe; dans les premiers, le rapprochement de deux figures fait naître naturellement l'idée complexe à exprimer; ainsi, en réunissant les imagesdu soleil et de la lune, on forme le caractère mi/î^ qui signifie lumière^ brillant; la figure de l'arbre répétée deux fois exprime une forêt^ linr une bouche et un oiseau signifient chant , ming ; la figure de l'eau eL celle d'un œil expriment les larmes^ pleurer.
Dans le système phonétique, le signe H qui, seul et figurativemcnt^ signifie le terrain où Ton a établi sa demeure , un espace déterminé , perd cette signification en s'adjoignant à l'image générique des poissons, le groupe prend le son H du dernier signe et forme le nom du poisson /i, la carpe ; le caractère figuratif de l'arbre, joint au signe pe blanc, devient le nom de l'arbre cyprès , pe. Si les Chinois eussent poussé cette invention jusqu'à ses dernières conséquences, ils seraient arrivés à la découverte des éléments syllabiques et même alphabétiques, et les progrès de leur littérature n'eussent plus eu de bornes. Mais, tout en augmentant par les combinaisons phonétiques, le nombre d'abord assez restreint de leurs caractères, ils restèrent soumis aux entraves naturelles de toutes les langues figuratives.
Un mot maintenant sur les divei*ses dynasties qui ont gouverné la Chine et sur la manière de qualifier les membres de ces dynasties. Au Céleste-Empire, un homme qui passe de la vie privée dans la vie publique, peut modifier son nom pour le mettre en harmonie avec ses fonctions nouvelles, ou pour exprimer les dignités dont il est revêtu ; mais le souverain , en arrivant au trône , doit perdre son individualité afin de se mieux confondre dans le grand pouvoir qu'on appelle la dynastie. Après sa mort et par un jugement analogue à celui qui se praticpiait chez les anciens Égyptiens , on |èse ses actes, et, selon leur mérite, on crée la dénomination sous laquelle il ira prendre rang dans la salle des ancêtres. Ainsi , quand l'illustre fondateur de la dynastie
La onzième, des Souï, est inaugurée en 581 par Wen-ti.
La douzième, des Thang, commence en 618, avec Kao-isou.
La treizième, dite des Liang postérieurs, arrive en 907. C'est la première des cinq petites dynasties.
La quatorzième, des Thang postérieurs, succède en 925.
La quinzième, des Tsin postérieurs, commence en 956.
La seizième, des Han postérieurs, arrive en 947.
La dix-septième, des Tcheou postérieurs, date de 951 et termine cette période de l'histoire.
La dix-huitième, celle des Soung, commence en 960 pour finir en 1279, après avoir été en concurrence avec deux autres dynasties.
La dix neuvième, celle des Kin, règne en 1125 simultanément avec les Soung.
La vingtième, des Youan, commence en 1260.
La vingt-unième, celle des Ming, accède au trône en 1568 ; voici la liste de ses divers nien-hao :
mm
568, Hong-wou, surnommé Taï-lsou.
599, Kian-wen,
405, Yong-lo,
425, Hong-hy,
426, Siouen-te,
456, Tching-tong,
450, King-taï,
457, Thien-chun, 465, Tching-hoa,
488, Ilong-tchi, 506, Tching-te, 522, Kia-thsing,
567, Long-king,
575, Wan-li, 620, Taï-tchang,
— Choui-ty.
— Tching-tsou.
— Jin-tsoung.
— Siouan-tsong.
— Ying-tsong.
— King-ti.
— Ying-tsong.
— Tchun-ti .
— Siao-tsong.
— Wou-tsong.
— Chi-tsong.
— Mou-tsong.
— Chin-tsong.
— Kouang-tsoi^g,
tchy fabriqué, nien pendant la période, Kien-long nien hao de 1 756 h 1795,. ïai'thsing^ de la dynastie très-pure ou de la dynastie des Taitlising. Mais il est assez rare que les inscriptions dynastiques prennent J^ kt y^ celte forme; le plus souvent elles se formulent en deux ^ iWi niq colonnes de trois caractères, ou en trois colonnes do ^==fe «"G n deux ; ainsi : ta ming-Tching hoa-nien tchy, se lit : ^ é^" "^ ^^^^ tchy, fabriqué pendant la période de Tching-hoa, ^ij rt/g^ ,^ de la grande dynastie des Ming. Tai-thsing kien long ypZ I ^ VFJ ujgn tchy se traduit comme il a été dit plus haut. Il est inutile d'ajouter que lorsque le nien-hao se formule en long, c'està-dire en deux lignes de trois caractères, le nom d'années se trouve divisé, le premier signe, terminant la ligne de droite, et le second commençant celle de gauche.
