PORCELAINE MIXTE OU ITALIENNE
P0RCELAIKE8 HYBRIDES OU UXTES
Ce nom a été donné par Al. Brongniarl aux poteries translucides de ritalie et de l'Espagne, dont la plupart sont composées d'une argile très-différente du kaolin granitique, et dont quelques-unes ont pour élément infusible une magnésite.
La Toscane, on Ta vu, a eu la gloire d'essayer, dès le seizième siècle, la production de la poterie translucide ; les germes de cette invention se développèrent rapidement, et dans peu, on n'en saurait douter, l'histoire céramique de l'Italie prendra des développements inattendus.
DocGiA. — C'est dans les environs de la ville et dans un palais bâti sur l'emplacement de la maison du sculpteur Bandinelli, que le marquis Carlo Ginori fonda, en 1735, cette importante usine. Les premiers essais sont bis, fendillés, granuleux et décorés en bleu noirâtre au moyen de patrons découpés à jour : c'est l'enfance de l'art. Mais bientôt le chimiste Charles Wandhelein est nommé directeur des travaux, la pâte s'épure et des modeleurs habiles en font saillir de délicats sujets en bas-relief; les peintres animent ces compositions par l'artifice d'une coloration douce et savante; dès lors la voie de la fabrique est trouvée, elle se spécialise dans la production des plaques et des vases à reliefs. En 1757, Carlo Ginori mourut et fut remplacé par son fils, le sénateur Lorenzo, qui développa considérablement l'établissement et livra au commerce des statues, des groupes et des pièces de grandes dimensions. Ses successeurs Carlo Leopoldo et autres maintinrent la fabrique dans cette voie de prospérité. Les modeleurs dont le nom est venu jusqu'à nous sont Gaspero et Giuseppe Bruschi et Giuseppe Ettel. Les peintres étaient, pour la miniature, Ângiolo Fiaschi, Rigacci et Giovan- Battista Fanciulacci; pour le paysage, Antonio Smeraldi , . Giovan Giusti, Carlo Ristori, et pour les fleurs Antonio Villaresi.
La marque de Doccia est une étoile à six rayons, tirée des armoiries de la famille Ginori ; mais les céramistes actuels l'ont éclipsée ^ et ternie en l'appliquant sur des contrefaçons des anciens ou- «^ vrages. Les curieux ne doivent plus acheter qu'en tremblant les pièces inscrites de ce signe. Doccia inonde aujourd'hui l'Europe de fausses majoliquesdu seizième siècle et de fausses porcelaines de Capo di Monte dont elle possède les moules.
ViNEXJF, près Turin. — Nous parlerons plus loin de cette fabrique parce qu'en effet elle a produit surtout de la pâte dure ; il n'est pourtant pas certain qu'il n'y entre pas aussi des argiles magnésiennes.
Le Nove, près Bessano. — Nous avons dit plus haut à quelle perfection cette usine lombarde avait poussé la faïence. Ses porcelaines sont non moins remarquables ; nous avons pu voir, dans la collection Reynolds, une écuelle couverte à sujets de personnages de la plus remar-
quable exécution; des jardinières non moins belles portaient en outre les armoiries des Tiepoli et d'autres familles illustres. Mais la plus importante pièce est un vase éventail, forme de Sèvres, dont lescoles et les moulures éclatent sous Tabondance d'une fine ornementation d*or, tandis que des médaillons renferment des vues du port de Venise, ^ animées par dès groupes de promeneurs et de mai-
'Kjr\jr'n. chauds orieutaux. En dessous on lit : Gio"*. Marconi
pinxi^ puis vient la marque :
Est-ce, comme à Sèvres, une sorte de date par allusion à la comète de 1769? Le signe habituel est une étoile à six rayons.
Les premiers travaux délie Nove paraissent remonter à l'année 1752, alors que Pasquale Antonibon fit venir de Dresde un certain Sigismond Fischer pour construire un four propre à cuire la porcelaine dans le genre de la Saxe. En 1762, Antonibon soumettait au bureau de commerce des échantillons de ses produits, en réclamant certains avantages et privilèges. Il eut à lutter par la perfection de ses travaux contre la concurrence que lui créait la fabrique vénitienne des Gozzi.
L'établissement qui succéda à celui de Pasquale Antonibon était dirigé par Giovanni Baroni , auquel on doit de remarquables ouvrages.
La marque primitive délie Nove est une étoile à six rayons tracée habituellement en rouge ou en or et accompagnée quelquefois du nom : Nove. Ce nom seul se rencontre aussi, mais rarement.
