ESPAGNE ET PORTUGAL
On a VU, pages 198 et suivantes, à quelle époque reculée remonla'il Torigine de la céramique espagnole, et comment, du douzième siècle à répoque actuelle, les œuvres dorées des Arabes et des Maures s'étaient transformées sous l'influence chrétienne.
Mais ce genre de faïence n'est pas le seul qui ait été fabriqué dans la péninsule ibérique ; on pourrait même considérer les ouvrages à reflets métalliques comme destinés au commerce d'exportation, tandis que les poteries émaillécs rehaussées de couleurs servaient à la consommation locale. Malheureusement, les renseignements précis manquent sur le style spécial à chaque centre, et nous devons nous borner à reproduire les rares indications puisées dans les voyageurs modernes ; pour faciliter les recherches, nous les classons par ordre alphabétique.
Alcora, près Valence. — Dans son Voyage (TEspagne^ de Laborde signale cette fabrique comme la plus importante de la province, et il annonce qu'elle appartient à la famille d'Aranda. Un mémoire publié par D. Calvet semble contredire ces énonciaiions; il place la fabrique du duc d'Aranda à Dénia , ville du royaume de Valence , située à ^^ 18 lieues sud-est de cette capitale. Mais les monuments viennent ici^.^-^^ ^ donner raison à de Laborde; une précieuse coupe appartenant xl^ M. Charles Davillier et représentant la Famille de Darius, d'après Le— :-brun, porte en dessous cette inscription : ALCORA ESPANA. Soliva Or l'artiste est un de ceux qui, formés à l'école de Moustiers, ont pra tiqué alternativement en France et en Espagne. Beaucoup de pièce d'Alcora doivent donc être retirées des collections purement françai où elles figurent à tort ; seulement leur détermination est chose trè délicate.
Il est à croire, d'ailleurs, que la poterie distinguée faite sous l'insp ration française n'est pas la seule qui soit sortie d'Alcora ; nous avo vu un vase à deux anses, de forme arabe rappelant les alcarazas et d coré, sur émail lisse et blanc, d'oiseaux et de fleurs grossièremenr*: peints, qu'on assurait être de cette fabrique.
Un autre, plus commun encore, marqué CO, semblait mùme origine; enfin un plateau lobé, de la collection d docteur Guérard, et rappelant encore les traditions de la Renaissan
CO
tance et une longue durée. Nous avons rencontré des faïences ayant une grande analogie de fabrication et de style avec celles de Savone ; seulement, le brun et le jaune orangé étaient les couleurs dominantes de la j décoration, composée de figures d'assez bon style, de guirlandes '^ de fleurs et de ruines ; la lettre S surmontant une étoile à cinq branches formait la marque. Quelques personnes ont voulu voir, dans ces deux signes, la preuve d'une origine italienne, TS signifiant Salomoni, et Tétoile figurant le nœud de Salomon ; nous avons déjà expliqué, page 345, que le nœud de Salomon, signe cabalistique, se compose de deux triangles superposés; d'ailleurs Salomoni travaillait à une époque antérieure à celle indiquée par la décoration des pièces andalouses. Un beau casque, de la collection Patrice Salin, ornementé en bleu dans le genre de Moustiers, reproduit la même marque ^ avec un sigle d'artiste. Les monuments exposés en 1865 par
I M. Ârosa et peints de la Danse du fandango, de Taureaux conduits à la course, des Armoiries de la cathédrale de Séville, de la Vue de la tour de l'Or, bien que d'une époque moins ancienne et d'une facture lâchée qu'explique la grande proportion des pièces, se rattachaient parfaitement aux ouvrages décrits plus haut.
Talavera de la Reyna, dans la Nouvelle-Castille. — Alexandre Brongniart cite cet établissement, renommé dès le seizième siècle, comme le vrai centre de la fabrication des terres émaillées ; en efiet, on dit en Espagne du Talavera pour signifier de la faïence, comme on dit du Delft en Hollande et en Angleterre.
L'émail du Talavera est blanc et bien glacé ; il est sorti de cette fabrique des pièces fort remarquables de forme et de décor; nous avons vu un grand vase d'apparat à anse contournée et ouverture garnie d'une natte en relief; sur le corps ovoïde des moulures en torsade délimitent une zone médiane peinte de paysages isolés, groupes de rocailles et bouquets de fleurs ; vers le haut, des têtes en relief rattachées par des draperies supportent des petits vases; à la base, au-dessus du piédouche, des godrons en S rappellent la disposition de certaines pièces italiennes de la décadence. Tout cela ornementé en tons doux, bien glaces, a un aspect fort distingué.
Un vase égal en mérite fait partie de l'inU^ressante collection de M. le comte de Liesville; nous ne le décrirons pas, la gravure qui le reproduit pouvant donner l'idée la plus exacte de son style et de