Lorsque l'inscription dynastique doit être réduite à quatre caractères, elle se compose uniquement du nien-hao proprement dit et de la formule nien tchy, en d'autres termes, dans les deux exemplesprécédenl^ on obtiendrait la forme à quatre caractères, en supprimant la première colonne consacrée à donner le nom de la dynastie. Pour les Ming et lesThsing, cette méthode est sans inconvénient, attendu qu'il ne se trouve aucun nom semblable répété dans l'une et l'autre. A=r^ H|- On rencontre assez fréquemment celte légende : Ta-ming ^il BH fiiei^tchy; c'est le nom d'une période qui s'étend de 457 à •>^ ^ 464, sous les Pe-soung; elle est donc fausse, ou peut-être faut-il y voir une inscription des Ming, que l'écrivain aurait contractée involontairement en passant le nom d'année.
Nous avons donné plus haut l'inscription de Kien-long en siao-
tchouan ; c'est cette légende qui nous a mis sur la voie pour la lecture
des cachets, jusqu'alors inexpliqués en France et difficiles à déchiffrer
même pour les Chinois non paléographes; en contractant cette légende
par groupes de deux caractères nous sommes parvenu à
U I reconnaître ce cachet très-fréquent sur les objets d'art. Or,
^SiS'Ij^ comme à partir du dix-huitième siècle la plupart des nien-
rxnp±lllluî
hao s'exprimaient ainsi, nous avons cherché h en déterminer la forme et nous sommes arrivé à formuler cette liste des souverains mongols, par ordre chronologique :
laimt
^ => Young-tching, 1 725 à 1 755.
Kien-long (voir plus haut) , i756 h 1795
Kia-king, 1796 à 182(1
i^ Tao-kouang, 1821 à 1850.
Ilien-fong, 1851 h
Pour l'acquit de la promesse faite précédemment de donner un exemple des principaux genres de l'écriture chinoise, il nous reste h
reproduire quelques types du Ta-tchouan. Il est très-
liabiluel de rencontrer sur les vases les deux inscrip- i < jil ^^^ lions votives /bw, bonheur et cheou^ longévité. Ce der- / \ ŒJ (^ ^ier est très-variable dans sa forme, et l'on verra ^
plus loin un vase couvert de ses diverses formes antiques ou régulières.
Voici une inscription plus importante encore, qu'on trouve sous des vases décernés en récompense de services rendus à l'État : Jou-y pao tsun^ précieux vase lionorifique donné en souvenir (de services pu- Mies).
1^ 5. — MŒUIIS. — IIS.\r,E DES VASES.
^'^ Chine offre cette particularité que les vases ont h^ur part dans les ^^emonies publiques et privées, des noms spéciaux tirés de leur usage, <^i des formes déterminées suivant leur rôle officiel ; il est donc impor- ^nt de jeter un rapide coup d'oeil sur ce tableau de mœurs, où le curieux peut trouver quelques enseignements.
»4îs monuments pour le culte public sont les Than^ grands autels
en plein air, les Miao^ grands temples, cl les Th$e, ou petits temples ; c'est là que les fonctionnaires accomplissent, à certains jours, les cérémonies pour lesquelles l'officier des plantes aromatiques yo mélange celles-ci au vin des libations, et que le Tchan^jin prépare les vases /, Loui et Yeou. Mais chacun a chez soi un lieu réservé pour le culte familier ; on y voit souvent la figure de Fo, celle de Kouan-in, de Tsaochin, l'esprit du foyer, ou de Chin-nong, cet ancien roi qui apprit aux hommes à faire cuire leurs aliments : ce qu'on ne saurait manquer d'y voir, ce sont les tablettes des ancêtres.
L'autel, sur lequel reposent ces choses saintes, est une table plus ou moins allongée, installée ordinairement devant un tableau religieux, et meublée ainsi : des vases à brûler les parfums ou tings ; les vases d'accompagnement, qui contiennent une petite pelle et des bâtonnets de bronze pour attiser le feu ; des coupes ou des vases pour contenir le vin consacré, d'autres coupes, toio, de forme particulière, pour les libations ; des flambeaux et des potiches, ou des cornets remplis de fleurs.
Le nombre des vases de sacrifice n'est d'ailleurs pas arbitraire ; l'empereur en employait neuf, les nobles sept, las ministres d'Etat cinq, et les lettrés trois. Il est bien entendu encore qu'anciennement la matière des coupes était graduée : celles de l'empereur étaient en or; celles des ministres en cuivre; celles des lettrés en airain. Depuis, il s'est établi une liberté plus grande, et le mérite d'art a pu élever la porcelaine au niveau des plus riches métaux ; nous avons vu des tings chxulaires à trois pieds^ soit en craquelé, en blanc de Chine ou en porcelaine de famille verte, qui avaient dû être employés dès lors par les dignitaires qui rendent hommage aux puissances supérieures. Nous pouvons citer, par contre, de simples bols ou des coupes basses, dont m\ Vc- '^ prétention à rivaliser avec le brûle-parfums de métal se pT al révélait par une inscription tracée sous le pied et disant : ^ 3i. Ting de rare et extraordinaire pierre précieuse^ Ting chi J^aVij! tchin khi chi pao.
^^ Ici l'hyperbole est évidente ; elle doit peu surprendre chez un peuple rusé, qui cherche à tromper jusqu'à ses dieux en leur offranl des ronds de papier doré, qui doivent être accueillis comme de la monnaie véritable.
