COLLECTION UE M. LK COMTE DE LIE&VILLE
sa perfection. Ces grandes pièces nous paraissent avoir été faites dans le dix-septième siècle. Des vaisselles d'une date postérieure se recommandent encore par leur émail pur, leurs formes recherchées et un décor de fleurages dont la douce harmonie rappelle les œuvres polychromes de Houstiers, à bouquets et guirlandes. Serait-ce là aussi qu'on aurait fait la cloche de couvent de la collection Àrosa, où la légende : Saint François y priez pmir nousl 1769, surmonte la vue d'un village avec ses églises et ses tours? Les anciens écrivains parlent d'une poterie verte et blanche spéciale à cette fabrique ; nous avons vu un beau plat, de style presque mauresque, où ces couleurs mises en engobe formaient une riche composition relevée de graffiti et de cha tirons de manganèse.
ToRTOSA, en Catalogne. — De Laborde, généralement sévère pour les industries espagnoles, dit qu'il existe à Tortosa deux manufactures dont les pièces sont très-communes. Les ouvrages de ce centre nous sont inconnus.
Triana, faubourg de Séville, en Andalousie. — Plusieurs fabriques ont fleuri en ce lieu, les unes destinées à la production des épis dont, depuis l'époque arabe, on couronne les édifices, les autres spécialisées au façonnage des azulejos de revêtement.
Valence. — Cette capitale a été, de tous temps, renommée pour ses azulejos, fabriqués avec l'argile de Quarte, vernissés avec soin, et souvent décorés de scènes importantes peintes sur un grand nombre de carreaux ou rrialans réunis. Les monuments et les palais de l'Espagne offrent de fréquentes applications de ce genre de décor, qui s'est continué jusqu'à l'époque actuelle, ainsi qu'on en peut juger par deux tableaux exposés à Sèvres. L'un représente la Reddition de Valence par les Sarrasins et porte cette légende : Dia 2 de octubre del ano 1239. Conguistade la ciutad de Valencia. Entregan los Sarracenos las llaves al rey D. Jaime. L'autre figure une réunion de dames parées et d'officiers en grand uniforme, avec cette seule indication : De la Realfabrica de Azulejos de Valencia. Ano 4836.
On comprendra l'importance qu'on attachait en Espagne à la décoration céramique par ce seul fait : on attribue à Pablo Cespedes, bon peintre et excellent poète, auteur d'un poëme didactique sur la peinture, le tableau sur faïence qui couvre une paroi de la chapelle où se voit le tombeau du cardinal Ximénès dans l'église de Saint-lldephonse, à Âlcala de Henarès.
En 1788, Gournay mentionnait à Valence trois fabriques de carrei dirigées par Casanova, Cola et Disdier ; le nom de ce dernier seml rait indiquer une origine française. Lors du voyage de de I^borde, ti fourneaux à azulejos étaient encore en activité dans la ville.
ViiLA FELiciiE, en Aragon. — Le même voyageur, en énonçant q^^j^^ji existe une manufacture de faïence dans ce lieu, ajoute que les prodx^ jen sont fort communs.
Est-ce là tout ce que les écrivains enseignent sur l'Espagne? 2^^::^n certes ; nous avons parlé ailleurs de ces plats à Matamores dont le pj totype curieux a été rapporté par madame Furtado ; le genre s'est pétué dans la péninsule et semble même avoir pénétré dans les Paj Bas avec les gouverneurs espagnols. Mais il y a plus; les villes me tionnées dans Marineo Siculo et les autres historiens anciens nW certes pas renoncé tout d'un coup à une industrie qui leur avait pi curé honneur et profit : il doit donc exister des faïences de Biar, Tra] guera, Paterna, Àlaquaz, Monçada, Quarte, Carère, Villalonga, deBa^ cclone, Murcie, Morviedro et Tolède, renommées dès le seizième siècle de Jaën et de Teruel ; espérons donc qu'un chercheur savant, vei dans la connaissance des mœurs et de la langue du pays, éclairera questions intéressantes. Nous l'avons dit déjà, le travail de M. Charles f' Davillier sur les ouvrages dorés le désigne naturellement pour cette conde entreprise, complément naturel de la première.