PORCELAINE TENDRE ARTIFICIELLE
FABRIQCKS ÉTRANGÈRES
TouRNAY, Pays-Bas. — Le sieur Peterynck, natif de Lille, reprit eimrm 1748 la manufacture de faïence que dirigeait, à Tournay, Pierre — François Joseph Fauquez. Celui-ci, propriétaire d'un établissement à i Saint-Amand, voulut rester Français, et quitta Tournay au moment où le traité d'Aix-la-Chapelle enleva cette ville à la France.
Mais Peterynck avait de hautes visées : il cherchait à établir en Belgique la porcelaine tendre et, le 5 avril 1751, il obtint, pour trente années, le privilège pour l'exploitation d'une manufacture de porcelaine, faïence, grès d'Angleterre et brun de Rouen.
La pâte de Peterynck, et c'est ce qui causa l'immense succès de ses produits, diffère un peu de celle des usines françaises; c'est un méî lange de marne argileuse et d'argile figuline ayant une fritte pour
fondant; elle a par suite une grande ténacité, et résiste très-bien à l'usage.
Préoccupé de ce qui se faisait autour de lui, Peterynck a varié la forme de ses travaux; les premiers rappellent le style primitif saxon; avec des émaux pâles, presque lavés, il exécute des oiseaux imaginaires posés sur terrasse ou des fleurs ornemanisées ; ce sont les ou- Trages de ce genre qui portent une tour, accompagnée parfois, comme sur une pièce de la collection Gasnault, des deuxépées X^ cantonnées de croisillons qui devient plus tard la marque gé- ^/Js nérale de la fabrique. Il est nécessaire d'établir ici une distinction ; la tour dont nous venons de parler, semblable à celle figurée p. 632 est tout à fait une exception ; une autre, beaucoup plus fréquente et connue dans le commerce sous le nom de Tour awi oiseaux^ aa marque les ouvrages de choix de la première et de la seconde B époque; voici la figure de cette tour : — *A-'
Le second système est un compromis entre l'art oriental et la décoration saxonne ; ce sont des fleurs et des personnages chinois en couleurs vives où domine un rouge de fer intense. Plus tard, on trouve des fleurs charmantes dans le goût allemand et français, ou même des imitations complètes de pièces de Sèvres. Les collections des amateurs de Bruxelles sont très-riches en ouvrages exceptionnels de Tournay ; c'est là qu'il faut les étudier pour juger de tout le mérite du céramiste flamand.
Quant à la fabrication commune et d'usage, on négligeait de la marquer autrement que par des lettres de séries, pour la facilité de la commande.
Marieberg, Suède. — Un ouvrier sorti de nos petites fabriques alla porter ses connaissances en Suède. Les ouvrages qu'il a produits sont tellement conformes au type qu'on ne parvient à les reconnaître qu'au moyen de la marque, composée d'un M. et d'un B conjugués. Sèvres possède un échantillon de cette fabrication eu- /VC rieuse, et l'Exposition universelle en a montré quelques autres. La collection Paul Gasnault s'est enrichie de plusieurs spécimens tendres de Marieberg, les uns avec le chiffre habituel gravé en creux, les autres marqués en rose au pinceau de j/fi^ la seule initiale M ; celle-ci est sous une petite figurine vernissée et peinte en couleurs dans le genre des statuettes sorties de Men-
necy. On peut, dès lors supposer que c'est dans cette usine que Tîtrtiste émigré avait fait son éducation céramique.
Nuremberg en Bavière. — Voilà une fabrique dont Texistence nous paraîtrait bien douteuse, si elle n'était affirmée par M. von Holfers, directeur du musée de Berlin. C'est un faïencier connu, Christophe Marz, dont nous avons décrit les produits page 561, qui aurait fonde cette fabrique avec l'aide de Conrad Romeli. C'est du moins ce qu*énoncent des inscriptions placées sur deux des six plaques de porcelaine tendre réunies au musée royal de Prusse, mais que nous n'avons pas vues. Or, ce que l'on a publié sur ces plaques ne peut qu'exciter le soupçon et faire ajourner un jugement définitif; quatre d'entre elles représentent les évangélistes ; les deux autres offrent le portrail de chacun des deux céramistes avec cette mention :
Herr Christoph Marz, anfànger dieser allherrlichen nûrnberge$ém Porcelaine- faberique. An. 1712, jEtatis sux 60 ; c'est-à-dire rjforwieî/r Christophe Marz, fondateur de cette magnifique fabrique nuremhtr' geoise de porcelaine. An 1712, de son âge la 60* année. D'abord Man, né en 1660, avait 52 ans seulement en 1712, et non 60. Mais passons. La plaque décorée du portrait de Romeli va nous en montrer bien d'autres; à quelmies pages de distance, nous avons deux versions de ses légendes ; les voici :
Herr Johann Conradt Romeli, anfànger dieser allhiesigen Porcelaine-faberique, an. 1712. In Gott verschieden, an. 1720. £talu sux 1672. Nûrnberg, Georg. Tauber, bemahlt, anno 1720, 22 nove^nber. En français, Monsieur Jean-Conrad Romeli, fondateur k la fabrique de porcelaine de ce lieu. An 1712, décédé en Ditu an 1720, de son âge la] 1672* année. Nuremberg. Georges Taukr a peint en 1720, 22 novembre. Dans la seconde version on trouve: JStatis su3d \^ M. : de son âge le seizième mois; il n'y a pas de choix à faire entre ces leçons; la lecture en est tellement ridicule qu'il faut attendre une copie correcte pour en discuter les termes. Il ne suffit pas, comme l'a fait M. Chaffers, de passer les énonciations inexplicables; et d'admettre sans examen un fait dont l'importance historique sera\V majeure, s'il venait à cire justifié.
On le voit, ce n'est pas avec les éléments actuels que la question peut être résolue. Comment! deux céramistes ont travaillé en commun de 1712 à 1720, l'un d'eux a servécu onze ans à son associé
et pendant tout ce temps il serait sorti de l'usine six plaques seulement d'un produit nouveau et intéressant? Cela est improbable, nous dirons même impossible; Marz, possesseur du secret, Tauber, qui constatait la magnificence du procédé, ne l'auraient pas laissé mourir dans Tombre quand l'Europe tout entière en poursuivait la découverte.