Nous ne doutons pas que des théières ornées de la figure des immor-
tels^ des bols représentant Thommage rendu aux étoiles San-hong, des pjèi^es où les Fong-hoang et les Ki-lin sont entourés des nuages et du tonnerre, ne soient destinés à prendre sur la table sacrée la place des différents vases nommés plus haut.
Dans la vie de chaque jour, le rôle de la porcelaine n'est pas moins important ; en Chine, la politesse, le respect du rang et de Tâge sont I^s premières vertus de l'homme bien élevé ; aussi l'hospitalité s'exercef.— elle avec un soin, nous dirions presque une ostentation dont nous ne ons avoir l'idée dans notre vie active et occupée ; tout homme du onde doit avoir une salle de réception dont les murs sont ornés de i-c>uileaux inscrits de sentences ou couverts de peintures estimées ; le xnol)ilier consiste uniquement en étagères chargées de vases de fleurs Gît- àe plats de fruits odorants ; il est de bon goût de choisir les élé- ^nts de cette décoration de telle sorte qu'elle puisse flatter l'hôte et hsinuonier avec ses fonctions et les actes de sa vie. Est-ce un guer- ? Les tableaux et les vases lui montreront le Mars chinois ou les nds généraux des anciens jours, les combats, les revues, les tours, toutes ces compositions hardies que la famille verte aborde dans plus beaux spécimens. Est-ce un lettré, un poêle? Il verra part la figuration de Koung-tseu, celle de Pan-hoei-pan , la femme Icbre comme écrivain et comme historiographe, ou bien la singu- *i^m*e image de Li-taï-pe, rimeur ivrogne classé au rang des demi- ^î^ux et qui, selon la fable, aurait été élevé au ciel sur un poisson onstrueux .
Un autre rôle non moins important des vases est celui qu'ils sont I> j)elés à jouer comme offrande et même encore comme récompense. Chine, dès la plus haute antiquité, il a existé une sorte de journal tïîciel destiné à conserver la mémoire des services éminents rendus ^^^ pays; Tse^ qui proprement signifie livre, écriture, est devenu le ^^c^m des actes publics accordant ces honorables mentions. Lorsqu'un tonclionnaire les avait plusieurs fois méritées, le souverain lui décerît un vase Tsun^ ou honorifique, gravé de l'inscription dédicatoire ; était un titre à toutes sortes d'immunités. Cet antique mode de récompense a persisté en se modifiant dans sa forme ; au simple vase de métal précieux ont succédé des cadeaux plus 'Matériellement utiles, tels qu'une habitation dans la ville ou aux champs, mais toujours accompagnés de vases ou de services d'ime qua-
litc exceptionnelle et revêtus de l'inscription honorante ; ainsi, nous pessédons une porcelaine sur laquelle on lit : Personnages élevés aux honneurs et à la fortune à cause de leur mérite et de services {rendus à rÉtat). Vannée Kia-chin^ sous la dynastie actuelle^ Sié-tchu-chin s'établit dans une mamn de plaisance donnée par Vempereur. Cette mention, les individus récompenses étaient autorisés à la faire transcrire sur tous les objets à leur usage ; elle devenait un gage d'inviolabilité, et nous voyons, par le code chinois, qu'il fallait à la justice une autorisation de l'empereur pour franchir, même dans un intérêt de vindicte publique, le seuil protégé par la formule honorante.
Moins intéressants, cela est incontestable, les vases Jou-y (vœux de bon augure) sont encore fort curieux ; les Chinois se font des cadeaux réciproques, soit au renouvellement de l'année, soit à l'anniversaire de hnir naissance, soit enfin lorsqu'une nomination officielle appelle un liomme aux charges publiques ou lui confère une promotion de grade, l/un des plus précieux exemples de ce dernier emploi du Jou-y nous
est offert par un vase bleu, inscrit de ces mots : Tchoang-youen-ki4i.
Ce titre, obtenu au concours, est le plus élevé qui se puisse décerner ; il ouvre la porle de l'académie des Han-lin, et assure un rang éminent dîins l'Etat.
Quant aux vœux de bonheur cl de longévité, ils sont fréquemment exprimes sur les porcelaines. Tantôt c'est par un seul caractère emprunté à l'écriture régulière ou au Ta-tchouan; ailleurs, c'est par la répétition du mot sous toutes ses ,- formes antiques ou modernes, simples ou ornementées, comme dans le charmant vase à vernis nankin, que nous reproduisons, et dont les anses mêmes sont formées du mot cheou en thsao.
Nous possédons im bol où le même mot est écrit en caractère régu-
Vase orné ilo signes Longévit»'.
Tse thse ihang Ichy, fabriqué pour la salle de l'Épine vio leile.
Foti youen thang tchy^ iiibriqué pour la salle de la Sourci *U ^}S du bonheur.
Mfii
AlA
Thien ichang thang tchy^ fabriqué pour la salle de l'Abon Il S dance du ciel.