On trouve cette inscription de la dernière époque : Fabbrica Barm, Nove; ou bien encore G.B. Nove, signifiant Giovanni Baroni, aile Nove.
Venise. — Voici une fabrique dont les poteries translucides devraient peut-être prendre rang après celles des Médicis. On se rappelle ce que nous avons dit page 336, touchant les offres faites par le duc de Ferrare à un artiste vénitien pour venir faire de la porcelaine dans ses États. Sans doute les secrets du vieillard ne furent pas perdus, car nous trouvons des vases en porcelaine vénitienne empreints des caraclères de Tornementation du dix-septième siècle. Le plus important est une magnifique gourde de chasse appartenant à M. le baron Dejean, les autres font parlie de la collection de M. le duc de Marlina. Lapais est un peu bise et granuleuse; mais elle se prête aux plus délicats moulages et son vernis est bien glacé. Le décor est en noir et orel d'une excessive finesse d'exécution ; Tor fait relief. C'est le métal, pui' cl chaud de ton, que les céramistes nomment or de ducats. Avec ces
TEMPS NÛDEnNES. 645
élémenls, les Vénitiens ont représenlé des sujets mylliologiqucs entourés d'ai'abesques, de fonds quadrillés, de baldaquins à riches pen dentifs, de pur style Louis XIV.
La fabrique qui a produit cela est la première en date et elle a persisté longtemps, car nous revoyons ses ouvrages ornés de peintures chinoises polychromes à tons vifs, et de bouquets d'un goût particulier dont cette charmante ccuelle donnera l'idée exacte. Mais, des ouvrages à reliefs, des statuettes, des candélabres, nous montrent une porcelaine toute diftérente, presque transparente tant elle est vitreuse, et qui semblerait sortir d'un autre atelier que la première ; sa date est ancienne, et nous y rattachons une délicieuse coupe décorée, en camaïeu rose, d'une figure de l'Automne ; des bordures à Heurs et oiseaux de style
Louis XIII sembleraient en indiquer l'époque, et voici ce que nous apprend une inscription tracée en dessous ; Lodouico Ortolani veneto dipins nella fabrica di Porcelana in Fene(t. . . D'après les notices publiées par M. Drake, ces divers ouvrages seraient sortis d'une fabrique fondée de 1720 à 4740 sous le nom de Casa eccellentissima Yeszi et située à San Nicolo,
En i765, le sénat accorda à Gimminiano Cozzi, in contrada di San Giobbe, un brevet et des subsides pour la création d'une autre manufacture de porcelaine; il avait découvert à Tretto, près Vicence, les éléments nécessaires pour cette fabrication.
La formule abrégé Ven". pour Venetia, parfois ornée (\f\ 0^ de traits du plus mauvais goût, semble appartenir à la y*fl^ casa Vezzi ; c'est à rétablissement Cozzi qu'il faut attri- ^ ^
huer l'ancre tracée en rouge qui est parfois accompa- .-tv, o gnée d'initiales de décorateui-s. Les lettres GM relevées *^^
G4i HISTOIRE DE LÀ CÉRAMIQUE.
sur une pièce de la collection Reynolds, sont attribuées au peintre Giovanni Marcone. La suite de M. Paul Gasnault et la nôtre renferment cet autre chiffre VF, que nous ne chercherons pas à expliquer, mais que certains interprètes traduiraient hardiment par Yezzi fabrica, sans se préoccuper du style du décor et de la date probable de fabrication.
La formule : Venelia semble appartenir aux premières pièces marquées sorties de Télablissement, elle est plus rare que l'ancre.
Este. — M. le marquis d'Azeglio et M. Reynolds possèdent des
pièces inscrites de ce nom, et qui ont certaines analogies avec les por- y
celaincs de Naples; ce sont de grandes saucières à reliefs dont Tanse ^»^ se termine par un buste de femme ; la coupe de dessous, en forme de ^E^e coquille, est relevée de coraux vivement colorés en rouge.
M. Charles Davillier, qui a recueilli des documents sur cette fabrique, ^ -^ doit publier un travail qui sera attendu avec impatience.
Naples. — C'est à Capo di Monte que Charles III forma, en 1756, ,^ i, un atelier pour la fabrication de la porcelaine tendre, atelier dont les^srss travaux n'ont rien de commun avec ceux de l'Allemagne, mais sont* .Mit essentiellement nationaux; si la reine Amélie de Saxe était portée d'unocs .n vif intérêt pour les œuvres céramiques , Charles III ne lui cédait err:M ^n rien et travailla même personnellement avec ses artistes.
