PORCELAINE TENDRE NATURELLE
PORCELAINE TEHnRB NATURELLE OU ANGLAISE
11 n'y a pas de science sans l'ordre et la méthode; le caractère spécial de la porcelaine anglaise, c'est l'union des éléments naturels ou kaoliniques aux sables, au silex, aux marnes et aux glaçures vitreuses, qui constituent la poterie tendre artificielle. 11 est vrai qu'on a imaginé successivement l'emploi de ces diverses substances ; dans le principe, la porcelaine anglaise a été purement artificielle. Toutefois, Alex. Brongniart a rendu un service en distinguant cette composition céramique de ses congénères.
Gomment a commencé la fabrication ? Cela est assez difficile à dire. Là, comme dans beaucoup d'autres contrées, les pièces non décorées venues de l'extrême Orient ont été curieusement étudiées, et, avant d'en imiter la pâte, on a essayé de les orner en couleurs vitrifiables. Nous connaissons bon nombre de ces ouvrages mixtes, et une pièce de la collection de M. Bigot nous a permis d'en constater l'authenticité, puisqu'elle reproduit les mêmes peintures sur une pâte tendre d'essai, d'une excessive transparence, voisine de la vitrification.
Malheureusement aucun indice ne permet de mettre le nom d'un centre connu sur cet objet, et il demeure toujours douteux si Bow plutôt que Chelsea peut réclamer l'invention de la poterie translucide anglaise.
Bow ou Stratford-le-Bow. — Pour beaucoup d'auteurs cette fabrique serait la première en date; ses ouvrages, d'une pâte assez grossière et peu blanche, ne se prêtant pas à la peinture, c'est dans les reliefs et les simples camaïeux que les artistes auraient cherché leurs effets. On considère généralement comme typiques cerlains vases tourmentés de forme où figure une abeille, souvent sculptée très-finement.
Un bol fait par Thomas Craft, l'un des peintres de l'établissement, sort de cette donnée habituelle et imite le style japonais ; une note an-
nexée à la pièce donne sa date (1760), et de curieux détails surTusiue, qui fut dirigée par MM. Crowther et Weatherby jusque vers 1790. Les marques à peu près certaines de Bow ^Q^ 7" sont les deux signes suivants :
Chelseâ, près Londres, semble toutefois pouvoir réclamer la priorilé pour la poterie translucide; à nos yeux, d'abord, c'est de là que seraient sortis les surdécorations de pièces orientales et Fessai de la collection Bigot dont il a été question plus haut. M. A.-V. Franks restitue môme à Chelsea l'une des pièces à abeilles données à Bow, puisque, avec un triangle, marque attribuée à cette dernière fabrique, on lit : Chelseay 1745. A cette époque, l'usine florissait sous la direclion d'une compagnie commerciale ; suivant certaines traditions, les Elers n'auraient pas été étrangers à sa fondation vers 1 730. De 1 750 à 1765, elle avait acquis toute sa perfection par les soins d'un étranger, M. Spréraont. Les groupes, les vases ornementés peuvent rivaliser avec ce que la France et la Saxe produisaient de plus élégant.
Les premiers ouvrages de Chelsea semblent n'avoir pas été marqués;
ç^ .^, plus tard, une ancre a été le seing habituel, elle est tantôt
N^ ^ en relief dans la pâte et entourée d'un cercle, tantôt peinte
en rouge ou en or, sous des formes diverses. Le triangle et une sorte
de croix accompagnant l'ancre sont moins ordinaires.
Derby. — Duesbury paraît avoir fondé cette manufacture en 1750, en employant des ouvriers et des artistes venus de Bow et de Chelsea. En 1770, les deux fabriques de Derby et Chelsea furent môme complètement réunies. Les premiers travaux de. Derby furent quelquefois marqués d'unD; plus tard, lors delà réunion, ou employa la même lettre traversée par l'ancre; enfin, vers 1780, Duesbury adopta, sous le nom de Crown Derby ^ les signes ci-contre,
qui furent continués par son successeur Bloor jusqu'en
;^^ ^^ 1850. Derby a fait des fines porcelaines et des figurines ^ et biscuits qui n'ont rien à redouter de la comparaison avec les groupes de la Saxe et de Sèvres.