'g*-gj' Khy yu thang Ichy^ fabriqué pour la salle du Jade exlraor- — ' il ZCL dinaire.
11 n'est pas inutile de dire qu'aux yeux des Chinois, le jade est la J pierre par excellence; Confucius en faisait Temblème de la vertu et il le comparait au sage ; on ne s'élonnera pas, dès lors, que les céramistes aient cherché à imiter cette pierre dans quelques-unes de leurs productions et qu'ils aient donné son nom à leurs plus fines porcelaines.
Beaucoup sont marquées du caractère Yu seul ; d'autres portent : "ÎTC
Oaan yu^ objet précieux de jade ; -^ Tchin ouan^ objet précieux de
curiosité ; ^ Tchin yu, précieux objet de jade, ou même ^ B^
Tai-yu, pâte de jade.
Certaines légendes ont une signification directe qui restreint l'usage du vase à celui auquel il est spécialement offert; «t. ^^^
sur une tasse de Sèvres on lit : Souvenir de Ing- f^ ^ j^ z^ chin-youeï; et sur une autre plus intime encore : §G^ ^^ - Moi, je suis ami de Yu-Tchouen.
Souvent le curieux reste indécis sur le sens réel des inscriptions ; ^ftl? ïiousen possédons une ainsi conçue : Cheng-ycou-ya-tsi^ réu- ,,. ^ nion distinguée d'amis saints. Faut-il voir la réunion dont ^ il est question dans les convives appelés à se servir des objets inscrits de la légende? Doit-on croire que les saints amis sont les personnages rangés symétriquement dans les compartiments d'une ornementation florale? Dans ce dernier cas, nous aurions sous les yeux une inscription indicative comme on en rencontre quelquefois; la collection Salle en renfermait une ainsi conçue : Le$ trois comtes voulant mou-
trer le soleil du doigt attendent que les nuages se dissipent ; nous en avons trouvé une autre exprimée en deux vers : Dans la salle Yao-kong a 9% entend les sons harmonieux de la musique ; au bas du pavillon TVrhong-ye on adresse les iniocations magiques aux esprits des nuages ^t de ta nuit ; le sujet représentait effectivement un groupe de musicrions et des hommes accomplissant des cérémonies religieuses à la d'un palais ou d'un temple.
Quittons ces régions poétiques pour retrouver au Céleste-Empire la lame sous des formes aussi hardies que celles qu'on la voit A^ïî t3 mm ployer chez nous; nous lisons sous un bol de notre col- — .□ ^ ic3otîon : Pei-tching-tien Kien-ki'tsao^ c'est-a-dire : Dans la ^^^[jj ui tique de Peï-tching (on vend ceci) fait par Kien-Ki. 3i2^/të
Dans l'époque moderne, la mode des insciiptions placées sous le pied vases tend à disparaître, sauf pour les imitations de vieux produits; s on y a substitué des légendes extérieures; au dix-huitième siècle, n'était plus fréquent sur les vases que la figure des héros du Sane-tchy ayant auprès d'eux leur nom et un aperçu de leurs actions les F> 1 ixs éclatantes.
t^lus tard et loreque l'empereur Kien-long eut composé son ode cé- ■^^t^re sur le thé, les vers s'alignèrent en colonnes serrées sur les parois *^ ^^s tasses et des autres récipients destinés à contenir l'infusion bienfai- Le. Voici la traduction de ce morceau : ^^ La couleur de la fleur meï n'est pas brillante, mais elle est graise ; la bonne odeur et la propreté distinguent surtout le Fo-cheou ; l'ruit du pin est aromatique et d'une odeur attrayante ; rien n'est -^dessus de ces trois choses pour flatter agréablement la vue, l'odorat le goût. En même temps mettre sur un feu modéré un vase à trois dont la couleur et la forme indiquent les longs services, le remt^lir d'une eau linipide de neige fondue; faire chauffer cette eau jus- ^Và'^au degré qui suffit pour blanchir le poisson ou rougir le crabe; la 'V'^rser aussitôt dans une tasse faite de terre de Yué, sur de tendres ^tiiiillesd'un thé choisi; l'y laisser en repos jusqu'à ce que les vapeurs, «\uî s'élèvent d'abord en abondance, forment des nuages épais, puis V lennent à s'affaiblir peu à peu et ne soient plus enfin que quelques légers ^)rouillards sur la superficie; alors humer sans précipitation cette liqueur délicieuse, c'est travailler efficacement à écarter les cinq sujets (1 inquiétude qui viennent ordinairement nous assaillir. On peut goûter.
on peut sentir, mais on ne saurait exprimer cette douce tranquillité dont on est redevable à une boisson ainsi préparée.
