B. — PORCELAINE RÉELLE OU DURE
PORCELAINE DCRE FRANÇAISE
FRANCE
L'invention de la porcelaine réelle ou dure est moins du domaine de l'industrie céramique que de la géologie : là, point d'efforts d'imagination, de création proprement dite ; il faut avoir la roche feldspathique ; le reste vient de soi. Aussi, en Allemagne comme en France, le vrai mérite des arcanistes a-t-il été dans la découverte de poteries nouvelles ; la porcelaine s'est produite naturellement le jour où, par hasard, des gens étrangers à la science ont mis la main sur Targilc cherchée.
Strasbourg, 1721. — Dès 1719, un Allemand, natif d'Anspach, Jean-Henri Wackenfeld, transfuge des fabriques d'Allemagne, vint réclamer les secours des magistrats de Strasbourg pour élever dans cette ville une manufacture de porcelaine. Les premiers essais étant restés sans résultat, l'étranger s'associa à Charles-François Hannong, possesseur d'une usine à pipes, transformée alors en faïencerie. Mais Taccord ne fut pas de longue durée. Wackenfeld disparut, et Hannong resta seul en relation avec les autorités strasbourgeoises. En 1724, il obtenait déjà des produits, puisqu'il avait à les défendre contre des détracteurs; deux ans plus tarS, il offrait à la tribu des maçons, donl il était membre, trois douzaines d'assiettes, deux saladiei's ei trois grands plats en porcelaine fine et blanche.
Décédé le 29 avril 1739, il laissa son fi!s Paul-Anloine continuer l'œuvre commencée', celui-ci s'élant, à son tour, mis en relation avec un transfuge allemant), Bingler, et s'élani attaché un peintre du nom de Lowenfinck, put produire une bonne porcelaine dont le renom parvint jusqu'à Vincennes et suscita la jalousie des entrepreneurs; pour se mettre à l'abri de toute poursuite, Paul Hannong, réclamant le bénéfice • 3e son invention, sollicita un privilège pour l'exploitation de la pâte porcelaine tan de Slrasbauif , par Ch. Ilinnong.
dure; on le lui refusa; il offrit alors
k Boileau de lui vendre le secret de sa fabrication, et un traite dans ce but fut passé le 1" septembre 1753. Mais l'arrangement n'ayant pu se xinclurc, un arrêt de i 754 obligea Ilannong à détruire ses fours; c'est dors qu'il transféra son industrie à Frankentbal, dans le Palalinat.
Plus tard son (ils aîné, Joseph-Adam, resté propriétaire de la faïen- ;erie de Strasbourg, se croyant couvert par l'arrêt du Conseil de 1 706, 'éprit la fabrication de la porcelaine et la poursuivit jusqu'au moment >ù la mort du cardinal de Rohan, son protecteur, vint le jeter dans la 'uine.
Toute cette porcelaine de Strasbourg avait-elle le droit de se dire rançaise? On en pourrait douter, puisqu'elle était faite avec des maériaux étrangers au sol ; telle fut même la cause de la rupture entre Bs Hannong et Sèvres.
Les premiers essais de Charles sont tellement vitreux, par excès de ildspath, qu'on les prendrait pour un verre; l'unique couleur décoante est un rouge d'or pâte et fluide. Une seule pièce, qui nous ppartient, est marquée H; l'essai offert par nous à Sèvres est jHl épourvu de sigle.
La porcelaine de Paul-Antoine est beaucoup plus parfaite; assez lanchc, elle est décorée de bouquets peints dans le style ixon; les filets du bord, généralement violets, font creux ,^% G? ans la pâte; les marques sont ; *^
n pot à crème à bordure d'or et semé de bouquets de fleurs détachées 1 vert rehaussé de brun porte avec le chiffre habituel un en creux dans la pâte. Quelques spécimens particulière* Lï ). lent soignés de peinture et travaillés finement ont reçu J
la marque en creux par impression, des lettres PH. Nous avons vu cette même marque en creux sous des figurines auprès de la signature cursive appliquée en bleu.
Quant à Joseph Adam, il a fait tous les genres : le camaïeu avec animaux (Sèvres), les bouquets, etc. Ses sigles sont souvent accompagnés de numéros de série, comme pour la faïence : mais l'examen de CCS marques révèle un fait assez curieux, c'est que les numéros appar-
. tiennent à deux séries; les premiers, appliqués en bleu, cor-
n respondent sans aucun doute au répertoire des formes, puis-
t ^8^ ^^^ ^'^^^ '^ potier qui les appliquait, avec la marque de
fabrique, pour la cuisson au grand feu; les seconds, apposés
en surcharge et en couleur, se rapportent à la série des décors et sont
posés par les peintres.
Paris, 1758. — Le comte de Brancas-Lauraguais était un de ceux qui poursuivaient le plus obstinément le secret de la pâte dure, et il fut le premier à découvrir, dans les environs d'Alençon, un kaolin véritable. Cette roche imparfaite ne donnait qu^une porcelaine bise, mais assez fme pour se prêter aux reliefs les plus délicats, et le céramiste grand seigneur s'en servit d'abord pour formuler des médaillons en bas-relief dont la mie est excessivement serrée et l'émail inégal et granuleux; le premier en date est ovale et porte à mi-corps un paysan, dans le genre de Teniers, tenant une pipe et un pot de bière; de longs cheveux entourent sa figure riante vue de trois quarts et coiffée
d'un chapeau mou orné d'une plume. Au re-