WoRCESTER. — C'est au docteur Wall, chimiste distingué, qui s'était beaucoup occupé de la recherche des matériaux de la porcelaine, qu'on doit la fondation, en 1751, de cette fabrique établie sous la raison : Worcester porcelain Company. On y faisait de la pâte tendre, au moins jusqu'à la mort de Wall en 1776. A cette époque, Cookvorthy avait
trouvé les éléments de la poterie chinoise, et Ton mena de front les deux genres.
Wall inventa, dit-on, le procédé d'impression sur biscuit^ et obtint ainsi des vases bleus imitant la porcelaine japonaise au point de faire illusion.
Les premiers ouvrages de Worcester sont d'une pâte un peu jaunâ- Ire, mais crémeuse et s'harmoniant au mieux avec les couleurs vives de la palette orientale ; la plupart portent un cachet imité de Textrême Orient ou de fausses inscriptions chinoises; quelques pièces, faites sous la direction du docteur Wall, sont signées de l'initiale de son nom ; mais la marque la ^y^ plus constante est un croissant plein. Cette autre est attribuée à Richard Holdshipp. En 1783, M. Thomas Flight, ayant acheté l'usine, joignit son nom au croissant ; le roi visita la fa- ^ brique en 1788, et certaines pièces rappellent, par l'ad- ^ jonction d'une couronne aux deux autres signes, cette -"* circonstance. Flight et Barr, reprenant la direction en 1793, signèrent de leur nom aussi surmonté de la couronne.
Câugiiley, près Broseley. — Cette porcelainerie du Shropshire remonte à une date antérieure à 1756. Les premiers spécimens connus sont encore assez rudimentaires ; mais, en 1776, de notables progrès étaient accomplis, et Turner, chimiste distingué et bon dessinateur, acheva, vers 1780,' de mettre la manufacture en relief; il crut même avoir découvert le secret de l'impression en bleu et prit de grandes précautions pour garder le monopole de ce procédé exploité déjà ailleurs.
Les marques de Caughley sont très-variées ; le mot Salo- .y iJjr pian ou un S se rencontrent quelquefois ; les signes ci- -l
contre, ou des chiffres ornés se voient sur d'au- 1res spécimens; enfin, le nom de Turner existe *V) y^ ^S^ sous un plat à paysage de la collection Reynolds. Jy^ r^ ^^ Un croissant au trait est aussi attribué à Caughley, mais il y a souvent confusion entre les pièces de cette usine et celles de Worcester, où Ton a décoré des blancs du Shropshire. ^j^ En 1799, la fabrique de Caughley, devenue la propriété de ^^ M. John Rose, fut transférée à Coalport.
Plymouth. — William Cookvorthy, qui avait vu entre les mains d'un
Américain des pierres à porcelaine trouvées en Virginie, se mil à étudier le sol anglais, et découvrit, près d'Helstone, en i 755, du kaolin véritable; peu après, Saint-Austell lui fournit le petuntsé, ensorlcque, vers 1 760, il put monter une usine à porcelaine dure dont lord Camelford avait fait les frais et qui obtint, en 1768, une patente spéciale. Cookworthy vendit sa patente, en 1772, à M. Richard Champion, de Bristol, et bientôt la fabrication cessa.
La marque de Plymouth consiste dans la figure astrooo- M mique de Jupiter, l'un des signes de l'ancienne chimie, quelquefois accompagnée de chiffres.
Stoke-upok-Trent. m. Thomas Minton, élève de Turner, fonda en ce lieu, vers 1791, une fabrique de porcelaine qui a pris d'énormes proportions ; ce succès est justifié par le mérite des produits, qui afTecienl souvent le style de Worcester . La marque de Thomas Minton est celle-ci : nous l'avons relevée sous une soucoupe décorée dans le yK genre de la porcelaine archaïque. Cette pièce appartient à
M. Gasnault.
Bristol. — Richard Champion, marchand de cette ville, éleva une usine à pâte dure dès qu'il eut acquis la patente de Cookworthy, et joignit cette fabrication à celle qu'on exploitait déjà à Castle-Green. Les produits, remarquables pourlant, n'eurent qu'un succès difficile; en 1783, Champion vendit à M. Thomas Flight, deHackney, qui transféra ensuite l'établissement à Flight et Barr.
La marque fondamentale de Bristol consiste en deux ^^ JDw traits croisés X "f > accompagnés parfois de dates et de ^ lettres ; on trouve des pièces signées de ces autres flgures: Ici encore nous renvoyons le lecteur au livre de M. Chaffers, où abondent les détails que nous ne pouvions aborder dans ce travail d'ensemble.