c< Soustrait pour quelque temps au tumulte des affaires, je me trouve enfin seul dans ma tente, en état d'y jouir de moi-m^me en liberté: d'une main je prends un Fo-cheou que j'éloigne ou que j'approche à volonté; de l'autre je tiens la tasse au-dessus de laquelle se forment encore de légères vapeurs agréablement nuancées ; je goûte par intervalle quelques traits de la liqueur qu'elle contient; je jette de temps en temps des regards sur le mei-hoa; je donne un léger essor à mon esprit, et mes pensées se tournent sans effort vers les sages de l'antiquité. Je me représente le fameux Ou-tsiouan ne se nourrissant que du fruit que porte le pin; il jouissait en paix de lui-même dans le sein de cette austère frugalité ; je lui porte envie et je voudrais l'imiter. Je mets quelques pignons dans ma bouche et je les trouve délicieux. Tantôt je crois voirie vertueux Lin-fou façonner de ses propres mains les branches de l'arbre mei-hoa. C'est ainsi, dis-je en moi-même, qu'il donnait quelque relâche à son esprit, déjà fatigué par de profondes méditations sur les objets les plus intéressants. Je regarde alors mon arbrisseau, et il me semble qu'avec Lin-fou j'en arrange les branches, pour leur donner une forme nouvelle. [Je passe de chez Lin-fou chez Tchao-tcheou ou chez Yu-tchouan ; je vois le premier, entouré d'un, grand nombre de petits vases dans lesquels sont toutes les espèces diî: thé, en prendre tantôt de l'une, tantôt de l'autre, et varier ainsi sa boisson ; je vois le second boire avec une profonde indifférence le thc' le plus exquis, et le distinguer à peine de la plus vile boisson. Leur goût n'est pas le mien, comment voudrais-je les imiter?
« Mais j'entends qu'on bat déjà les veilles, la nuit augmente sa IVîu'cheur; déjà les rayons de la lune pénètrent à travers les fentes de ma tente et frappent de leur éclat le petit nombre de meubles qui la décorent. Je me trouve sans inquiétude et sans fatigue, mon estomac est dégagé et je puis sans crainte me livrer au repos. C'est ainsi que, suivant ma petite capacité, j'ai fait ces vers au petit printemps de la dixième lune de l'année ping-yn (1746) de mon règne.
(c KlEK-LONG. »
la première fois ; ces porcelaines auraient eu dès lors plus de 3600 ans d'âge. Aussi l'émoi fut grand; les musées de France et d'Angleterre ouvrirent leurs vitrines aux prétendus antiques; mais, comme les savants sont naturellement sceptiques, on chercha, et la vérité ne se lit pas attendre.
D'abord, M. Prisse, en pressant de questions les Arabes du Caire , spécialement voués au trafic des curiosités , leur fit avouer qu'ils n'avaient jamais recueilli de porcelaines dans les ruines et que la plupart des bouteilles livrées aux voyageurs provenaient de Qous, de Geft et de Qosseyr, entrepôts successifs du commerce de Tlnde dans la mer Rouge. M. Medhurst, interprète du gouvernement anglais à Hong- Kong, alla plus loin ; ayant remarqué que les inscriptions des [jetils vases n'avaient rien de commun dans la forme avec les écritures primitives du Céleste-Empire, il voulut constater la date de ces fragments littéraires. Il reconnut d'abord que, si déformées qu'elles fussent , les légendes reproduisaient seulement cinq passages différents; le pre- ^ O iwier dit : « La lune brille au milieu des sapins ; » c'est I >^^ la troisième ligne d'un sonnet de Wang-wei, qui florissail
f^f A" ^^ '^^^ ^ ''^^' ^^ second, assez souvent répété et figuré
t^t ici, doit se lire : « Seulement dans le milieu de cette montagne ; » c'est une partie du quatrain composé par jS» Kie-taou, qui vivait aussi sous les Tang de 831 à 837. Le ^ troisième, complètement déformé, peut cependant être reconnu comme tiré d'un quatrain de Chaou-Young, poète qui vivait sous lesTsoungde 1068 à 1085, quatrain dont voici la traduction :« La lune passant au zénith et les zéphyrs venant au travers du lac causaient tous deux un doux sentiment de tranquillité que peu, je pense, peuvent
/• concevoir. » I/C quatrième, le plus frc- ^^V^ quent de tous, se lit : « Les fleurs qui s'ouvrent ont amené une nouvelle année. » C'est une partie de la deuxième ligne d'un sonnet de Wei-ying-wou poëte, qui vivait à un grand âge so les Tang, c'esl-à-clire de 702 n 795. Il est adressé à un ami éloign et il exprime ainsi la mélancolie produite par leur séparation : « LV née dernière, dans la saison des fleurs, je te rencontrais et partais a loi, frère, et maintenant les fleui*» qui s'ouvrent ont amené une
ir
vclle année. Ce monde et ses affaires sont incertains; je ne puis sonder i 'avenir, les chagrins du printemps pèsent sur mon cœur. Je cherche solitairement ma couche, mon être est torturé par la maladie ; je brûle d'envie de revoir ma patrie. »
Le cinquième et dernier fragment : « La fleur d'amandier s'ouvre de tous côtés par milliers, » paraît aussi appartenir à la poésie de la dynastie des Tang.