Les premières porcelaines de Capo di Monte sont une imitation s'-^^g/ parfaite des plus fins produits japonais, qu'on peut méconnaitr»*-::^^ f Sfr* la nationalité de ceux qui ne sont point inscrits de ce signe 1 ^il^ f seul usité d'abord. Plus tard, une fleur de lis lui fut subslf^ /. [
ftuée ; mais il faut apporter une saine critique dacrrzy f l'examen des porcelaines signées ainsi, car les uol^o^ sont napolitaines et les autres espagnoles; les dexjj premières marques sont en bleu ; l'autre est obtenue en relief au nioye/? d'un cachet.
Les ouvrages de style essentiellement napolitain se spécialisent par des formes un peu tourmentées et par des reliefs où figurent notamment des coraux, des coquillages et des plantes marines. Un salon du palais de Portici montre toutes les ressources que les artistes napolitains avaient su trouver dans la céramique pour la grande orncnienlation. Une console du Musée de Sèvres donnera une idée de ces décors à ceux qui ne peuvent accomplir le voyage de Naples.
On a relevé sur une figure de la collection Forlnum le nom du modeleur Giordano, et celui d'Apiello sous des statuettes de paysans et paysanes.
En 1 759, lorsque Charles III quitta le trône des Deux-Siciles pour celui d'Espagne,il entraîna la plus grande partie du personnel de la fabrique, laissant à son troisième fils Ferdinand IV la succession de Naples et le soin de restaurer l'usine céramique. Que se passa-t-il alors? Le nouveau souverain était-il moins curieux que son père des travaux d'art? eut-il ridée de faire faire de nouveaux essais ? * *^^^ ^xl/j^ On trouve avec son chiffre, ou avec l'initiale ^^ Tl IVr couronnée du nom de la ville, des ouvrages tel- 4- w • ^ *
lement différents de nature et de style, qu'on les croirait sortis d'usines diverses. Cette charmante tasse inscrite du monogramme FRF (fabbrica reale Ferdinando) est la suite des traditions de Charles III ; d'autres ouvrages de la même marque, à sujets de la comédie italienne sont d'une nature vitreuse singulière ; enfin l'N couronné se voit souvent sur des porcelaines mixtes ou dures imitant le genre de Sèvres. Du reste, Ferdinand IV, dès son avènement, avait favorisé l'établissement Tasse en porcelaine de Napies. de fabriques rivales de la sienne et fourni même des ouvriers pour assurer la réussite des travaux. Ceci hâta la ruine de Capodi Monte, qui succomba définitivement pendant les crises politiques de 1821.
Espagne. — C'est dans les jardins du palais de Buen Reliro, à Madrid, que Charles IIl fit ériger les ateliers où il installa les trente-deux ouvriers et artistes amenés de Naples; là, dans le secret, et au moyen des anciens modèles, on continua la fabrication de porcelaines presque semblables à celles d'Italie et qui souvent, comme nous l'avons dit plus haut, n'en diffèrent même pas par la marque ; il en est une rjp pourtant qu'on peut croire spéciale à l'Espagne; ce sont deux ^-^ C croisés, qu'il ne faut confondre ni avec le chiffre du comte Custine, ni avec la marque de Louisbourg.
Alcora. — Paraît avoir eu aussi sa fabrique? elle est mentionnée par de Laborde dans son Voyage d'Eapagne. Ce qu'il y a de plus curieux, c'est que M. Charles Davillier a vu en Espagne le modèle en faïence d'un four à porcelaine avec cette mention : Modèle de four
6i6 HISTOIRE DE LÀ CÉRAMIQUE.
POUR LA PORSELENE NATURELS , FAIT PAR HaLY POUR M. LE COMTE dWraNDA.
ÂLCORA, SE 29 JuiM 1756. S'il s'agissait de la porcelaine naturelle ou kaolinique, les essais de l'Espagne dans cette voie auraient précédé ceux de Sèvres.
Gerona. — MM. Marryat et Ghaffers donnent sous cette rubrique une pièce qu'ils attribuent à Gerone près Milan; nous nous demandons s'il ne s'agirait pas là d'une porcelaine espagnole faite pour la ville de Girone en Gatalogne. En effet, le nom est écrit, non sous la pièce, mais au-dessous d'une armoirie dont le timbre porte une légende ainsi conçue : Antesta muerte que comentir ouirfunlirano. Il ne nous paraîtrait donc pas impossible que ceci fût sorti de Buen Retiro.