‹ Histoire de la céramique; étude déscriptive et raisonnée des poteries de tous les temps et tous les peoplesChapitre 16 sur 145 · POTERIES EXCEPTIONNELLES · texte numérisé non relu

POTERIES EXCEPTIONNELLES

Nous avons passé en revue les poteries antiques à couverte céladon et leurs variétés diverses, les porcelaines bleues et polychromes, mais il nous reste à mentionner certaines espèces singulières par leur façonnage, leur décor ou leur matière.

Le biscuit n'est pas inconnu en Chine , et si l'on n'y cuit pas de figures entièrement dépourvues de couverte , on en applique quelquefois en appendices sur des vases décorés en bleu , ce qui produit un effet fort original.

Il existe des garnitures de vases (réunion de trois, cinq ou sept pièces) dites réticulées dont la paroi extérieure, entièrement découpée à dessins géométriques, alvéoles, cercles entre-croisés, etc., est superposée à un second vase de forme analogue ou simplement cylindrique à dessins bleus; l'aspect de ces pièces est singulier; on ne comprend pas d'abord qu'elles aient une solidité proportionnée à leur volume. L'enveloppe réticulée a été appliquée aux services à thé ; le réseau extérieur des tasses permet de les tenir à la main , malgré la chaleur du liquide qu'elles contiennent.

Il existe de laux réticulés sur lesquels la paroi ajourée est simplement figurée en relief. Ceux-ci , comme les vrais , sont généralement chrysanthémo-paeoniens ou de famille rose.

Une décoration des plus remarquables est celle à jours cloisonnés en couverte; des fleurons symétriques plus ou moins multipliés , des rinceaux ou des fleurs ont été percés dans la pâte; la couverte onctueuse

Kmplissaiil les vides (orme un dessin translucide déjà visiide à la lumière direcle et d'une rare élégance lorsqu'on l'observe en transparence. On l'appelle en Chine travail à gratm de riz.

I^s céramistes du Céleste-Empire semblent, d^ailleurs, se complaire dans une lutte incessante contre les difficultés ; ils font des vases dont le milieu de la panse est découpé par une solution de continuité à contours arabesques ; les deux parties sont séparées sans pouvoir jouer Voue sur l'autre , et l'on se demande comment elles ont pu cuire sans se souder. D'autres fois , une partie mobile comme un anneau tourne entre Iccol et le l'cnflement d'une pièce et glisse à froltement sans jeu sensible, ce qui semble plus inexidicablc encore.

'^''squ'on voit de parcils toure de force, on se rend diflicilemenl complu (le ce passage du 1*. d'Entrecolles : « La poi'adaine qu'on transporte en Europe se fait toujours sur des modèles nouveaux , sou- ^■«nl bizarres, et où 11 est difficile de réussir. Les mandarins, qui savent 'IW esl le génie des Européens en fait d'invention , m'ont quelquefois Kié de faire venir d'Europe des des.sins nouveaux et curieux afin de piwenter à l'empereur quelque chose de singulier. D'un autre côté, les '^^''fuliensnie pressaient fort de ne point fournir de semblables modèles, *"■ les mandarins ne sont pas tout à fait si faciles à se rendre que nos '"''ïhands lorsque les ouvriers leur disent qu'un ouvrage est imprali-

cable, et il y a souvent bien des bastonnades données avant que le mandarin abandonne un dessin dont il se promettait de grands avantages. »

Parmi les porcelaines à décor exceptionnel , l'une des plus remarquables est celle où le bleu s'associe au rouge de cuivre. Ce rouge posé sur biscuit produit la belle couverte dite rouge haricot, mais disposé en décor, il donne des nuances variant du rouge pur au gris violacé du plus charmant effet; nous avons vu le rouge de cuivre, fouetté en fonds partiels granulés et nuageux, entourer des réserves k ligures tracées en bleu.

Une espèce, restée longtemps incertaine, est celle que les Chinois appellent porcelaine de troisième qualité. Brongniart, trompé par le ton gris et Taspect granuleux de la pâte , la classait parmi les grès cérames ; pourtant elle sert à fabriquer des objets d'une très-fine exécution et surtout des personnages célèbres ou des divinités destinés à prendre rang sur les étagères. La pâte en est très-lustrée et semble se prêter à toutes les finesses du moulage. Habituellement les pièces sont couvertes en émaux colorés où dominent le jaune et le vert ; certains ,^ services , des drageoirs à compartiments symétriques ont un fond vert# imitant les flots de la mer et dont la seule ornementation consiste ciw^:m signes honorifiques accompagnés des nuages et de la foudre; quelques^^ unes de ces pièces, destinées sans nul doute à des hauts dignitaires ^ ont le dessous blanc, c'est-à-dire à couverte feldspathique ordinaire.

Néanmoins, la poterie de grès est connue en Chine; des pièces coni^^ munes d'un ton roux jaunâtre , à reliefs obtenus par sigillation , oir un peu l'aspect de nos grès; mais l'espèce particulièrement estimée es=^ celle à pâte fine , dense , serrée , habituellement d'un* brun rouge^ — connue sous le nom de boccaro ou bucaro^ emprunté à la langue por — tugaise. Les meilleures argiles pour la fabrication de c^s poteries se ' trouvent, dit-on, à Wou-sse-hien, dans le Kiang-nan. Mais il est certain qu'il y a un choix à faire dans les boccaros, et que tous, à mérite artistique égal , ne sont pas recherchés au même point. Il y a des vases d'une terre grise tirant sur le jaunâtre et semée de lamelles de mica presque imperceptibles, dont le prix est inestimable; ils ont, paraitil , une odeur musquée qui communique au thé une saveur particulière. Nous avons vu une théière de cette espèce sans autre ornementation qu'une légende en caractères li indiquant avec quel respect on

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