11 est donc parfaitement démontré que, loin d'être antiques, ces petits spécimens de l'art chinois ne peuvent même pas remonter jusqu'à l'époque où les vers qu'ils répètent ont été mis au jour; on pourrait tout au plus attribuer leur fabrication aux premières années de la dynastie des Ming. Telle est l'opinion de M. Medhurst, d'accord sur ce I>oint avec les savants du Céleste-Empire; cet éminent sinologue ajoute que ses recherches, pour établir la date de l'invention de la porcelaine, n'ont eu qu'un résultat incomplet ; la mention la plus ancienne c|u*il en ait rencontrée se trouve dans un poëme publié sous Wan-ti, de la dynastie des Han (175 à 151 av. J.-C.) , et encore elle se rapporte à 'a porcelaine v&iHe. Plus tard, Pan-yo, écrivain de la dynastie des Tsin (260-268 de notre ère), parle de tasses de porcelaine décorées déplusi^'^MrTs couleurs dans lesquelles on verse le vin.
Occupons- nous de la première mention. Il est incontestable que les pl vis anciens spécimens connus de la poterie chinoise ne sont pas précisément en porcelaine ; d'une pâte dense , excessivement dure , très- ^^^^lorée en brun, il leur manque le caractère spécial de la translucidité, ^^ ils doivent en outre recevoir un émail plus ou moins opaque qui je dissimuler la couleur de la pâte; c'est là l'enduit qu'on appelle :don ; sa couleur varie du gris roussatre au vert de mer plus ou ins foncé; c'est donc d'un céladon qu'il est question dans la poésie ^* règne de Wan-ti .
Xjd décor habituel de ces antiques produits est assez simple ; s'agit-ii ^^^ céladon gris roussatre, teint en partie par l'influence de l'argile
uS-jacente , il est le plus souvent relevé d'un réseau de petites cas- ^^^^es régulièrement espacées : c'est le craquelé. Comment les Orieneurent-ils l'idée de considérer comme un embellissement de leurs ^es ce que l'on range, chez nous, parmi les plus grands défauts d'une t-erie? Le craquelage est, en effet, la dégradation d'une terre cuite ^t le cœar^ la pâle^ est plus sensible aux changements de tempéra^
ture que l'enduit extérieur ; dans les faïences communes cet accident est fréquent; la terre légère et poreuse étant très-dilatable entraîne son émail qui, à défaut d'élasticité, se sépare en fragments d'autant plus multipliés que sa résistance est plus grande.
La porcelaine dure, par l'homogénéité des éléments de sa pâte et de sa couverte, est précisément à l'abri de cette double action , et , pour obtenir la craquelure, il a fallu modifier savamment la couverte pour la rendre plus ou moins dilatable et rompre l'harmonie de retrait existant naturellement entre elle et la pâte; et le problème a été résolu avec une telle exactitude qu'il se produit, au gré du potier, un craquelé grande moym ou petit; ce dernier prend le nom de truite.
Pour faire réussir le craquelé , il suffit d'exposer une pièce sortant du four à l'action du froid ou même au contact de l'eau ; il se produit alors des fissures profondes que l'on remplit ensuite de noir , de rouge ou de toute autre couleur. Les pièces les plus anciennes, ordinairement à craquelure moyenne noire , reçoivent souvent une décoration accessoire consistant en zones d'ornements sigillés exécutés avec la pâte d'un brun ferrugineux; s'il existe des appendices, masques en demirelief, tètes de lions portant des anneaux mobiles, ils sont modelés avec la même pâte.
Le grand craquelé rempli soit en noir, soit en rouge, se fait généralement sur un enduit beaucoup plus blanc que le craquelé ordinaire. Mais il existe un procédé au moyen duquel on peut obtenir plusieurs genres de craquelures sur une même pièce; par une chauffe artificielle arrêtée tout à coup , on parsème le vase de fendillurcs tellement fines qu'il faut les colorier par l'infiltration d'un liquide ; c'est ainsi qu'est fait le craquelé pourpre et celui chamois ou café ; ce dernier s'associe parfois au grand craquelé noir.
Dans les époques intermédiaires entre l'antiquité et le quinzième siècle, le craquelage a été appliqué sur une couverte d'un jaune brun doré, appelée en chinois tse-kin-ycou^ c'est-à-dire vernis d'or bruni ou feuille morte. La science des céramistes est allée jusqu'à tracer sur ces fonds des réserves d'émail blanc rehaussées d'inscriptions ou de figures en bleu, et qui résistent au fendillage. Plus tard , on a même fait des vases avec zones successives de vernis coloré (jaune ou bleu) , de craquelé et de vernis blanc décoré en cobalt.
Le Iruilé a le plus souvent été appliqué sur de petites pièces à émail
vif, comme le vert feuille de camellia; ces pièces restent constamment dépourvues irornements accessoires ; mais leur galbe est cherché et marqué, presque toujours, au sceau de la plus grande distinction.
Mentionnons ici un truite sur céladon d'un genre particulier, le long-thsiouen. Ce nom est celui d'une localité où, sous les Song, on fabriquait diverses espèces de porcelaines ; depuis les Ming, il a été réservé à des vases d'un vert olive foncé à fines craquelures non remplies; I^o plus beau long-thsiouen que nous connaissions appartient à M. Par-
guès.
Revenons à la porcelaine verte de Wan-ti , c'est-à-dire au céladon proprement dit. Sa couleur est assez triste; aussi le plus souvent est-il ornementé en relief de méandres, de groupes de fleurs, de combinai- «^o¥is géométriques rappelant un pavage; on y creuse aussi des frises ou clos arabesques et entrelacs qui, remplis par la couverte ombrante , prennent un ton puissant et ressortent vivement sur le fond ; c'est là le c^éiadon fleuri. Il y a aussi un céladon a^aquelé^ qu'on ne saurait confondre avec le craquelé gris, le fond étant généralement d'un vert bien plus déterminé que celui du céladon fleuri, ou tchotii.
Vers les commencements des Ming , on a décoré des pièces en craquelé; le décor polychrome sur céladon ne paraît pas remonter au delà ^ïes derniers empereurs de la môme dynastie.
A. mesure qu'on se rapproche des époques modernes , les craquelés ^^ les céladons perdent de leur aspect sombre; cela tient à la transférera tion de la pâte, qui devient de plus en plus blanche. Il existe aussi un ^*ladon bleu généralement connu sous le nom de bleu empois; nous ^^ parlerons plus au long en nous occupant des fabrications japonaises.
ï^armi les fabrications de choix, dites au grand feu, il en est une fort
"^l^ressante décrite dans la curieuse lettre du P. d'EntrecoUes en
^^t^ du 25 janvier 1722. Ce missionnaire était particulièrement at-
^^hé au district de King-te-tchin , où se trouvaient les fabriques de
t^^^ï^celaine, et sa correspondance a singulièrement contribué à éclai'^er
^virope sur la céramique chinoise. « On m'a apporté, dit-il , une ie
pièces de porcelaine qu'on nomme yao-pien ou transmiUation,
^^tie transmutation se fait dans le fourneau et est causée par le défaut
par l'excès de la chaleur, ou bien par d'autres causes qu'il n'est
^ facile de conjecturer. Cette pièce, qui n'a pas réussi, selon l'ouvrier, cjui est l'effet du pur hasard, n'en est pas moins belle ni moins
54 rilSTOIRE DE LA CEKAMIQUK.
estimée. L'ouvrier avait dessein «le faire «les vases de ronge soufflé : pièces furent entièrement perdues; celle dont je parle sortit du I neau semblable à une espèce d'agate. »
Le bon père avait-il été trompé par un faux renseignement? la f; cation du yao-pien avait-elle élc négligée, puis reprise au dix-huiti
siècle? Ce (ju'il y a de certain , c'est qu'on trouve des vases à com flambée {tel est le nom commercial français du yao-pien) d'une très-ancienne et d'une exécution pratique et non point accidentelb Quant à la cause de la transmutation, ta science moderne la < naît si bien qu'elle peut, dan^t le laboratoire, obtenir sûrement chî de ses effeU. [^es métaux changent d'état et d'aspect suivant leur c
CHINK. 55
lïin.aison avec l'oxygène; ainsi, pour nous borner à la question qui nous occupe, le cuivre oxydnlé fournit à la peinture vilrifiable un beau rouge qui, jeté en masse sur les vases, forme la teinte dite haricot; avec un équivalent de plus d'oxygène, il devient protoxyde et produit un beau vert susceptible de se transformer en bleu céleste lorsque l'oxygénation est poussée encore plus loin. Or ces diverses combinaisons peuvent s'effectuer subitement dans les fours au moyen de tours de main hardis. Lorsqu'un feu clair, placé dans un courant rapide, entr'aîne une colonne d'air'considérable, tout l'oxygène n'est pas brûlé et il peut s'en combiner une partie avec les métaux en fusion; si, au contraire, on fait arriver dans le récipient d'épaisses fumées dont la niasse charbonneuse, avide d'oxygène, absorbe partout ce gaz néces- •*5aî re à sa combustion, les oxydes peuvent être détruits et le métal révîvî Clé complètement. Placée à un moment donné dans ces diverses conflit îons par l'introduction rapide et simultanée de courants d'air et de ^'^f>^urs fuligineuses, la couverte haricot arrive à se transformer pour P^^ïidre un aspect des plus pittoresques ; des colorations veinées, ^'^^^Kgeantes, capricieuses comme la flamme du punch, diaprent sa ^^'^face ; l'oxydule rouge, passant au bleu pâle par le violet et au pro- ^^'^^devert, s'évapore même complètement sur certaines saillies de- ^'^•> lies blanches, et fournit ainsi d'heureux accidents.
^t comme, pour le craquelé, les Chinois sont tellement sûrs de leur
tique qu'ils composent toutes leurs paires de vases d'une pièce où le
ge domine et d'une autre à fond presque bleu semé de flammules
ges et lilacées, ils font aussi des figures dont les chairs carnées
•^^ paraissent sous des draperies vertes ou bleues ; ou bien encore des
^^îères en forme de pêche ayant la base bleuâtre, le corps violacé et
*^ ^mmet rouge vif.
CDn doit aussi attribuer aux plus anciens céramistes chinois l'inven- ^^^ïi des couvertes de demi-gt*and feu, c'est-à-dire le bleu turquoise et le ^ t olei. Ces couvertes, sortes de céladons, ne se posent pas sur la pâte crue ^^ simplement séchée, mais sur des pièces ayant subi une première ^^^î^son en biscuit. liCur fusion a lieu à une température bien infé- ***^tire à celle du ramollissement de la pâte.
Xe bleu turquoise, emprunté au cuivre, a l'avantage de conserver la Ï^^^Telé de sa teinte à la lumière artificielle; il est tendre et doux, ^me dans les plus anciens vases d'une pâte un peu noirâtre , et
presque toujours traité avec une merveilleuse r^ularité ; quelquefois on le relève de dessins creusés à la pointe et remplis de matière colorante; il y a des variétés nuageuses, jaspées, flammutées; celles<;i ont parlbis des taches métalliques aventurinées du plus piquant efTet.
Le violet obtenu de l'oxyde de manganèse est pur et brillant dans la teinte pensée; celui dit couleur d'aubei^ine est plus lavé et moins éclatant; le violetcouleur de la pierre mei est aussi velouté que la variété pensée et très-voisin du plus beau lapis de Perse.
Les deux teintes bleue et violette sont souvent associées sur des vases, des cbimères, des figurines ou des groupes d^animaux et d'oiseaux. La délicatesse des couvertes de demi-grand feu a attiré sur elles une vogue exceptionnelle. En i 782, un magot {style du temps), dépareillé en bleu turquoise, se vendait 540 livres ; vers la même époque, un chat en vieux violet, ayant fait partie du mobilier de madame de Mazarin, était poussé jusqu'à 1800 livres. Nous avons vu un vase, composé d'une carpe violette avec ses carpeaux se jouant dans des plantes aquatiques bleu turquoise, obtenir aux enchères le prix de 3000 francs.
Évidemment les Chinois ont cherché, dans le principe, à faire rivaliser les pâtes céramiques et les enduits vitrifiables avec les gemmes et les plus brillantes productions de la nature; des vases le disputent en vigueur aux agates les plus vives ; d'autres sont nuancées comme l'écaillé et semblent en avoir la transparence. Certaines coupes en bleu tendre et vaporeux nuancé de rouge pourpre rappellent un ciel voilé vers le couchant par des nuages qu'éclaire un dernier ravon de soleil.
Lorsqu'on rencontre de ces rares pièces, on comprend l^enthousiasme des Chinois pour leurs antiques, qu'ils acquièrent parfois à des prix surprenants; on conçoit encore qu'à défaut des antiqnes eux-mêmes, on paye fort cher d'intelligentes imitations. C'est ce goût général qui a entretenu l'émulation parmi les céramistes du Céleste-Empire et qui a valu à des temps assez rapprochés de nous l'invention de quelques fabrications exceptionnelles aussi charmantes qu'ingénieuses. Citons entre autres les décors soufflés ; nous disons décors pour éviter toute confusion avec les couvertes qui s'appliquent par insufflation, comme certains rouges de cuivre où les gouttelettes et flammules restent visibles. Le décor soufflé se pose sur une couverte gris bleu entièrement opaque; voici, d'après les descriptions du P. d'EntrecolIcs, comment on suppose qu'il peut être obtenu : la couleur, mise à la consistance con^venable, est prise au moyen d'un tube dont une des extrémités est coii^verte d'une gaze fort serrée ; on souffle par l'autre extrémité, et, îpitant sur la couverte des gouttelettes remplies d'air, elles crèvent «intact de la paroi absorbante et se réduisent en cercles contigus Tor^mant comme le réseau de la plus fine dentelle. Parfois la couleur so\ifïlée est bleue, plus souvent c'est un rouge carminé qui, au pre- *^îor aspect, donne à la pièce Tapparence d'une couverte violacée. Ce déoor manque fréquemment; les gouttelettes ne crèvent point et coulent au contraire en veinules parfondues dans l'émail bleu empois; il en resuite une décoration particulière, très-agréable à l'œil : c'est le jaspé, ^^^ moins recherché que le soufflé lui-même.
C'est sans doute aussi par insufflation qu'on produit un semé de P^*^ts argentés sur un émail brun chaud ; on croirait voir un de ces '^ques poussières d'argent ou d'or.
Los soufflés doivent-ils être rangés parmi les plus anciens produits "*^ l^art chinois? Nous pencherions pour l'affirmative à l'égard du ^^^fHé d'argent ; mais le décor à dentelles rouges et bleues, au moins *^îïs les spécimens que nous connaissons, appartient au siècle dernier; ^ous^ avons même rencontré des vases de cette espèce datés de 1723 à